Aioiorix - Frère de l'Attis de Pessinonte entre 163 et 160 av. J.-C. Il n'est connu que par une inscription, conservant le souvenir d'une correspondance entre Eumène II Sôter et l'Attis de Pessinonte (OGIS_315).
Attis, tout comme Battacos, désigne avant tout une fonction sacerdotale du culte de Cybèle. S’il n’est pas absolument exclu qu’un individu ait porté ce nom comme anthroponyme, il est plus vraisemblable qu’Eumène écrive ici à « l’Attis », c’est-à-dire au grand prêtre en charge du sanctuaire. Reste la question du « frère » Aioiorix. En grec hellénistique, ἀδελφός peut désigner aussi bien un frère de sang qu’un membre d’un même corps religieux. Or Aioiorix est manifestement un nom celtique, analysable comme *aiu-rix, « roi de l’éternité ». À moins d’admettre qu’une charge du culte de Cybèle ait pu porter un nom celtique — hypothèse peu probable — il faut sans doute voir en Aioiorix un individu, probablement membre du groupe sacerdotal, que le roi qualifie de « frère » soit au sens biologique, soit au sens communautaire. A.-J. Reinach (1907) voit dans Aioiorix un frère de sang, puisque le frère d’Aioiorix serait selon lui un Galate devenu grand prêtre.
Or, si le ton employé par Eumène à l’égard de l’Attis paraît familier et empreint d’amitié, il devient nettement plus sévère lorsqu’il est question du « frère ». Celui-ci semble avoir commis un acte qui a profondément choqué les prêtres, lesquels se sont dits insultés ; aussi le roi en appelle-t-il à l’intervention divine de la déesse, souhaitant qu’elle sanctionne l’auteur de l’offense.
Aioiorix est manifestement un Galate, plus précisément sans doute un Tolistoboge. Il pourrait être le frère de sang du grand prêtre de la Grande Mère, mais il est plus probable qu’il faille voir en lui un religieux appartenant à la communauté cultuelle. Il aurait commis un acte répréhensible — le vol des offrandes — qui aurait affecté l’ensemble des prêtres du temple de Pessinonte et suscité leur indignation.
Aioiorix est indirectement invité par Eumène à restituer les offrandes, ce qui implique qu’après les avoir soustraites du temple, il a pris la fuite. Autrement dit, après son larcin, il s’est littéralement fait la malle, laissant le sanctuaire dépourvu de ce qui lui était destiné. Cette situation souligne à la fois le caractère répréhensible de son acte et le besoin de l’intervention divine pour rétablir l’ordre et la justice.
Ballihisar (OGIS_315) ΒΑΣΙΛΕΥΣ ΕΥΜΕΝΗΣ ΑΤΤΙΔΙ ΧΑΙΡΕΙΝ ΕΙ ΕΡΡΩΣΑΙ ΕΥ ΑΝ ΕΧΟΙ ΚΑΓΩ ΔΕ ΥΓΙΑΙΝΟΝ ΕΚΟΜΙΣΑΜΗΝ ΤΗΝ ΠΑΡΑ ΣΟΥ ΕΠΙΣΤΟΛΗΝ ΕΝ ΗΙ ΔΙΕΣΕΣΑΦΗΚΕΙΣ ΜΟΙ ΠΕΡΙ ΤΩΝ Τ̣Ε ΚΑΤΑ ΤΟΝ ΑΔΕΛΦΟΝ ΣΟΥ ΑΙΟΙΟΡΙΓΑ ΓΕΓΡΑΜΜΕΝΩΝ ΟΡΘΩΣ ΟΥΝ ΚΑΘ ΥΠΕΡΒΟΛΗΝ ΔΙΙΣΤΩ ΚΑΙ ΟΦΕΛΟΜ ΜΕΝ Η ΘΕΟΣ ΕΠΙΣΤΡΑΦΕΙΣΑ ΤΩΝ ΕΑΥΤΗΣ ΙΕΡΕΩΝ ΥΒΡΙΣΜΕΝΩΝ ΚΑΙ ΥΒ̣[ΡΙΖΟ]Μ̣ΕΝΩΝ ΣΤΕΡΗΣΑΙ ΤΟΝ ΤΑΥΤΑ ΠΟ[ΗΣΑΝΤΑ ΩΝ] ΜΑΛΙΣΤΑ ΕΠΙΘΥΜΕΙ ΕΙ ΔΕ Μ[Η ΥΓΙΗΣ ΓΕΝΟΜ]Ε̣ΝΟΣ ΓΕ ΤΗ ΔΙΑΝΟΙΑΙ ΚΑΙ Θ[ΕΟΣΕΒΗΣ ΤΑ ΑΝΑ]ΘΗΜΑΤΑ ΠΕΜΠΕΤΩ ΚΑ[- - - - - - - - - - - - - -]
"Le roi Eumène à Attis, salutations. Si vous alliez bien, ce serait bien. J'étais également en bonne santé. J'ai reçu votre lettre dans laquelle vous m'avez montré ce qui avait été écrit concernant votre frère Aioiorix. Vous aviez alors tout à fait raison d'essayer de vous opposer à lui. Que la déesse prenne soin de ses prêtres qui ont été et sont insultés, et qu'elle prive celui qui a fait ces choses de ce qu'il désire le plus ; autrement, puisse-t-il devenir sain d'esprit et respectueux, et renvoyer les offrandes [...]."
Sources: • X. Delamarre, (2007) - Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique, Errance, Paris, 240p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• A.-J. Reinach, (1907), "Le pain galate", Revue Celtique, 28, pp. 231‑240
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique