LINGAUSTRES

Les peuples Celtes
Nom latin: Lingaustri / Ligaustri
Localisation: Province de Germanie supérieure ?

Lingaustres

Localisation

La localisation des Lingaustres demeure incertaine. Depuis au moins C. Jullian (1920), leur nom est généralement rapproché de celui des Lingons, ce qui conduirait à les situer en Gaule orientale, dans la région de Langres (Haute-Marne) ; plusieurs travaux consacrés au recrutement militaire reprennent cette identification qui classe les deux Lingaustri assurés parmi les Lingones (Jullian, 1920 ; Wiegels, 2020). Cette assimilation n'est cependant pas démontrée. Ainsi, Y. Le Bohec a notamment fait observer qu'aucun Lingauster certain n'est attesté sur le territoire lingon et que le rapprochement linguistique avec Lingons n'est pas assuré ; A. W. Meyer juge ces objections recevables tout en soulignant qu'aucune patrie alternative ne peut être proposée. À défaut d'accepter l'identification aux Lingons, on peut donc seulement constater que leurs premières attestations sont liées au milieu militaire de Germanie supérieure, autour de Mogontiacum (Mayence), sans pouvoir en déduire que leur territoire se trouvait dans cette région.

Attestations et étymologie

Ce nom n'est connu que par l'épigraphie du Iᵉʳ s. ap. J.‑C. On le retrouve sous les formes LINGAVSTER à Budapest (CIL III, 10514) et surtout NATIONE LIGAVSTER à Mayence (CIL XIII, 7038). Cette dernière attestation montre sans ambiguïté qu'il s'agit d'une indication d'origine ethnique. On mentionne parfois une troisième inscription, également trouvée à Mayence qui ne conserve qu’un lacunaire LIN[…, souvent développé en LIN[GAVSTER (CIL XIII, 7038). Quant au nom lui-même, aucune étymologie satisfaisante ne semble établie. Le rapprochement ancien de Lingauster avec Lingo, "Lingon", explique l'identification traditionnelle du groupe aux Lingons, mais le passage de Lingones à Lingauster n'a pas reçu d'explication linguistique convaincante. C. Jullian (1920) se bornait d'ailleurs prudemment à noter qu'"on a fait de Lingauster […] le synonyme de Lingo". L’inscription de Mayence indique quant à elle que que le centurion mentionné appartenait à cohorte I Belgica (CIL XIII, 7038), dont les soldats, au Iᵉʳ s. ap. J.‑C., avaient été très majoritairement recrutés dans les provinces gauloises et en Germanie supérieure. Ajoutons que sur ces différentes inscriptions, y compris la troisième attestation jugée plus douteuse, la plupart des anthroponymes sont celtiques. Ainsi, il semble évident l’étymologie est gauloise, même si elle demeure pour le moins énigmatique.


Sources épigraphiques

Budapest (CIL III, 10514)NERTVS DVMNOTALI F(ILIVS) VETERANVS ALA HISP(ANORVM) I SESQVIP(LICARIVS) LINGAVSTER ANN(ORVM) LX STIP(ENDIORVM) XXXVI H(IC) S(ITVS) E(ST) VALENS FRATER H(ERES) T(ITVLVM) M(EMORIAE) P(OSVIT) // F

"Nertus, fils de Dumnotalus, vétéran dans l'aile I Hispanorum, sesquiplicaire, lingaustre, âgé de 60 ans, 36 années de service, repose ici. Valens, son frère (et) héritier, a posé cette épitaphe en sa mémoire."

Mayence (CIL XIII, 7034)TOGITIO SOLIMARI F(ILIVS) LIN[GAVSTER(?) ...

"Togitio, fils de Solimarus, lingaustre (?) [...]."

Mayence (CIL XIII, 7038)APRILIS SOI F(ILIVS) |(CENTVRIO) C(O)HO(RTIS) BELGICA(E) NATIONE LI(N)GAVSTER ANN(ORVM) XXII H(IC) [S(ITVS) E(ST)]

"Aprilis, fils de Sous, centurion de la cohorte I Belgica, lingaustre de nation, âgé de 22 ans, repose ici."

Sources:
• C. Jullian, (1920) - Histoire de la Gaule, t. VI, La civilisation gallo-romaine. État moral, Hachette, Paris, 558p.
• Y. Le Bohec, (2003) - "Les Lingons et les unités de Lingons dans l’armée romaine du Haut-Empire", in : P. Defosse (éd.), Hommages à Carl Deroux. III : Histoire et épigraphie, Droit, Collection Latomus 270, Latomus, Bruxelles/Tournai, pp.242-249
• A. Meyer, (2013) - The Creation, Composition, Service and Settlement of Roman Auxiliary Units Raised on the Iberian Peninsula, BAR International Series 2505, Archaeopress, Oxford, 142p.
• R. Wiegels, (2020) - "Aber die wichtigste Heeresmacht mit acht Legionen stand am Rhein zum Schutz zugleich gegen Germanen und Gallier - Tacitus (ann. 4,5,1) zum Jahr 23", Frankfurter elektronische Rundschau zur Altertumskunde, 42, pp.96-129
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique