CORCORAS (KRKA)

Fleuves et rivières
Nom antique: Corcoras
Nom actuel: Krka
Source: Près de Krka (Basse-Carniole, Dolenjska, Slovènie)
Confluence: La Save près de Brežice (Slovénie orientale)
Longueur: 95 km


Krka (Corcoras)

Corcoras — Nom antique présumé de la rivière Krka, tel qu’il apparaît chez Strabon dans sa Géographie (VII, 5, 2) sous la forme grecque Κορκόρας. Le problème principal est que Strabon semble avoir confondu la Krka (Slovènie) avec la Ljubljanica (Slovènie), probablement en raison de connexions terrestres préhistoriques existant entre ces deux bassins fluviaux (Šašel Kos, 2009). Le Corcoras est généralement associé au Krka, qui conserve, bien que de manière altérée, son nom antique.

La Krka prend sa source dans une résurgence karstique située près du village de Krka, dans la région de Basse-Carniole (Dolenjska), au centre-sud de la Slovénie. Elle rejoint la Save près de Brežice, en Slovénie orientale, en rive droite.

Strabon écrit comme un géographe qui voit le monde à travers des itinéraires, pas comme une carte moderne figée. Dans son esprit, les fleuves sont des routes qui s’enchaînent, et les régions se comprennent par continuités de navigation et de transport. Dans le passage évoqué, il suit un axe qui part du monde adriatique vers l’intérieur danubien. Il décrit un ensemble où les marchandises passent de rivière en rivière jusqu’à des grands cours d’eau structurants. C’est un système logique pour lui, mais déjà fragile dans le détail. Strabon n’est pas en train de confondre deux mondes séparés par des montagnes et des seuils hydrologiques majeurs. Il est en train de déplacer un point à l’intérieur d’un même réseau mental, celui de la Save et de ses tributaires. Dans cette logique, la Krka slovène apparaît comme un candidat plausible, parce qu’elle appartient bien à ce même système, même si elle est plus en aval et géographiquement distincte de la Ljubljanica.

Šašel Kos (2009) propose une solution intermédiaire : elle imagine qu’entre les zones de la Krka et de la Ljubljanica, il existait des circulations terrestres anciennes, des passages logistiques préhistoriques qui auraient pu brouiller la mémoire des itinéraires. Dans cette lecture, Strabon ne se tromperait pas seulement de fleuve, mais de continuité de transport, comme si des routes avaient relié mentalement des bassins différents.

On peut lire autrement la scène : Strabon n’a pas besoin de relier Krka et Ljubljanica par la terre. Il suffit qu’il ait décalé d’un cran en aval dans le même système fluvial. Il connaît une grande artère (la Save), il connaît des affluents, mais il place mal leurs positions relatives. Dans ce glissement, un affluent devient un autre, non parce qu’il change de bassin, mais parce que la hiérarchie des confluences est mal stabilisée dans ses sources.

Si l’on suit l’identification de X. Delamarre (2019) avec la Gurk (appelée Krka en slovène), on obtient un problème géographique immédiat : cette rivière appartient au bassin de la Drave, donc à un système hydrographique différent de celui de Nauportus et de la Ljubljanica. Or Strabon situe clairement son enchaînement autour de Nauportus et d’un réseau orienté vers la Save. Dans ce cadre, introduire la Gurk oblige à supposer une disjonction complète entre le point de départ (Vrhnika) et le fleuve mentionné, sans continuité navigable ou logistique évidente.

Sources:
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• M. Šašel Kos, (2009) - "The Ljubljanica in ancient sources" The Ljubljanica — a River and its Past, Narodni muzej Slovenije, 495p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique