SUFFIXATION EN -INCO-

La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)

Suffixation en -inco-

La suffixation en -inco- est productive en toponymie. Elle correspond au germanique -inga- et au lituanien -inkas (Delamarre, 2023), ce qui suggère un mécanisme commun de formation indiquant l’appartenance ou la relation à un groupe, un individu ou un lieu.

En contexte toponymique, ce suffixe sert à former des noms de lieux à partir d’un radical, souvent anthroponymique, en exprimant l’idée de « domaine de » ou « lieu associé à  ». On le retrouve dans des formes telles que Acumincum, Alisincum, Condevincum, Croucincum, Durotincum, Lemincum, Agedincum ou Vapincum.

Le principe est toujours le même : un personnage, probablement le chef du groupe, sert de base. Le suffixe -inco- transforme ce nom en désignation du groupe ou du domaine : « ceux de X  » ou « le lieu de X  ». Même si le radical est un mot lexical (comme Lemos → «  orme  » dans Lemincum), il devient l’onoma du chef ou fondateur, d’où le nom collectif ou toponymique.

Le suffixe germanique -inga- signifie initialement « les gens de », « les descendants de », « le groupe de », puis, en toponymie, « le lieu des gens de ». On le retrouve dans le domaine germanique avec des villes telles que Tübingen (« les gens de Tubo »), Göttingen (« les gens de Goto ») ou Reutlingen (« les gens de Riutil »), et dans le domaine anglo-saxon avec des villes comme Reading (« les gens de Rēada »), Hastings (« les gens de Hæst(a) ») ou Worthing (« les gens de Worth »).

En Lituanie, le suffixe -inkas (masculin) ou -iškis (localisé/toponymique), bien qu’il ait la même origine, sert également à former des toponymes à partir d’anthroponymes et est également et régulièrement utilisé pour former des patronymes indiquant « le fils de » ou « l’homme lié à X », et peut dans ce cas dériver d’une base lexicale. Citons par exemple : Paleckas → «  le fils Palas  », Vilkininkas → «  le domaine de Vilkas / des loups  », Žemaitinkas → « Celui qui vient de Žemaitė ».

Le suffixe -inco- correspond fonctionnellement à ses correspondants germanique et lituanien et se forme fréquemment sur des bases onomastiques, lesquelles peuvent elles-mêmes dériver de lexèmes. Toutefois, dans certains cas, une dérivation directe à partir d’une base lexicale ne peut être exclue, d’autant que, comme chez les Lituaniens, on retrouve des anthroponymes suffixés en -inco-.

Plus rarement, le suffixe apparaît dans des anthroponymes, où il conserve une valeur relationnelle ou d’appartenance. Des exemples comme Ercilincus, Iurincus, Labincus ou Mogincius illustrent cet usage plus marginal. Ici, le suffixe -inco- sert à former des anthroponymes, à l’instar de ce qui se fait en Lituanie.

Ainsi, le suffixe -inco- fonctionne comme un marqueur dérivationnel exprimant le lien entre un radical et une entité, le plus souvent un lieu, dans une logique comparable aux formations germaniques en -inga-.


Sources:
• X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2015) - "Vapus, Vapusius, Vapusō : traces de flexion sigmatique en gaulois", in : G. Oudaer et al. (dir.), Mélanges en l'honneur de Pierre-Yves Lambert, TIR, Rennes, pp.27-29
• X. Delamarre, (2017) - Les noms des Gaulois, Les cent chemins, 411p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique