La Mort Violente de Celtchar, fils d’Uthechar (Aided Cheltchair mac Uthechair) - Est un récit mythologique irlandais appartenant au cycle d'Ulster. Une version complète du texte est conservée dans un manuscrit du XIVᵉ siècle (XL) de l’Advocates’ Library d’Édimbourg. Une version incomplète figure également dans le Livre du Leinster.
Résumé
Blái Briuga, soumis à une geis qui l’oblige à partager la couche de toute femme entrant chez lui sans la compagnie de son mari, reçoit Brig Bretach, l’épouse de Celtchar, venue sans celui-ci. Lié par cette obligation et ne pouvant la transgresser sans rompre son interdit, Blái Briuga passe la nuit avec elle. Apprenant l’affront qui lui a été fait, Celtchar vient reprendre son épouse. Les deux guerriers se rendent dans la demeure de Conchobar ; là, tandis que Cú Chulainn joue au fidchell avec le roi, Celtchar saisit l’occasion et transperce Blái Briuga d’un coup de lance. Les Ulates sont accablés : ils viennent de perdre l’un de leurs meilleurs guerriers, et en réclamer vengeance reviendrait à en sacrifier un second. Un accord est donc conclu : pour faire amende honorable, Celtchar devra délivrer l’Ulster de trois fléaux. Le premier est Conganchnes, qui ravage le pays pour venger son frère. Le deuxième est la Luch Donn, un chien destructeur qui, chaque nuit, anéantit un domaine. Le troisième est son propre chien, Doelchu ; mais lorsqu’il l’abat, une goutte du sang de l’animal glisse le long de la lance, traverse le corps de Celtchar, entrainant la mort du héros.
Aided Cheltchair maic Uthechair
D’où vient la mort tragique de Celtchar fils d’Uthechar ? Pas difficile à dire. Il y avait un homme célèbre parmi les hommes d’Ulster, Blái Briuga. Il possédait sept troupeaux de bétail, sept dizaines de vaches dans chaque troupeau, et une équipe de labour avec chaque troupeau. Il tenait aussi une maison d’hôtes. Or c’était un geis pour lui qu’une femme vienne en compagnie dans sa maison sans qu’il couche avec elle, à moins que son mari ne soit dans sa compagnie. Alors Brig Bretach, femme de Celtchar, alla à sa maison. « Ce que tu as fait n’est pas bon, femme, » dit Blái Briuga. « Ta venue chez moi telle que tu es venue est un geis pour moi. » « C’est un homme misérable, » dit la femme, « qui viole ses propres gessa. » « C’est vrai. Je suis un vieil homme, et de plus tu m’excites, » dit-il. Cette nuit-là, il couche avec elle.
Celtchar l’apprit ; et il alla chercher sa femme. Blái Briuga s’en alla jusqu’à ce qu’il fût auprès de Conchobar dans la maison royale. Celtchar s’en alla aussi jusqu’à être sur le sol de la maison royale. Là se trouvaient Conchobar et Cú Chulainn jouant à un jeu de fidchell ; et le coffre de Blái Briuga était posé sur le plateau de jeu entre eux. Et Celtchar plante une lance à travers lui de sorte qu’elle se fût fichée dans le torchis du mur derrière lui, de sorte qu’une goutte de la pointe de la lance tomba sur le plateau.
« Vraiment, Cú Chulainn ! » dit Conchobar. « En effet, Conchobar ! » dit Cú Chulainn. Le plateau est mesuré de la goutte ici et là pour savoir à qui elle était la plus proche. Or la goutte était plus proche de Conchobar, et il fallut plus de temps pour la vengeance. Blái Briuga, cependant, mourut. Celtchar s’échappa jusqu’à être dans la terre des Déisi du Munster au sud.
« C’est mauvais, ô Conchobar ! » dirent les hommes d’Ulster. « Cela signifie la mort de deux. Il suffisait que nous perdions l’homme qui est mort, et que Celtchar vienne dans sa terre, » dirent les hommes d’Ulster. « Qu’il vienne alors, » dit Conchobar ; « et que son fils aille pour lui, et qu’il soit son garant. » À cette époque, avec les hommes d’Ulster, le crime d’un père n’était pas imposé à son fils, ni le crime d’un fils à son père. Ainsi il alla le convoquer jusqu’à ce qu’il fût au sud.
« Pourquoi es-tu venu, mon fils ? » dit Celtchar. « Pour que tu puisses venir dans ta terre, » dit le jeune homme. « Quel est mon garant ? » « Moi, » dit le jeune homme. « Vrai, » dit-il. « Subtile est la trahison que les hommes d’Ulster pratiquent sur moi, que je doive aller sous la garantie de mon fils. » « Subtil sera son nom et le nom de sa descendance, » dit le druide. « Reste, jeune homme ! » dit Celtchar, « et j’irai là-bas. »
Cela est fait, et dès lors Semuine est dans la terre des Déisi.
Cependant, ceci est a compensation qui fut demandée pour Blái Briuga, pour les libérer des trois pires fléaux qui viendraient en Ulster de son temps.
Alors Conganchnes mac Dedad alla venger son frère, tout comme Curoi fils de Dáire mac Dedad, contre les hommes d’Ulster. Il dévasta grandement l’Ulster. Les lances ou épées ne lui faisaient aucun mal, mais rebondissaient de lui comme sur une corne.
« Délivre-nous de ce fléau, ô Celtchar ! » dit Conchobar. « Je le ferai sûrement, » dit Celtchar. Et un jour il alla converser avec Conganchnes, de sorte qu’il le trompa, lui promettant sa fille, Niam fille de Celtchar, ainsi qu’un dîner pour cent chaque après-midi à lui fournir. Alors la femme le trompa, lui disant : « Dis-moi, » dit-elle, « comment tu peux être tué. » « Il faut que des broches de fer rouge soient enfoncées dans mes plantes et à travers mes tibias. » Alors elle dit à son père qu’il devait faire deux grandes broches, y mettre un sort de sommeil, et rassembler une grande troupe. Et ainsi fut fait. Et ils allèrent sur leur ventre, et les broches furent enfoncées dans ses plantes avec des marteaux et à travers sa moelle, si bien qu’il tomba. Et Celtchar lui coupa la tête, sur laquelle un cairn fut élevé, c’est-à-dire qu’une pierre fut placée par chaque homme qui y vint.
Et voici le second fléau, Luch Donn, c’est-à-dire un chiot que le fils de la veuve avait trouvé dans le creux d’un chêne, et que la veuve avait élevé jusqu’à ce qu’il soit grand. Enfin, il se tourna contre les moutons de la veuve ; et il tua ses vaches, et son fils, et elle-même, puis alla au Vallon de la Grande Truie. Chaque nuit il dévastait un château en Ulster, et chaque jour il dormait. « Délivre-nous de lui, ô Celtchar ! » dit Conchobar. Et Celtchar entra dans un bois et en tira une bûche d’aulne ; on y creusa un trou de la longueur de ses bras, et il la fit bouillir dans des herbes odorantes, du miel et de la graisse jusqu’à ce qu’elle fût molle et résistante. Celtchar se rendit à la caverne où Luch Donn dormait, et y entra tôt, avant que Luch Donn ne vienne après le carnage. Elle arriva, et son museau se leva haut à l’odeur du bois. Et Celtchar poussa le bois à travers la caverne vers elle. Le chien le prit dans ses mâchoires, et y planta ses dents, qui s’enfoncèrent dans le bois dur. Celtchar tira le bois vers lui ; et le chien tira de l’autre côté ; Celtchar mit son bras le long de la bûche et en sortit le cœur par ses mâchoires, de sorte qu’il l’avait dans sa main. Et il emporta sa tête avec lui.
Et ce jour-là, à la fin d’une année après, les bergers étaient au bord du cairn de Conganchnes, et entendirent les cris des chiots dans le cairn. Ils creusèrent le cairn et trouvèrent trois chiots dedans, c’est-à-dire un chien brun, un chien à petites taches, et un chien noir. Le chien à petites taches fut offert en présent à Mac Da Thó de Leinster ; et pour lui, une multitude d’hommes d’Irlande tombèrent dans la maison de Mac Da Thó, et le nom de ce chien était Ailbe. Et ce fut à Culand le forgeron que fut donné le chien brun, et le chien noir était le propre Dóelchú de Celtchar. Il ne laissait aucun homme le saisir sauf Celtchar. Une fois, Celtchar n’était pas à la maison, et le chien fut laissé sortir, et les gens de sa maisonnée ne purent l’attraper ; et il tourna parmi le bétail et les troupeaux, et enfin il détruisait une créature vivante chaque nuit en Ulster.
« Délivre-nous de ce fléau, ô Celtchar ! » dit Conchobar. Celtchar se rendit au vallon où était le chien, avec cent guerriers, et trois fois il appela le chien jusqu’à ce qu’ils le voient venir vers eux, se dirigeant droit vers Celtchar jusqu’à ce qu’il léchât ses pieds. « C’est triste, en effet, ce que fait le chien, » dirent tous. « Je ne serai plus incriminé à cause de toi, » dit Celtchar, le frappant avec la lance de Celtchar, et il en sortit le cœur, sur quoi il mourut. « Malheur ! » cria tout le monde. « C’est vrai, » dit-il, en levant la lance, quand une goutte du sang du chien coula le long de la lance et le traversa jusqu’au sol, de sorte qu’il en mourut. Et son deuil fut établi et sa pierre et sa tombe élevées là. Ainsi s’achève la mort tragique de Blái Briuga, de Conganchnes, et de Celtchar fils d’Uthechar. Fin.
Traduit par nos soins d'après la version anglaise de K. Meyer (1906)
Sources: • Ch.-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Payot, 1997.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• K. Meyer, (1906) - The death-tales of the Ulster heroes, Dublin, Hodges, Figgis & Co.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
LIENS ANALOGIQUES
• Aided (mort violente) [types de textes irlandais (Les )]
• Ailbe (chien de Mac Datho) [animaux dans les mythologies celtiques (Les)]
• Blái Briuga [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buinne)]
• Brig Bretach [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buinne)]
• Celtchar mac Uthechair [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cuscraid)]
• Conganchnes mac Dedad [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cuscraid)]
• cycle d'Ulster (Le) [cycles des textes irlandais (Les)]
• Dáire mac Dedad [personnages de la mythologie irlandaise (de Daire Cearb à Durgabul)]
• Doelchu (chien de Celtchar) [animaux dans les mythologies celtiques (Les)]
• fidchell (échecs) [jeux (Les)]
• geis (interdit) [attributs divins et objets mythologiques (Les)]
• lance de Celtchar (La) [attributs divins et objets mythologiques (Les)]
• Livre du Leinster (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• Luch Donn [animaux dans les mythologies celtiques (Les)]
• Niam ingen Celtchair [personnages de la mythologie irlandaise (de Naoise à Nuadhat Neacht)]
• Semuine [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Uthechar [personnages de la mythologie irlandaise (de Úaithne à Uthider)]