Admericca — Nom féminin de personne attesté dans une inscription funéraire découverte à Amfroipret (Nord). Iulia Admericca et Nericcius Frontus y apparaissent comme héritiers de Verecundus, fils de Rufus, citoyen viromanduen(Deman, 1971, pp.447-450 ; CAG 59-1, p. 87 ; AE, 1997, 1137). X. Delamarre proposait de voir dans Admericca une forme peut-être corrompue de Adnericca, qu'il analyse en ad-nericco-. Le thème nericco- était alors considéré comme non interprété ; Delamarre le rapprochait notamment de Nericcius, également attesté dans cette inscription (Delamarre, 2007, p.12). Dans ses travaux plus récents, Delamarre rattache Nericcius à neri-/nerio-, « mâle, fort ». Cette analyse éclaire donc le nom Nericcius, mais n'étend pas cette analyse à Admericca, qu'il ne cite pas (Delamarre, 2023, p.138). L'étymologie d’Admericca, et plus particulièrement la correction en Adnericca demeure donc hypothétique. Cependant, concernant Adnericca, le fait que neri-/nerio- soit associé à « mâle, fort » ne constitue pas en soi un obstacle à une formation féminine. La question est plutôt de savoir si la reconstruction Adnericca est philologiquement suffisamment assurée. Pour P. de Bernardo Stempel, Admericca peut s'expliquer par une simplification d'un groupe consonantique. Elle rapproche le nom du théonyme Adsmerius, permettant de restituer hypothétiquement une forme *Adsmericca(Bernardo Stempel, 2014, p.76). Si l'on retient cette analyse, le nom pourrait être interprété comme « celle qui est du domaine du grand pourvoyeur ». *Adsmericca serait alors un anthroponyme théophorique. L'hypothèse est intéressante, mais demeure difficilement démontrable, d'autant que l'inscription est aujourd'hui perdue et que la lecture Admericca elle-même est incertaine (voir infra). Un problème supplémentaire tient toutefois à la forme Adsmerius, qui est latinisée : la présence de -i- dans cette forme rend délicate la reconstruction d'un *Adsmeri(i)cco- directement comparable à Admericca. La dérivation phonétique proposée ne peut donc être tenue pour assurée.
En Gaule belgique
• Chez les Nerviens
À Amfroipret, une inscription nous livre les noms d'Admericca et de Nericcius, héritiers de Verecundus, fils de Rufus, explicitement qualifié de civis Viromanduus. Nous sommes ici sur le territoire des Nerviens, mais rien ne permet d'établir les liens unissant ces deux personnes. Elles peuvent néanmoins être, à l'instar du défunt, d'origine viromanduenne. Curieusement absente du CIL, elle apparaît dans l'Année épigraphique en 1997, l'année suivant sa publication dans la CAG 59-1. Cette inscription, aujourd'hui disparue, est connue par un manuscrit d'Abraham Ortels (Ortelius), mort en 1598, et aurait été découverte à Amfroipret (Deman, 1971, pp.447-450 ; CAG 59-1, p. 87). La date et le lieu de découverte reposent donc sur une tradition manuscrite ancienne, et non sur l'observation moderne du monument. La lecture Admericca doit elle-même être considérée avec prudence. L'inscription étant aujourd'hui disparue, nous ne disposons que d'une transmission secondaire ancienne, susceptible de comporter des erreurs de lecture ou de copie, phénomène fréquent dans les corpus épigraphiques constitués à cette époque. La correction proposée par Delamarre en Adnericca repose donc sur une lecture elle-même incertaine : elle constitue une hypothèse interprétative, et non la correction d'une forme dont la lecture originale serait assurée.
Amfroipret (AE 1997, 1137)VERECVNDO RVF(I) F(ILIO) CIVI VIROMANDVO IVLIA ADMERICCA ET NERICCIVS FRONTO [...]EGE[... POSV]ER[VNT] HEREDES
"À Verecundus, fils de Rufus, citoyen viromanduen, Iulia Admericca et Nericcius Frontus. [...] ses héritiers, ont posé (ce monument)."
Sources: • P. de Bernardo Stempel, (2013) - "The Phonetic Interface of Word Formation in Continental Celtic", dans Juan Luis García Alonso (éd.), Continental Celtic Word Formation: The Onomastic Data, Salamanca, Ediciones Universidad de Salamanca, pp. 63–83.
• M. Clauss, H. Slaby, Epigraphik-Datenbank Clauss/Slaby (EDCS), (en ligne : https://edcs.hist.uzh.ch/)
• X. Delamarre, (2007) - Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique, Errance, Paris, 240p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• R. Delmaire, G. Leman-Delerive, C. Seillier, P. Thollard, (1996), Carte archéologique de la Gaule - Le Nord, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 492p.
• A. Deman, (1971) - "Le manuscrit 336 du Musée Plantin-Moretus d'Anvers", Acts of the Fifth International Congress of Greek and Latin Epigraphy, Oxford, pp. 447–450, pl. 47.
• Presses universitaires de France. (1888-). L’Année épigraphique, Paris, Presses universitaires de France.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique