AERARIUS (LE RIEU)

Fleuves et rivières
Nom antique: Aerarius ou Ararius(?)
Nom actuel: Le Rieu (?)


Le Rieu (Aerarius / Ararius?)

Aerarius (Ararius) — Hydronyme que l’on peut proposer à partir du toponyme Pons Aerarium, interprété comme « pont sur l’Aerarius (ou Ararius ?) », situé dans le secteur de Bellegarde (Gard), et mentionné dans l’itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (552, 9), entre Nemausus (Nîmes) et Arelate (Arles).

L’identification de Pons Aerarium demeure toutefois incertaine. Le secteur de Bellegarde se situe à la lisière du delta rhodanien et présente depuis l’Antiquité une hydrographie extrêmement mouvante : bras du Rhône actifs ou abandonnés, lônes, marais, chenaux naturels ou artificiels, canaux d’irrigation et zones palustres se sont superposés au fil du temps. Dans un tel environnement, un hydronyme antique peut facilement disparaître, se déplacer ou survivre sous des formes secondaires locales. Cela rend plausible l’hypothèse selon laquelle Aerarium / Ararius désignerait un bras d’eau aujourd’hui perdu ou absorbé dans ce « patchwork » hydrographique.

L’interprétation de Camille Jullian (1921), qui voyait dans Pons Aerarium un passage à valeur administrative reliant le territoire arlésien, paraît moins naturelle dans le contexte des itinéraires antiques, où les stations et points de passage sont le plus souvent nommés d’après des réalités topographiques ou hydronymiques.

Sur le plan lexical, aerarium désigne en latin le trésor public, c’est-à-dire la caisse de l’État romain ou d’une cité, par extension les finances publiques ; il dérive de aes, aeris (« bronze, monnaie »). Aerarius est l’adjectif correspondant (« relatif au trésor ») ou un substantif signifiant « bronzier ». Dans Pons Aerarium, ce sens fiscal reste peu satisfaisant dans un contexte routier, ce qui a conduit plusieurs auteurs à envisager une corruption manuscrite d’un hydronyme antique.

Dans cette perspective, l’hypothèse d’un hydronyme sous-jacent (Aerarius, Ararius, etc.) apparaît plus cohérente, car la dénomination des ponts antiques est très fréquemment fondée sur le cours d’eau franchi. La transmission manuscrite de l’Itinerarium Burdigalense étant par ailleurs instable, une altération graphique du nom original reste parfaitement plausible.

Une correction de Aerarium en Ararium< / Ararius est effectivement parfois envisagée, mais elle reste hypothétique. Elle permettrait de rapprocher la forme d’un hydronyme de type arar- (comme la Saône antique Arar), bien attesté dans le domaine celtique et gallo-romain. Ce type de racine hydronymique est en effet relativement fréquent en Gaule. Cependant, rien dans la transmission de l’Itinerarium Burdigalense ne permet de démontrer de manière certaine cette correction, et Ararius n’est pas attesté comme hydronyme dans ce secteur. Il s’agit donc d’une reconstruction plausible mais non vérifiable, fondée sur une analogie onomastique plutôt que sur une attestation directe.

Sources:
• C. Jullian, (1921) - "De Pontchartrain à *Icoranda, sur les routes romaines", Revue des Études Anciennes, 23-3 pp. 213-218.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique