La pierre de Colbinstown I (Killeen Cormac, Co Kildare) (CIIC 19)
Le site de Killeen Cormac, dans le comté de Kildare, est un lieu ancien de tradition chrétienne, particulièrement intéressant pour l’étude des premières inscriptions irlandaises, de leurs formes d’écriture et de leurs rapports avec les traditions funéraires et religieuses du haut Moyen Âge. Le site comprend un ensemble remarquable de sept pierres oghamiques anciennement recensées, ainsi que des pierres portant des croix et d'autres vestiges funéraires. Selon l'étude archéologique de S. A. Greene, il se trouve sur une butte naturelle de gravier proche de la rivière Greese. Les recherches ont également relevé des indices suggérant que l'enclos funéraire constituait le noyau d'un établissement ecclésiastique ancien plus vaste. L'histoire du lieu se prolonge bien au-delà de l'époque des inscriptions oghamiques : des documents médiévaux mentionnent une chapelle sous le nom de Capella de Gris, et le site semble avoir conservé une fonction religieuse pendant plusieurs siècles (Greene, 2011).
La pierre de Colbinstown (site de Killeen Cormac, dans le comté de Kildare, Irlande) appartient au corpus des inscriptions chrétiennes anciennes d’Irlande. Sa référence CIIC 19 renvoie au catalogue de référence de R. A. S. Macalister, Corpus Inscriptionum Insularum Celticarum(CIIC), consacré notamment aux inscriptions gravées sur pierre dans les îles Britanniques. Cette pierre oghamique bilingue, généralement datée du Ve siècle, dont l'inscription oghamique est lue comme « OVANOS AVI IVACATTOS ». Son inscription latine, partiellement incertaine, a suscité un débat ancien autour du terme supposé DRVVIDES et de son éventuel rapport avec les druides. Son intérêt majeur réside dans la combinaison de deux systèmes d'écriture et dans les questions historiques et linguistiques qu'elle soulève, plutôt que dans une interprétation religieuse qui serait aujourd'hui définitivement établie.
La transcription couramment donnée est : « OVANOS AVI IVACATTOS ». Cette lecture est généralement interprétée comme une formule de filiation ou de descendance. Le terme avi signifie « descendant de » ou « petit-fils de ». On peut donc proposer la traduction prudente suivante : « Ovanos, descendant d’Ivacattos. »
L'inscription en caractères latins
C'est cette inscription qui a rendu la pierre célèbre dans l'histoire de l'épigraphie irlandaise. Plusieurs lectures ont été proposées, notamment : • IV VERE DRVVIDEƧ : interprété comme « quatre vrais druides » ; • IVVENE DRVVIDEƧ : interprété comme « les jeunes druides » ; • Une lecture associant le premier terme à un nom propre, parfois rapproché du nom Ovanos figurant en ogham. Ces propositions sont des hypothèses de lecture, non des traductions unanimement admises. L'incertitude porte notamment sur l'identification de certaines lettres.
La pierre de Colbinstown I occupe une place particulière dans l'étude de l'Irlande du haut Moyen Âge pour trois raisons. • Le bilinguisme épigraphique. La coexistence de l'ogham et de l'alphabet latin sur un même monument témoigne de la rencontre entre les traditions d'écriture locales et la culture écrite latine. Les pierres bilingues de ce type sont rares en Irlande. • La question des druides. La lecture possible de la séquence `DRVVIDES` a suscité un débat sur la survivance du vocabulaire et des représentations associés aux druides dans l'Irlande des premiers siècles chrétiens. Cependant, la présence de ce mot supposé ne permet pas, à elle seule, de conclure que la pierre a été érigée par des druides ou qu'elle commémore un groupe de druides. • La transition religieuse et culturelle. La chronologie proposée situe le monument dans une période où les communautés irlandaises connaissent des transformations religieuses et intellectuelles majeures. La pierre constitue donc un témoignage précieux, mais son contexte exact ne permet pas de reconstituer à lui seul les croyances de son commanditaire ou de son graveur.
Sources: • S. A. Greene, (2011) - "Killeen Cormac, Colbinstown: An Ecclesiastical Site on the Kildare-Wicklow Border"
• R. A. S. Macalister, (1914-1916) "The “Druuides” Inscription at Killeen Cormac, Co. Kildare", Proceedings of the Royal Irish Academy, section C, vol. 32, pp. 227–238.
• R.A.S. Macalister, (1945–1949) - Corpus Inscriptionum Insularum Celticarum, 2 vol. Dublin, Stationery Office, Irish Manuscripts Commission.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique