ARIOLA (NETTANCOURT?)

Les villes Celtiques
Nom antique: Ariola
Nom actuel: Nettancourt (?)
Ville: Nettancourt (?)
Localisation: Département de la Meuse
Peuple: Zone frontière entre Leuques et Catalaunes
Étymologie: Domaine d'Ariolos / le noble
Type: Relai routier type mansio/mutatio ?


Nettancourt (?)
(Ariola)

Ariola - Localité mentionnée sous la forme Ariola, sur l'itinéraire d'Antonin de Reims à Metz, entre Fano Minervae (La Cheppe?) et Caturrigis (Bar-le-Duc). J.-B. d'Anville (1737), la localisait à Vroil (Marne). Certes, le nom présente une vague ressemblance, les distances semblent correspondre, mais les formes médiévales : Verello, Verillum, Veroium, permettent de rejeter cette hypothèse. P. Lapie (1845), G. Lagneau (1875), proposaient pour leur part Villers-aux-Vents (Meuse). L.-J. Brouillon (1896), l'identifiait au camp romain de la Murée à Possesse (Marne).

Les distances indiquées sur l’Itinéraire sont d’environ seize lieues gauloises de Fano Minervae à Ariola et huit lieues d’Ariola à Caturrigis, ce qui situe Ariola dans le département de la Meuse, du côté de Villers-aux-Vents. Cette hypothèse est cohérente avec les propositions de P. Lapie (1845) et G. Lagneau (1875), tandis que le camp de la Murée à Possesse (Marne) est moins compatible avec les distances indiquées par l’Itinéraire d’Antonin, et que Vroil (Marne) pose des problèmes étymologiques en raison de ses formes médiévales.

Dans une approche plus récente, Lacroix (2021-2), sur sa carte de la cité des Leuques, établit « La Leurande » comme toponyme frontière probable entre Leuques et Catalaunes (les Catalaunes étant une déduction des Rèmes dans l’Antiquité tardive), un type -randa qui en fait un excellent candidat pour marquer une limite territoriale. En recherchant ce lieu, on le retrouve en tant que ruisseau sur la commune de Nettancourt (Meuse) (Lacroix, 2021-1), à proximité immédiate de Villers-aux-Vents et de Vroil.

Déjà, en 1928, F. Lot mentionne Ariola de l’Itinéraire d’Antonin comme étant représentée par La Maison du Val, dans le val des Noyers, au passage de la Chée, qui correspond au confluent de La Leurande (Meuse, arrondissement de Bar-le-Duc, canton de Vaubécourt). Il précise que ce lieu se trouve tout près de Nettancourt, où se trouvait une *Icoranda (aujourd'hui La Leurande), marquant la limite des Leuques et des Catalaunes. Il donnait comme interprétation d'Ariola : « le cours d'eau », sans aucune explication.

Au XIXᵉ siècle, M. Savy qui semble ne pas connaître explicitement l'hydronyme La Leurande (*Icoranda) (ou sa signification), place déjà Ariola à Nettancourt. Cette coïncidence est d’autant plus curieuse qu’elle rapproche la localisation d’Ariola de cette zone frontalière indiquée par Lacroix et Lot.

Cela suggère que, même sans utiliser le terme « La Leurande », ce chercheur du XIXᵉ avait identifié, peut-être intuitivement, cette zone de transition entre les civitates, ce qui renforce la plausibilité que La Leurande et Ariola désignent en réalité le même secteur géographique, lié à une halte routière et un ruisseau frontaliers antiques. Le dessin conservé dans l’étude de M. Savy illustre ces installations et la topographie du site, confirmant Nettancourt comme possible localisation d’Ariola.

Pour mémoire, Delamarre, Dans son ouvrage de 2012, cite l’itinéraire d'Antonin de Reims à Metz et la Table de Peutinger, comme sources antiques, et situe Ariola entre Naix-aux-Forges et Tulle. Cette interprétation comporte plusieurs erreurs : il confond Tulle avec Tullum (Toul) ; sur l’itinéraire d'Antonin de Reims à Metz, constituant un itinéraire alternatif (alio itinere), Ariola se trouve entre Fano Minervae et Caturrigis, bien avant Nasium, alors qu’il la place entre Nasium et Tullum ; enfin, Ariola n’apparaît pas sur sur la Table de Peutinger, alors que Fano Minervae et Caturrigis y sont bien attestées. Sa lecture repose vraisemblablement sur une mélecture de F. Lot (1928), qui a amené à confondre Ariolica et Ariola. En 2019, Delamarre cite toujours la Table de Peutinger et propose comme interprétation « le domaine d’Ariolos », avec une segmentation de l’anthroponyme en *ario-lo- (avec *ario- signifiant « noble, proéminent », suivi du suffixe agentif -lo-).

Dessin : d'après M. Sazy (1856)


Sources:
• L.-J. Brouillon - (1896) - Le Camp romain de La Murée, territoire de Possesse (Marne), et l'ancienne localité d'Ariola, Martin frères, Châlons-sur-Marne, 24p.
• X. Delamarre, (2007) - Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique, Errance, Paris, 240p.
• X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• J. Lacroix, (2021) - Les frontières de peuples gaulois, Tome 1, Yoran, Fouesnant, 558p.
• J. Lacroix, (2021) - Les frontières de peuples gaulois, Tome 2, Yoran, Fouesnant, 400p.
• G. Lagneau (1875) - "Remarques ethnologiques sur les populations du département de la Meuse.", Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, n°10, pp. 41
• P. Lapie, (1845) - "Cartes", in A.-J. Fortia d'Urban, Recueil des itinéraires anciens, A.-J. Fortia d'Urban, Paris, 558p.
• F. Lot, (1928) - "Quelques notes de toponymie", Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 38-3, pp. 526-532
• M. Savy, (1856) - "Notice sur les chemins, camps et tumulus romains du département de la Marne." Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie, pp. 203-232
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique