Fors mac Electra — Personnage de la mythologie irlandaise à fonction cosmogonique. Dans le texte des Quatre points cardinaux du monde (Cethri Arda in Domain), il est fils d’Électra et l’un des quatre hommes associés aux quatre points cardinaux du monde, les trois autres étant Fintán mac Bóchrai, Annóit mac Ethióir et Ferén mac Sistén. Représentant l’Est, il est chargé de conserver le senchas — l’histoire et la tradition — de cette partie du monde. Il vécut cinq mille ans et mourut au Golgotha, près de Jérusalem, dans la vingt-sixième année du règne d’Octave, l’année où naquit le Christ (Keating, 1857, p.109-110 ; Best & Bergin, 1929, p.305 ; Le Roux & Guyonvarc'h, 1981, pp.304-305 ; Jouët, 2012, p.842). Fors est présenté comme fils d’Electra, fils de Seth, fils d’Adam : il est donc petit-fils de Seth et arrière-petit-fils d’Adam. Cette généalogie inscrit directement Fors dans la lignée biblique antédiluvienne, ce qui donne au personnage une profondeur généalogique et chronologique particulière : il n’est pas seulement le gardien de l’Est, mais un personnage rattaché à la descendance d’Adam. Cela renforce précisément l’idée, présente dès l’ouverture du texte, de quatre gardiens chargés de conserver l’histoire du monde issu de la race d’Adam. Contrairement à Fintán, explicitement associé à l’Espagne et à l’Irlande, Fors n’est jamais présenté dans le Cethri Arda in Domain comme ayant séjourné en Irlande. Le texte le situe dans la partie orientale du monde et fait de lui le dépositaire du senchas de cette région, avant de le faire mourir au Golgotha, près de Jérusalem. Le Roux et Guyonvarc’h interprètent ces quatre personnages comme les « régents » des quatre régions du monde. Le nom Fors ne semble pas gaélique (Le Roux & Guyonvarc’h, 1986, p.392).
Les noms des quatre qui pratiquaient la justice, et que Dieu sauva au temps du Déluge, sont Fintán, Feron, Fors, le doux et le juste, et Andóid, fils d’Ethór.
Fors, il l’établit dans les contrées de l’Est, Feron fut préservé dans le froid du Nord, Fintán demeura sain et sauf près du couchant, et Andóid dans le Sud.
Bien que les seanchaithe(1) les comptent parmi ceux-ci, les Canons sacrés enseignent pourtant qu’aucun autre, sinon Noé et ses fils, avec lui dans l’arche, et les épouses de ceux-ci, ne fut sauvé.
Ce poème cité par Keating ne semble pas pouvoir être attribué avec certitude à un auteur ou à une œuvre identifiés : Keating le présente comme un texte déjà composé par un auteur antérieur, qu’il rapporte pour mettre en regard la tradition des quatre survivants du Déluge et la doctrine chrétienne. Les deux premiers quatrains exposent une tradition structurée selon les quatre régions du monde — Fors à l’Est, Ferén au Nord, Fintán à l’Ouest et Andóit au Sud — tandis que le dernier la réfute au nom des Canons sacrés, qui ne reconnaissent comme survivants du Déluge que Noé, ses fils et leurs épouses. Le poème paraît ainsi conserver une tradition distincte que son cadre chrétien cherche précisément à corriger, mais son origine et sa date restent indéterminées (Keating, 1857, p.109-110).
Sources: • R. I. Best, O. Bergin, Osborn (1929) - Lebor na hUidre: Book of the Dun Cow, Dublin, Royal Irish Academy, 340p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• G. Keating, (1857) - The history of Ireland from the earliest period to the English invasion, (Trad: J. O'Mahony), P. M. Haverty, 746p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique