La victoire d’Antigone Gonatas contre les Galates vers 268 av. J.-C. n’est connue que de manière très indirecte, principalement à travers la tradition historiographique transmise par l’Abrégé de l’Histoire philippique de Trogue Pompée. Aucun récit grec contemporain suffisamment détaillé ne vient véritablement en confirmer le déroulement ni en préciser la localisation, ce qui limite fortement la possibilité d’en reconstruire la séquence militaire avec certitude.
Dans cet état de la documentation, il convient de distinguer un noyau historique probable — celui de confrontations réelles entre la Macédoine d’Antigone et des groupes galates actifs dans le monde hellénistique des années 270–260 av. J.-C. — et une mise en forme narrative ultérieure. Celle-ci est fortement marquée par des schémas littéraires et idéologiques, où la violence des Galates, leur comportement rituel et l’issue du combat sont interprétés à travers un prisme moral et religieux. La victoire d’Antigone s’inscrit ainsi moins dans une chronologie militaire assurée que dans une construction historiographique opposant ordre royal et chaos barbare.
Dans l’Abrégé de l’Histoire philippique de Trogue Pompée, l’épisode de la victoire d’Antigone Gonatas sur les Galates s’intègre à une lecture globalement morale et politique des conflits du monde hellénistique. L’arrière-plan historique correspond à la présence de groupes celtiques installés en Anatolie à la suite des migrations du début du IIIᵉ siècle av. J.-C., intervenant comme forces militaires mobiles dans les rivalités entre royaumes.
L’identité des Galates mentionnés dans l’épisode demeure incertaine, le terme pouvant désigner aussi bien des groupes celtiques encore actifs dans les Balkans que ceux déjà installés en Asie Mineure. Dans le contexte des campagnes d’Antigone Gonatas, une origine européenne apparaît toutefois plus vraisemblable, notamment en lien avec des formations comme le royaume de Tylis, qui témoigne d’une présence galate structurée en Thrace au IIIᵉ siècle av. J.-C. Cette hypothèse correspond mieux à la géographie des opérations macédoniennes, sans pouvoir être démontrée de manière décisive, de sorte que l’alternative d’une intervention de groupes galates d’Asie Mineure — notamment dans le cadre de circulations mercenaires — ne peut être totalement exclue.
Cependant, le récit transmis par Justin dépasse largement la simple relation des faits. Les Galates y sont construits selon des stéréotypes ethnographiques récurrents dans les sources grecques et romaines, associés à l’excès, à la violence rituelle et à l’irrationalité. L’épisode du sacrifice de leurs propres familles avant la bataille, suivi d’une défaite interprétée comme sanction divine, relève ainsi d’une rhétorique exemplaire où la victoire d’Antigone devient aussi celle de l’ordre sur la barbarie.
Cette victoire ne correspond pas à l’accession au pouvoir d’Antigone Gonatas, mais intervient dans un second temps, alors que son autorité est déjà établie en Macédoine. En effet, une première victoire sur les Galates, traditionnellement située autour de 277–276 av. J.-C., accompagne la phase initiale de son établissement sur le trône, dans le contexte de la recomposition du royaume après les guerres des Diadoques et les interventions de Pyrrhus d’Épire. Antigone s’impose durablement comme roi à partir de 276 av. J.-C., à l’issue de luttes dynastiques complexes et d’une brève interruption de son pouvoir. L’affrontement plus tardif avec les Galates, vers 268 av. J.-C., relève ainsi d’une phase de stabilisation du règne, contribuant davantage à renforcer sa légitimité royale qu’à en constituer le fondement.
Justin, Abrégé de l’Histoire philippique de Trogue Pompée, XXV : Pendant ce temps, alors qu'Antigone était pressé sur plusieurs fronts, à la fois par le roi Ptolémée et par les Spartiates et qu'un nouvel ennemi - l'armée galate - affluait contre lui, ayant laissé une petite troupe contre les autres pour figurer un camp, il part contre les Gaulois avec toutes ses forces. Ce qu'ayant appris, les Gaulois, alors qu'ils se préparaient eux-mêmes au combat, immolent des victimes pour prendre les auspices : alors qu'un grand massacre et le trépas de tous étaient annoncés par les entrailles, ce n'est pas la crainte qui s'empare d'eux, mais le délire guerrier, et espérant pouvoir expier les menaces des dieux par le massacre des leurs, ils égorgent leurs femmes et leurs enfants, inaugurant la guerre par un parricide. Si grande était la rage qui avait envahi leurs cœurs farouches, qu'ils n'épargnaient pas un âge que les ennemis eux-mêmes eussent épargné et qu'ils faisaient une guerre d'extermination à leurs enfants et aux mères de leurs enfants, pour lesquels, d'habitude, on fait la guerre. Et ainsi, comme s'ils avaient racheté par le crime leur vie et la victoire, ils marchent au combat, ensanglantés du massacre récent des leurs ; le résultat ne fut pas meilleur que le présage, puisque les Furies qui poursuivent les parricides entourèrent les combattants avant les ennemis et ayant devant les yeux les mânes de ceux qu'ils avaient tués, ils furent tous massacrés dans un carnage. Si grande fut la tuerie que les dieux semblaient s'être accordés avec les hommes pour la perte des parricides.
Sources: • Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique