Ariamnès / Ariamdès / Ἀριάμνης — Aristocrate galate, connu par le témoignage de Phylarque transmis par Athénée de Naucratis(Deipnosophistes, IV, 34). L'origine linguistique du nom demeure incertaine. Il est également attesté sous la forme Ἀριάμνης chez un satrape de Cappadoce du IVᵉ siècle av. J.‑C., ce qui pourrait suggérer une origine anatolienne ou iranienne. H. Hubert soulignait déjà que cet Ariamdès « ne portait déjà plus un nom gaulois », tout en rapprochant son banquet des largesses de Luern, roi des Arvernes, et des grands festins de la littérature celtique (Hubert, 1932, p.65). À l'inverse, J.-L. Brunaux rapproche le nom du gaulois Ariomanus, qu'il interprète comme « le bon seigneur » (Brunaux, 1986, p.85). Cependant, le nom Ariamnès est attesté en Cappadoce dès le IVᵉ siècle av. J.‑C., avant la présence des Galates dans la région. Cette attestation antérieure rend assez peu naturel de partir d'un nom gaulois Ariomanus pour expliquer Ariamnès ; une contamination ou une adaptation du nom dans la tradition grecque ne peut notamment être exclue.
Ariamnès apparaît d'abord comme un Galate extrêmement riche, Athénée le présentant comme « l'un des plus riches parmi les Galates ». Sa fortune est suffisamment considérable pour lui permettre d'organiser un banquet à l'échelle de l'ensemble du pays, et non une simple fête aristocratique. Il annonce qu'il nourrira les Galates pendant une année entière, ce qui constitue une démonstration spectaculaire de richesse. L'organisation du banquet révèle également une importante capacité de planification et de logistique. Ariamnès fait installer à intervalles réguliers des lieux d'accueil sur les routes, dans les endroits les plus favorables, et fait construire des abris adaptés à l'affluence. Surtout, il anticipe les besoins : les grandes marmites destinées à la cuisson sont fabriquées un an avant le début du banquet. Il prévoit également d'immenses quantités de bétail, de vin et de farine. Ce n'est donc pas une dépense improvisée, mais une entreprise soigneusement préparée. Le banquet possède enfin une dimension manifestement politique et sociale. Ariamnès ne réserve pas sa générosité à ses proches ou à son entourage : les habitants des villes et des campagnes sont conviés, et même les étrangers de passage sont contraints par ses domestiques de participer. Le don alimentaire fonctionne ainsi comme une manifestation publique de sa puissance et de sa capacité à nourrir la communauté. On peut voir en Ariamnès la figure d'un aristocrate galate extrêmement fortuné pratiquant une générosité ostentatoire, comparable, avec les précautions nécessaires, aux formes de redistribution compétitive étudiées par l'anthropologie historique. La richesse acquiert ici une dimension sociale et politique lorsqu'elle est publiquement transformée en nourriture offerte à une collectivité immense. Pour Brunaux, cet immense banquet constitue précisément une manifestation spectaculaire de largesse. Contrairement aux pratiques aristocratiques destinées aux pairs, celui-ci semble s'adresser à une population plus large et socialement inférieure (Brunaux, 1986, p.85). En revanche, Athénée ne permet pas de déterminer avec certitude le statut politique exact d'Ariamnès. Il ne le présente ni comme roi, ni comme chef, ni comme prince, mais simplement comme l'un des Galates les plus riches.
Sources littéraires.
Athénée de Naucratis, Deipnosophistes, IV, 34: "Selon le sixième livre de Phylarque, on sert à table, chez les Galates, un grand nombre de pains rompus, et dans des marmites, des viandes dont personne ne mange avant d'avoir observé si le roi a touché de ce qu'on a présenté. Le même auteur dit, dans son troisième livre, qu'Ariamne, personnage des plus riches parmi les Galates, fit annoncer qu'il les traiterait tous pendant une année. Or, voici comment il s'y prit pour l'exécuter : il établit, par intervalles, des logements dans les lieux les plus avantageux du pays pour les routes; y fit élever avec des pieux, des roseaux et des branches de saule, des tentes et même davantage, selon que les lieux le permettaient : c'était-là que devait être reçue la multitude qui affluerait des villes et des bourgades. Il y plaça de grandes marmites pour toutes sortes de viandes, les ayant fait faire, un an avant de devoir tenir sa promesse, par des ouvriers qu'il avait appelés d'autres villes. On y tua tous les jours nombre de taureaux, de porcs, de moutons, et autres bestiaux: il s'était pourvu de tonneaux de vin, de quantité de farines qu'on y servait toutes pétries. Non seulement, dit-il, les Galates, qui étaient venus des bourgades et des villes, jouirent de ce régal, les étrangers qui passaient étaient même forcés, par les domestiques des personnes présentes, de venir y prendre part."
Sources: • J.-L. Brunaux, 1986 - Les Gaulois : sanctuaires et rites, Paris, Errance, 153 p.
• H. Hubert, (2001) - Les Celtes, Albin Michel, Paris, (1ère édition 1932).
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique