BATAILLE DE CARRHAE [-53]

La bataille de Carrhae (–53 av. J.-C.)

La bataille de Carrhae (–53 av. J.-C.) est l’un des désastres les plus célèbres de l’expansion romaine en Orient. Elle oppose les forces romaines de Marcus Licinius Crassus à l’armée parthe dirigée par Suréna, près de la ville de Carrhae en Haute-Mésopotamie (actuelle ville d'Harran, Anatolie du Sud-Est, Turquie).

Marcus Licinius Crassus cherche une gloire militaire comparable à celle de ses alliés du premier triumvirat, Jules César et Pompée le Grand, tous deux honorés du triomphe, tandis que lui-même n’avait reçu qu’une ovation pour sa victoire contre Spartacus. Cette différence de reconnaissance est importante, car elle éclaire directement la dimension de rivalité symbolique et politique qui pousse Crassus à rechercher une campagne orientale susceptible de lui apporter une gloire équivalente à celle de ses pairs.

Marcus Licinius Crassus obtient bien un commandement légal et des troupes dans un cadre institutionnel romain. Même à la fin de la République, les armées restent théoriquement des armées publiques : elles sont levées et attribuées par décision du Sénat et/ou par les mécanismes politiques en place (tirage des provinces, lois de commandement, négociations entre puissants). Dans son cas, son expédition contre les Parthes repose sur un commandement provincial (la Syrie) et sur des forces déjà disponibles dans la région, auxquelles s’ajoutent des renforts qu’il recrute ou obtient en cours de route. Le Sénat n’est pas forcément enthousiaste, mais il n’est pas contourné au sens strict : Crassus agit dans les formes légales, dans un système où le poids politique des grands personnages permet justement d’obtenir ce type de commandement. Ce qui est important, c’est que la légalité romaine et la réalité politique ne coïncident plus parfaitement à cette époque. Crassus ne « s’octroie » pas les légions, mais son influence personnelle, son statut de triumvir et ses réseaux font qu’il obtient un commandement qui sert aussi ses ambitions de prestige, ce qui était devenu courant dans les dernières décennies de la République.

Chez Marcus Licinius Crassus, l’armée de Carrhae n’est pas uniquement une armée « romaine pure » de légions italiennes. Elle est composée d’un noyau de légions romaines, complété par des auxiliaires et contingents alliés orientaux, ce qui est typique des campagnes orientales du Iᵉʳ siècle av. J.-C. Parmi ces alliés, il est possible qu'il y ait eu des forces fournies par Déiotaros Iᵉʳ de Galatie, dans le cadre de son alliance avec Rome. Cependant, aucun texte antique ne donne une liste claire et explicite des contingents de orientaux présents à Carrhae. En revanche, la présence de troupes galates est déduite indirectement et non attestée de manière narrative précise.

Le choc est désastreux pour les Romains. Leur infanterie lourde, efficace en combat rapproché, est épuisée par des tirs continus de flèches, notamment les célèbres flèches “parthes” tirées en reculant. L’armée romaine est progressivement encerclée, désorganisée, et subit de lourdes pertes. Crassus tente une négociation, mais il est tué lors de la rencontre, probablement dans des conditions confuses ; les récits de sa mort diffèrent selon Plutarque et Dion Cassius.

Cette défaite a plusieurs conséquences majeures : elle marque l’un des plus grands échecs militaires de Rome contre un adversaire oriental, elle affaiblit durablement le prestige de Crassus, et elle contribue à déséquilibrer le triumvirat, ouvrant indirectement la voie aux conflits entre César et Pompée. Carrhae devient ainsi un symbole durable de la limite de la puissance militaire romaine face aux armées de cavalerie orientales, et un cas d’école de choc entre deux systèmes de guerre radicalement différents.


Eutrope, Abrégé de l'histoire romaine, VI, XV : "Vers la même époque, l’an de Rome six cent quatre-vingt dix-sept, M. Licinius Crassus, collègue de Cn. Pompée le Grand dans son second consulat, fut envoyé contre les Parthes leur ayant livré bataille près de Carres, malgré les présages et les auspices, il fut vaincu par Suréna, général du roi Orode, puis tué avec son fils, jeune homme du plus brillant mérite. Les restes de l’armée furent sauvés par le questeur C. Cassius, qui, à force de courage, rétablit avec tant de supériorité les affaires si malheureusement perdues, qu’à son retour il défit les Perses dans de fréquents combats au delà de l’Euphrate."

Julius Obsequens, Des prodiges, CXXIV : "M. Crassus était parti pour faire la guerre aux Parthes: en traversant l’Euphrate, il fut témoin de beaucoup de prodiges qu’il méprisa. Il s’éleva une tempête qui, arrachant une enseigne des mains de celui qui la portait, la précipita dans le fleuve; et un épais brouillard, accompagné d’une pluie impétueuse, semblait lui défendre d’aller plus avant. Il n’en poursuivit pas moins son entreprise, et périt avec son fils et son armée."

Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, XLVI : "A ce moment, Caius César accomplissait en Gaule des exploits extraordinaires que plusieurs volumes suffiraient à peine à raconter. Non content d'avoir été vainqueur en tant de combats si heureux et d'avoir tué ou pris d'innombrables milliers d'ennemis, il faisait passer son armée en Bretagne, comme s'il cherchait un nouveau monde pour notre empire et pour le sien. De leur côté, les deux consuls Cneius Pompée et Marcus Crassus commençaient un second consulat. Il n'était guère à leur honneur d'avoir brigué cette magistrature et ils ne recueillirent en l'exerçant aucune approbation. Par une loi que Pompée présenta au peuple, César fut prorogé dans sa province pour le même nombre d'années. Crassus qui méditait déjà une guerre contre les Parthes reçut la Syrie. Cet homme, par ailleurs irréprochable et indifférent aux plaisirs, avait une passion sans mesure et insatiable pour l'argent et la gloire. Au moment de son départ pour la Syrie, les tribuns du peuple essayèrent en vain de le retenir en prononçant des paroles de mauvais augure. Si leurs malédictions n'étaient tombées que sur lui et si l'armée avait été sauvée, la perte du général eût été utile à l'Etat. Après avoir passé l'Euphrate, Crassus gagnait Séleucie quand il fut enveloppé par les innombrables cavaliers du roi Orodes et périt avec la plus grande partie de l'armée romaine. Caïus Cassius qui était alors questeur et devait bientôt commettre le plus abominable des crimes, sauva les débris des légions. Il maintint la Syrie sous l'autorité du peuple romain et, heureux dénouement de cette affaire, les Parthes qui y avaient pénétré furent dispersés et mis en fuite."

Sources:
• V. Kruta, (2000) - Les Celtes - Histoire et dictionnaire, Laffont, Paris, 1020p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique