Une Vita de Cianán, connue notamment par les extraits cités par Ussher, raconte qu’il fut l’élève d’un religieux nommé Nathan. Encore jeune, il aurait fait partie des cinquante otages remis à Lóegaire mac Néill, avant d’être libéré grâce à l’intervention de Ciarán. Il se rendit ensuite en Gaule et séjourna à Tours, au monastère de saint Martin. De retour en Irlande, il aurait évangélisé le Connacht puis le Leinster, avant de s’établir dans le territoire d’Eóghan, où la tradition lui attribue la fondation de Dam Liac, son église de pierre (Ussher, 1639, I, 29 ; Wikipedia, Cianán)
La date traditionnelle de sa mort est parfois donnée comme 489, notamment dans les présentations modernes de sa vie, mais les annales conservées ne sont pas unanimes : elles fournissent les dates 486 et 488. Le noyau le plus ancien de la tradition permet donc de retenir Cianán comme un personnage ecclésiastique associé à Dam Liac, dont la mémoire est attestée par plusieurs traditions annalistiques à la fin du Vᵉ siècle. Son association avec Patrick et la remise de l’Évangile constituent également une tradition ancienne, attestée par les Annála Uladh et les Annála Thighearnaigh.
Cíanán est une forme hypocoristique émanant du vieil irlandais cían, « long, lointain »(eDIL, cían), comparable au gaulois ceno- « long, lointain » (Delamarre, 2003, p.114 ; 2019, pp.209-210) avec une valeur temporelle de « durable, qui dure longtemps » ; d'où « endurant, durable ». Ce nom a été anglicisé en Kenan.
Dam Liac est aujourd'hui un toponymique (Damhliag, anglicisé en Duleek, comté de Meath, Irlande) (Wikipedia, Duleek) et signifie littéralement « maison de pierre » (eDIL, dam-liac), avec dam issu du latin domus(eDIL, dom, dam) et liac « pierre » (eDIL, liac, liac). Le terme désigne un type d'édifice religieux en pierre et a été employé pour plusieurs établissements ecclésiastiques irlandais. Damhliag/Duleek est simplement l'un des endroits où cette appellation s'est conservée comme nom du lieu (N. French, Duleek – History and Development). Le témoignage de Tírechán, dans le Livre d'Armagh, est particulièrement précieux. Il écrit : « mater eius erat de genere Sai de regionibus Cenachtae a Domnach Sairigi iuxta domum Liacc Cennani, id est lapidum. » (« sa mère [de Cethiacus] était du peuple de Sai, des régions des Cénél Chennachta, à Domnach Sairigi, près de la maison de pierre de Cennán, c’est-à-dire de pierre. »).
Sources: • X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• J. O’Donovan (éd.), (1848-1851) - Annala Rioghachta Éireann / Annals of the Kingdom of Ireland by the Four Masters, Hodges & Smith, Dublin
• W. Hennessy, (1866) - Chronicon Scotorum: A Chronicle of Irish Affairs from the Earliest Times to A.D. 1135, Rolls Series, vol. 46. Londres, 419 p.
• W. M. Hennessy & B. Mac Carthy, (1887) - Annala Uladh : Annals of Ulster otherwise Annala Senait, Annals of Senat: a Chronicle of Irish Affairs from A.D. 431 to A.D. 1540, vol 1, A.D. 431–1056, A. Thom & Co
• W. Stokes, (1895–1897) - "The Annals of Tigernach", Revue Celtique, 16-18
• J. Ussher, (1639) - Britannicarum ecclesiarum antiquitates, I, 29.