Sur deux inscriptions de Csákvár (comitat de Fejér, Hongrie) et de Nyergesújfalu (comitat de Komárom-Esztergom, Hongrie)
Troucetimarus — Anthroponyme masculin relevé sur deux inscriptions découvertes dans la province romaine de Pannonie. La première attestation date du Ier siècle apr. J.‑C., antérieurement à la division de la Pannonie en deux provinces distinctes (CIL III, 3367). La seconde, datée des IIe–IIIe siècles, provient de Pannonie supérieure(CIL III, 3659). Ce nom est d’origine celtique. On y reconnaît aisément le terme trouget-, qui signifie « misérable, malheureux », associé à -mãros, « grand ». En conséquence, le composé trougeti-mãros peut se traduire par "grand dans le malheur" ou à la « grande miséricorde » (Delamarre, 2003, p.303), ou « grandemisère » (Delamarre, 2023, p.359), ou plus prosaïquement « grandmisérable », traduction qui paraît plus appropriée dans une perspective anthroponymique. Les anthroponymes Trogimarus et Trogimara, sont comparables à Troucetimarus, bien que ce dernier présente une différence morphologique.
Une première attestation provient de Csákvár (comitat de Fejér, Hongrie). Troucetimarus était un pérégrin, mentionné comme ayant été le fils d'Angulatus, le mari de Ricmara et le père de Domitius (CIL III, 3367 ; AE 2004, 1133 ; RIU VI, 1397).
Csákvár (CIL III, 3367)[D(IS)] M(ANIBVS) [T]ROVCETIMA[R]VS ANGVLA[T]I AN(NORVM) L RICMAR[A] ATALI VIVA SIB(I) [E]T CO(N)IV[GI] DOMIT[I]VS FILIVS PARENT[I]BVS T(ITVLVM) P(OSVIT)
"Aux dieux Mânes. À Troucetimarus (fils d')Angulatus, âgé de 50 ans. Ricmara, (fille d')Atalus, de son vivant, pour elle-même et son mari. Domitius, leur fils, pour ses parents, a posé cette épitaphe."
À Nyergesújfalu (comitat de Komárom-Esztergom, Hongrie), un autre pérégrin du nom de Troucetimarus est mentionné au milieu de nombreux membres de sa famille. Il était le fils de d'Aurelius Respectus et de Sisiu, et le frère de Valentinus, d'Optimus et de Sisiu. L'inscription ne précise aucunement la nature des relations unissant ces différentes personnes à Dervonia, mais tout porte à penser qu'elle était membre de cette famille (CIL III, 3659 ; RIU III, 724).
Nyergesújfalu (CIL III, 3659)D(IS) M(ANIBVS) AVR(ELIVS) RESPECTVS VIVVS ET SISIVNI CON(IVGI) VIV(A)E ET DERVONIAE VIX(IT) AN(NOS) LV ET VALENTINO F(ILIO) AN(NORVM) XXX ET TROVCETIMARVS F(ILIVS) VIX(IT) AN(NOS) XXV ET OPTIMO F(ILIO) VIX(IT) AN(NOS) XX ET SISIV F(ILIA) VIX(IT) AN(NOS) XVIII VIVVS SIBI ET SVIS F(ECIT)
"Aux dieux Mânes. Aurelius Respectus, de son vivant, et pour Sisiu son épouse, de son vivant, et pour Dervonia, qui vécut 55 ans et Valentinus, son fils, âgé de 30 ans, et pour Troucetimarus, son fils, qui vécut 25 ans, et pour Optimus, son fils, qui vécut 20 ans et pour Sisiu, sa fille, qui vécut 18 ans, de son vivant, pour lui-même et les siens, a fait (ce monument)."
Sources: • M. Clauss, H. Slaby, Epigraphik-Datenbank Clauss/Slaby (EDCS), (en ligne : https://edcs.hist.uzh.ch/)
• X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• Presses universitaires de France. (1888-). L’Année épigraphique, Paris, Presses universitaires de France.
• Académie des sciences de Berlin-Brandebourg. (1863-). Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL), Berlin.
• Akadémiai Kiadó, (1972-) - Die römischen Inschriften Ungarns (RIU), Budapest
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique