Muirchertach mac Erca / Muirchertach mac Muiredaig — Roi traditionnel d’Irlande, généralement rattaché au Cenél nEógain, branche des Uí Néill du Nord. Les généalogies le présentent comme fils de Muiredach mac Eógain meic Néill. La dénomination mac Erca reçoit toutefois plusieurs explications traditionnelles : elle serait liée soit à Erc Sláine mac Dáig, évêque de Slane, qui l’aurait élevé, soit à Erca (Ercc, Erc), une femme donnée comme sa mère selon une autre tradition(1).
(1) Les filiations matronymiques existent dans l'onomastique irlandaise médiévale, notamment lorsque la mère appartient à une lignée plus prestigieuse. Rien ne permet toutefois d'affirmer que tel soit le cas de Muirchertach.
Il est présenté comme le 119ᵉ roi suprême d’Irlande dans le Lebor Gabála Érenn. Sa royauté est donnée comme ayant duré vingt-quatre ans. Les synchronismes légendaires le placent sous le règne de l’empereur romain Anastase.
Les traditions lui attribuent plusieurs campagnes militaires, notamment dans les conflits liés au Bórama. Il intervient aux côtés de Lugaid mac Lóegairi contre les Laigin lors de la bataille de Mag nAilbe, où Lugaid est vaincu selon le récit généalogique. Il est également associé à la bataille de Druimm Dergaige, à la suite de laquelle la plaine de Mide est enlevée au Leinster. Il combat encore à Detna contre les Laigin d'une expédition destinée à lever le Bórama.
La tradition fait aussi de lui l’un des vainqueurs d’Ailill Molt à la bataille d’Ocha. Dans le récit du Lebor Gabála Érenn, Ailill Molt mac Dáithí est tué par Lugaid mac Lóegairi, Muirchertach mac Erca, Fergus Cerrbél mac Conaill Cremthainne, Fiachra Lonn mac Cóelbad(2), roi du Dál nAraide, et Crimthann mac Énnai, roi du Laigin.
Les enfants qui lui sont attribués sont Fergus et Domnall. Dans le Lebor Gabála Érenn, la filiation d'un hypothétique troisième fils de Muirchertach n'est pas uniforme selon les recensions. Dans la version du Livre de Ballymote, on trouve Báetán Bríge comme troisième fils de Muirchertach. Dans les autres recensions, le personnage est généralement appelé Báetán mac Ninneda, ce qui implique une autre filiation.
Sa mort est entourée d’un motif légendaire de triple mort : il aurait été brûlé puis noyé dans une cuve de vin à Cletech, sur la Boyne, pendant la nuit de Samain. Les traditions situent sa mort vers 533 apr. J.‑C., accomplissant une prophétie annonçant une mort par le feu, l’eau et les blessures.
Je crains la femme autour de laquelle souffleront maintes rafales ; car l’homme qui sera consumé par le feu, près de Cletech sera noyé dans le vin.
Le destin de Muirchertach parmi les hommes : blessure, noyade et feu ; ses fils, Domnall et Fergus, moururent, quant à eux, de mort naturelle.
Dans une approche historique prudente, Muirchertach mac Erca appartient à la génération de souverains des Uí Néill du Nord qui se situe à la charnière entre la tradition royale semi-légendaire et les premiers personnages mieux ancrés du VIᵉ siècle. Les traditions qui le concernent mêlent ainsi généalogie dynastique, récits de batailles et motifs légendaires.
Le nom Muirchertach est généralement analysé comme composé du premier élément muir (« mer »). En revanche, le second élément demeure d'origine et de signification incertaines. Les dictionnaires de référence, notamment l'Electronic Dictionary of the Irish Language (eDIL), ne proposent pas d'étymologie assurée pour l'ensemble du nom.
Sources: • Ch.-J. Guyonvarc'h, "La mort de Muirchertach, fils d'Erc. Texte irlandais du très haut Moyen Âge : la femme, le saint et le roi.", in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1983
• Ch.-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Payot, 1997
• F. Le Roux & Ch.-J. Guyonvarc'h, Les fêtes celtiques Celtes, Ouest-France, 1995
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• R.A.S. Macalister, (1956) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland V, 591p.
• J. Markale, La grande épopée des Celtes: époque. Les seigneurs de la brume, Pygmalion, 1999
• J. Markale, L'épopée celtique d'Irlande, Payot, 1993
• J. Markale, La femme celte, Payot, 1992
• J. Markale, Les Celtes et la civilisation celtique, Payot, 1969
• J.-P. Persigout, (2009) - Dictionnaire de mythologie celtique, Imago, Paris, 411p.
• Royal Irish Academy. (1913-1976). Dictionary of the Irish Language, Based Mainly on Old and Middle Irish Materials, 7 volumes, Dublin, Royal Irish Academy.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique