Probable peuplade celtique de la région X - Vénétie et Istrie dont le territoire se trouvait dans l'actuel Cadore, région historique et naturelle de la Vénétie correspondant à la haute-vallée du Piave et à ses affluents, dans les Dolomites. Cette localisation est permise grâce à deux diplômes de la fin du haut Moyen Âge, qui mentionnent l’actuel Cadore sous la forme Cadubrium en 929, et Comitatus Cadubriae sur un diplôme d'Othon II (973-983) (Pellegrini, 1950). Compte-tenu de ce cette localisation, les Catubriniens devaient relever des Iulienses Carnorum, cité organisée autour de Iulia Carnicum (Zuglio, province d'Udine, Italie).
Attestations et étymologie
Le nom de ce peuple ne nous est connu que par deux mentions, sur le socle d'une statue dédiée à Marcus Carminius Pudens à Belluno (province de Belluno, Italie). En effet, dans le cursus honorum de cet homme figure le fait qu'il fut PATRONO CATVBRINORVM "patron des Catubriniens" (AE 1888, 132 ; 1976, 252b), PATRONO CATVBRINORVM PLEBS VRBANA "patron de la plèbe urbaine des Catubriniens" (AE 1976, 252a). Pour M. Lejeune (1968 ; 1971), le nom du Cadore serait à rapprocher d’un ethnonyme celtique reconstruit *Catubriges, formé sur *catu-, qui signifie "combat / bataille", associé à *-brig-, "hauteur fortifiée / forteresse" ; il supposait donc un groupe nommé les *Catubriges, dont le nom aurait ensuite été conservé dans celui du Cadore. Pour G. B. Pellegrini, le nom des Catubrini et celui du Cadore remontent à un même toponyme d’origine celtique, reconstruit sous une forme proche de *Catubri(g)um : il rapproche ainsi l’ethnique Catubrini, les formes médiévales Cadubrium (< Catubrium) et le nom moderne du Cadore, interprétation proposée dès 1950 puis reprise dans ses travaux ultérieurs (Pellegrini, 1950 ; Pellegrini & Prosdocimi, 1967 ; Pellegrini, 1974a ; 1980 ; 1987 ; 1990). Il analyse ce toponyme comme un composé celtique associant *catu-, qui signifie "combat / bataille", à *-brig- / *-briga, "hauteur / forteresse", l’ensemble signifiant approximativement une "hauteur / forteresse du combat". L’ethnonyme signifierait alors quant à lui "ceux de Catubrium / la forteresse de combat" (Pellegrini & Prosdocimi, 1967 ; Pellegrini, 1974a ; 1980). À cette hypothèse, G. B. Pellegrini (1987 ; 1990) ajoute que le premier élément pourrait être, non l’appellatif *catu-, mais l’anthroponyme gaulois Catus, donnant alors le sens de "forteresse de Catus". La découverte, en 1970, d’une seconde inscription mentionnant explicitement les Catubrini renforce selon lui le rapprochement avec le nom du Cadore et rend inutile la reconstruction d’un ethnonyme non-attesté *Catubriges, proposée notamment par M. Lejeune (Pellegrini, 1974a ; 1974b ; 1980). Enfin, G. B. Pellegrini propose que le toponyme primitif Catubri(g)um ait pu désigner à l’origine le Monte Ricco, hauteur dominant Pieve di Cadore, avant que ce nom ne s’étende à l’ensemble du territoire du Cadore (Pellegrini, 1974a ; 1980 ; 1987). X. Delamarre (2019) est revenu sur le toponyme à partir duquel est construit l’ethnonyme, et le décompose sous la forme *Catu-brigā, qu’il traduit par "fort de combat".
Sources épigraphiques
Belluno (AE 1888, 132 ; 1976, 252b)[I]THACI M(ARCO) CARMINIO M(ARCI) FIL(IO) PAP(IRIA) PVDENTI EQVO PVB(LICO) SACERDOTI LAV(RENTIVM) LAV(INATIVM) ELECTO AD CAVSAS FISCI TVENDAS IN PROVINCIA ALPIVM MARITIMARVM PATRONO REI PVBL(ICAE) TERGESTINORVM PATRONO PLEB(IS) VRB(ANAE) PATRONO COLLEG(IORVM) DENDROPHOROR(VM) ET FABR(VM) CVR(ATORI) REI P(VBLICAE) MANTVANOR(VM) CVR(ATORI) REI P(VBLICAE) VICETINOR(VM) PATRONO CATVBRINORVM IVNIA VALERIANA MARITO RARISSIMO L(OCVS) D(ATVS) D(ECRETO) D(ECVRIONVM) // ITHACI
"D'Ithaque. Marcus Carminius Pudens, fils de Marcus, (de la tribu) Papiria, chevalier public, prêtre des Laurentes de Lavinum, élu à la cause du fisc dans la province des Alpes Maritimes, patron de la république des Tergestins, patron de la plèbe urbaine, patron du collège des dendrophores et des artisans, curateur de la république des Mantuans, curateur de la république des Vicetins, patron des Catubriniens. Iunia Valeriana, à son exceptionnel mari. Lieu donné par décret des décurions." "D'Ithaque."
Belluno (AE 1976, 252a)M(ARCO) CARMINIO M(ARCI) FIL(IO) PAP(IRIA) PVDENTI EQVO PVB(LICO) SACERDOTI LAV(RENTIVM) LA(VINATIVM) ELECTO AD CAVSAS FISCI TVENDAS IN PROVINC(IA) ALPIVM MARITIMAR(VM) PATRONO PLEB(IS) VRB(ANAE) PATRON(O) REI P(VBLICAE) TERGE[S]TINOR(VM) PATRONO PLEB(IS) VRB(ANAE) PATRON(O) COLLEG(II) DENDROPHOROR(VM) ET FABR(VM) CVR(ATORI) REI P(VBLICAE) MANTVANOR(VM) CVR(ATORI) REI P(VBLICAE) VICETINOR(VM) PATRONO CATVBRINORVM PLEBS VRBANA PATRONO OB MERITA STATVAM A PLEBE OBLATAM IVNIA VALERIANA REMISSA PLEBEI(!) IPENSA PECVNIA SVA POSVIT
"Marcus Carminius Pudens, fils de Marcus, (de la tribu) Papiria, chevalier public, prêtre des Laurentes de Lavinum, élu à la sauvegarde des intérêts du fisc dans la province des Alpes Maritimes, patron de la plèbe urbaine, patron de la république des Tergestins, patron de la plèbe urbaine, patron du collège des dendrophores et des artisans, curateur de la république des Mantuans, curateur de la république des Vicetins, patron de la plèbe urbaine des Catubriniens. Pour son mérite, la plèbe (dédie) cette statue. Iunia Valeriana a posé (cette statue) à ses frais, après avoir restitué les dépenses engagées par la plèbe."
Sources: • X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• M. Lejeune, (1968) - "Inscriptions lapidaires de Narbonnaise (I-VII)", Études celtiques, 12/1, pp.21-91
• M. Lejeune, (1971) - Lepontica, Société d'Édition "Les Belles Lettres", Paris, 148p.
• G. B. Pellegrini, (1950) - "Del nome Cadore", Archivio storico di Belluno, Feltre e Cadore, a. XXI, n°110, pp.1-9
• G. B. Pellegrini, (1974a) - "Il Cadore preromano e le nuove iscrizioni di Valle", Archivio Veneto, n. 136, a. CV, V ser, v. CI, pp.5-34
• G. B. Pellegrini, (1974b) - "Nuove iscrizioni da Valle di Cadore", Studi Etruschi, 42, pp.337-347
• G. B. Pellegrini, (1980) - "Problemi di toponomastica veneta preromana", in :Este e la civiltà paleovenete a cento anni dalle prime scoperte, Atti del XI Convegno di Studi Etruschi, Este-Padova, pp.285-310
• G. B. Pellegrini, (1987) - Ricerche di toponomastica veneta, CLESP, Padova, 490 p.
• G. B. Pellegrini, (1990) - Toponomastica italiana : 10000 nomi di città, paesi, frazioni, regioni, contrade, fiumi, monti spiegati nella loro origine e storia, Hoepli, Milano, 559p.
• G. B. Pellegrini & A. L. Prosdocimi, (1967) - La lingua venetica, vol. I : Le iscrizioni, Istituto di glottologia dell'Universita di Padova - Firenze, Circolo linguistico fiorentino, Padova, 695p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique