ACIONNA

Les divinités celtiques
Nom: Acionna
Fonction: source divinisée
Étymologie: la maîtresse rusée (*aci-onno-
Attestée: Inscriptions du sanctuaire de l'Étuvée


Acionna - Divinité gallo-romaine locale, attestée uniquement dans la région de l'antique Genabum (Orléans, Loiret). Son culte est lié à une source sacrée située au nord-est de la ville antique, aujourd’hui dans la zone d’Orléans/Fleury-les-Aubrais (la fontaine de l'Étuvée). (source : multimedia.inrap.fr).

Acionna est attestée par trois inscriptions votives (CIL XIII, 3063 ; 3064 ; 3065), dont la principale et la mieux conservée, est celle découverte en 1823 (CIL XIII, 3063). Ces découvertes ont été faites dans le cadre d’un sanctuaire antique lié à une source. Ce sanctuaire a livré, outre ces inscriptions, la statue d’une divinité relativement mutilée, de nombreux ex-voto anatomiques, des monnaies et divers objets rituels. L’ensemble de ces offrandes suggère un culte guérisseur lié à l’eau de la source. Simple enclos sacré avant notre ère, le site est doté dès le Ier siècle ap. J.-C. d’un fanum de tradition gallo-romaine (source : archeologie.orleans-metropole.fr).

Le dédicant de l’inscription principale (CIL XIII, 3063) est Capillus, fils d' Illiomarus. Le père porte un nom clairement celtique, tandis que le fils a un nom rare en latin, Capillus (« le chevelu »), rarement utilisé comme nomen. Il pourrait s’agir d’une forme hypocoristique d’un nom gaulois, par exemple Cappius. Une autre dédicace (CIL XIII, 3064) , très lacunaire, mentionne peut-être Epadextorix, dont la lecture reste incertaine. Si ce nom est correct, il s’agit là encore d’un nom celtique. Dans ce contexte, la présence d’une divinité celtique, d’un fanum de tradition celtique, et de dédicants aux noms celtiques, apparaît tout à fait cohérente et attendue.

Le théonyme d’Acionna est clairement attesté dans l’inscription principale (CIL XIII, 3063), découverte en 1823, ainsi que la formule votive, qui est complète et lisible. Les deux autres inscriptions (CIL XIII, 3064 et 3065), retrouvées au même endroit, dans le contexte sacré du sanctuaire, sont très fragmentaires ; seuls quelques éléments restent visibles, tels que « …ONNE … T EPADE » et « E SAC …… NTIV … VM ». Seul le contexte archéologique permet de conjecturer la lecture et d’identifier le théonyme.

Acionna – Dans Noms de personnes celtiques dans l’épigraphie classique (2007), Delamarre rapprochait déjà le théonyme Acionna d’un thème *aci-, sans en proposer alors d’interprétation sémantique. Il y évoquait également la possibilité d’un i d’appui, conduisant à reconstruire certaines formes comme *acisi- < *acsi-, *axsi-, sans préciser les cas exacts où cette vocalisation devrait être admise. Ce n’est que plus récemment (2019) qu’il propose pour *aci- le sens de « pointu → malin, rusé ». (Delamarre, 2007 ; 2019).

Cette analyse pose néanmoins un problème pour l’identification parfois suggérée entre Acionna et Axona, nom antique des rivières Essonne et Aisne (source : fr.wikipedia.org mais étrangement pas pour l'Aisne ?). L’introduction d’un i épenthétique complique en effet une dérivation directe à partir de ax-on-. De plus, les auteurs antiques emploient régulièrement une graphie en ax- (Axona) et non en aci-. La comparaison se heurte aussi au contexte : Axona désigne un cours d’eau important, tandis que le culte d’Acionna est associé à une source locale près de Genabum (Orléans). Et pour finir, le Loiret n’a pas de nom antique connu clairement attesté dans les sources latines ou gallo-romaines. Ainsi, malgré une certaine proximité formelle, l’assimilation entre Acionna et Axona demeure phonétiquement et contextuellement problématique. On peut dire sans ambages que Acionna → Axona (Loiret) est quasi indéfendable d’un point de vue linguistique.

Selon Delamarre (2023), la suffixation en ‑onno‑ / ‑onna a donné de nombreux noms de rivières en ‑onna, ‑onne, ‑one. Il s’agit d’un pseudo-suffixe qui s’est souvent confondu avec la forme théo‑hydronymique ‑onā, mais qui pourrait aussi dériver d’un mot plein *udnā signifiant « eaux » (par rapprochement avec le latin unda). Cette évolution donnerait la chaîne *udnā → -unna → -onna, expliquant la présence de ce suffixe aussi bien dans les noms de cours d’eau que dans les théonymes féminins associés à l’eau. Ainsi, ‑onna ne désigne pas systématiquement un « fleuve », mais peut indiquer une relation avec l’eau et se retrouver dans des noms de divinités locales ou dans des hydronymes. (Delamarre, 2023).

Liens externes :
🌏L'Orléans gallo-romain, entre traditions gauloises et influences romaines / archeologie.orleans-metropole.fr (consulté le 10/03/2026)
🌏Une statuette de divinité gallo-romaine / multimedia.inrap.fr (consulté le 10/03/2026)
🌏Essonne (rivière) / fr.wikipedia.org (consulté le 10/03/2026)

Attestations épigraphiques.

PaysRégionLocalitéNomAssimilationCompagnon
(Parèdre)
FranceLoiretOrléansAcionna

Orléans (CIL XIII, 3063)
AVG(VSTAE) ACIONNAE SACRVM CAPILLVS ILLIOMARI F(ILIVS) PORTICVM CVM SVIS ORNAMENTIS V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)

"Consacré à l'Auguste Acionna, Capillus fils d'Illiomarus, (a offert) ce portique avec ses ornements, en s'acquittant de son son vœu de bon gré, comme il se doit.

Orléans (CIL XIII, 3064)
[AVG(VSTAE?) ACI]ONN(A)E [... E]T EPADE[XTORIX?

"À l'Auguste Acionna [...] et Epadextorix."

Orléans (CIL XIII, 3065)
ACIONNA]E(?) SAC[RVM] [...]NTIV[...] [...]VM[

"Consacré à Acionna [...]ntiu[...]um[..."

Sources:
• X. Delamarre, (2007) - Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique, Errance, Paris, 240p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• I. Fauduet, (2010) - Les temples de tradition celtique, Errance, Paris, 352p.
• N. Jufer, Th. Luginbühl, (2001) - Répertoire des dieux gaulois. Les noms des divinités celtiques connus par l'épigraphie, les textes antiques et la toponymie, Errance, Paris, 136p.
• W. Van Andringa, (2002) - La religion en Gaule romaine, Errance, Paris, 336p.
• Patrice Lajoye pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique