Cath Finntrágha (La Bataille de Ventry) - La plus ancienne version conservée de la Cath Finntrágha se trouve dans le manuscrit Bodleian MS Rawlinson B 487, un quaternio en vélin du XVᵉ siècle, écrit par Finnlaech Ó Chathasaig pour Sadb, fille de Tadg Ó Maille. Le manuscrit contient également la plus ancienne copie de l’Acallamh na Senórach, ainsi que trois textes sur papier, en irlandais et en latin. Le texte original présente deux lacunes dues à des feuillets manquants. Il existe par ailleurs quatorze copies postérieures sur papier, datant des XVIIIe et XIXe siècles, qui diffèrent de la version Rawlinson, notamment par l’ajout en tête de la liste des ports d’Irlande et certaines omissions à la fin. Ces copies montrent que le récit a continué à circuler et à être adapté longtemps après sa composition initiale.
Résumé
Ce texte raconte la bataille de Ventry, où les Fianna d’Irlande, dirigés par Finn, affrontent des forces étrangères venues menacer leur terre. Le récit décrit des combats surhumains et des exploits héroïques : Conan mac Morna cherche à se racheter auprès des Clanna Baiscne, Duban Donn et Oscar multiplient les prouesses, et même de jeunes guerriers comme le fils du roi d’Ulster prennent part à la mêlée avec bravoure. Chaque héros est exalté par des chants et louanges de Fergus, ce qui accroît leur courage. Les combats sont décrits de façon extrêmement détaillée et sanglante, avec des dizaines de cadavres, des blessures terribles et des actions quasi légendaires, donnant au texte une intensité épique comparable aux grandes batailles mythiques.
À la fin, le récit souligne la destruction presque totale des deux armées, et la mort de nombreux héros, y compris des figures secondaires comme Gáel mac Crimthainn. La narration mêle tragédie et spectacle guerrier, ponctuée par le deuil des survivants et des scènes symboliques de la nature qui reflète la catastrophe. Les Fianna d’Irlande restent seuls avec les rares survivants, et le récit se clôt par la lamentation des proches et la mémoire des morts, soulignant la gloire, la loyauté et le courage des héros face à un destin inévitable.
Cath Finntrága
La Bataille de Ventry ci-dessous, c’est-à-dire la mort tragique de Finn avec les Fianna d’Érin, et la mort de Dúire Donn, roi du vaste monde.
Un roi s’arrogea la souveraineté et la possession de tout le vaste monde, à savoir Dúire Donn, fils de Losgenn Lomglunech. Alors les armées du monde se rassemblèrent et s’assemblèrent auprès de ce roi. Vinrent Bolcan, roi de France, et Marghaired, roi de Grèce, et Fagartach, roi d’Inde, et Lugman Lethanarmach, roi des Saxons, et Fiachra Foltlebar, roi des Gairiens, et Tor mac Breoghuin, roi d’Espagne, et Sligeach mac Seanghairbh, roi des hommes de Cepda, et Hérode fils de Dregan fils de Duille, roi des hommes de Dregan, et Comur Cromgenn (à l’Épée Courbe), roi des hommes à Têtes de Chien, et Caitchenn (Tête de Chat), roi des hommes à Têtes de Chat, et Caisel Clumach (aux Plumes), roi de Norvège, ainsi que ses trois frères : Forne Glanger Gaiscedach (le Pur, le Tranchant et le Vaillant), Mongach de la Mer, et Tacha ; et Daire Dedsolus (aux Dents Brillantes), roi de la Méditerranée ; et Madan Muncas (au Cou Tordu), fils de Donn, roi des Marais ; et trois rois venus du lever du soleil à l’est : Dubcertan fils de Firmas, Muillenn fils de Firlut, et Cuillenn fils de Faeburglas. Lorsque cette lourde armée fut arrivée auprès du haut roi du monde, tous arrêtèrent un même dessein : aller prendre Érin, par ruse ou par force. Et voici la cause de cette entreprise. Autrefois, Finn mac Cumhaill avait été chassé d’Érin vers le vaste monde, et il séjourna à l’est durant une année au service militaire de Bolcan, roi de France ; et l’épouse et la fille du roi des Francs s’enfuirent avec lui, toutes deux lui ayant accordé un égal amour. C’est pourquoi ces armées et ces multitudes s’assemblèrent pour aller tirer vengeance de cela sur les hommes d’Érin. Car ces braves ne jugeaient ni honorable ni convenable que mépris et affront leur vinssent d’un homme d’Érin.
Alors le roi du monde demanda : « Qui pourra me servir de guide dans les ports d’Érin ? » « Je te guiderai fidèlement, » dit Glas fils de Dreman. « Car j’ai moi-même été chassé par Finn mac Cumhaill, et je vous conduirai à travers les ports lisses et très vastes d’Érin. »
Alors ces nombreuses armées et ces fiers guerriers se rendirent au port où se trouvaient leurs navires et leurs caravelles ; leurs vaisseaux et leurs barques, leurs curraghs et leurs beaux navires furent préparés ; on sortit les rames droites et bien façonnées, aux manches rigides et aux pales dures ; et ils ramèrent d’un mouvement puissant, ardent, rapide et bien cadencé, si bien que les traînées d’écume blanche derrière les navires ressemblaient à des panaches blancs sur des rivières bleues, ou à de la craie blanche sur de hautes pierres, tandis que les navires fendaient la mer houleuse et les grandes vagues bleues aux crêtes élevées.
Alors les vents se levèrent et les vagues grossirent, si bien qu’on n’entendait rien sinon le tumulte furieux des sirènes et les cris affolés des oiseaux planant au-dessus des eaux vertes en furie. Certes, nul accueil n’était réservé à celui qui devait affronter cette mer profonde, froide et courroucée, avec la force des vagues et de la marée, et les puissantes rafales qui s’abattaient contre les navires. Le grincement des cordages tendus en faisceaux n’avait rien d’agréable, ni les mâts secoués violemment par les vents farouches qui les faisaient trembler. Il n’y avait pas parmi eux un seul navire qui ne fût ébranlé dans sa charpente, brisé dans ses agrès, fendu dans ses bordages, secoué dans ses clous, pourri sur ses flancs, meurtri dans ses membrures, inondé dans sa cale, déchiré dans ses voiles, fracassé dans ses pièces, renversé dans son mât, courbé dans ses haubans, lacéré dans sa toile rouge, arrêté dans sa course rapide par la pleine rafale de la tempête — si des gens de secours proches ne lui étaient venus en aide.
Mais lorsque la tempête ne trouva ni faiblesse chez les héros ni défaillance chez les champions, elle s’éleva loin d’eux et regagna sa haute demeure aérienne. Alors la mer s’adoucit ; chaque vague bleue se fit docile, et l’océan devint calme, lisse et accueillant dans ses ports, ses anses, ses recoins et ses rochers. Aucun d’eux n’eut plus besoin de ramer : les navires aux voiles inclinées, pleines de vent, glissèrent au souffle pur et froid jusqu’à ce qu’ils abordent et jettent l’ancre sur la belle île du monde, au rocher vert que l’on appelle aujourd’hui Sgellig Michil. Celui qui les y guida était Glas fils de Dreman, originaire de Sithan du Loch Lein aux eaux froides et des lieux cachés de Druim Droibel. Lorsqu’un cerf ou quelque autre bête sans raison était débusqué par la fiann, nul besoin de chien ni d’homme pour le poursuivre : Glas fils de Dreman le capturait vivant. C’est pour cela qu’il avait été engagé par la fiann. Il demeura peu de temps parmi eux, car il fut ensuite poussé à trahir Finn auprès de Cormac fils d’Art, roi d’Érin ; pour cela, il dut quitter Érin et partir vers le vaste monde. Et c’est lui qui, en ce temps-là, servit de guide au roi du monde.
« Ô âme, ô Glas fils de Dreman, » dit le roi du monde, « ce n’est pas un port comme celui-ci que tu avais promis à ma flotte, mais des rivages de sable blanc où mon armée pourrait se rassembler pour des foires et des assemblées lorsqu’elle ne combattrait pas. » « Je connais un port semblable à l’ouest d’Érin, » répondit Glas, « à savoir le port de Ventry, en Corea Duibne (Corea Guiny). ». Ils poursuivirent leur route jusqu’à Ventry et remplirent toute l’étendue du port, si bien qu’on ne voyait plus la mer entre leurs navires. La grande barque du roi du monde fut la première à entrer au port, et depuis lors le lieu fut appelé Rinn na Bairci (la Pointe de la Barque). Ils abaissèrent leurs voiles blanches aux reflets variés, dressèrent leurs tentes pourpres tachetées, consommèrent leurs mets savoureux et leurs boissons enivrantes, firent venir leurs harpes pour de longs jeux, ainsi que leurs poètes pour chanter leurs chants et leurs sombres énigmes.
« Ô Glas fils de Dreman, » dit le roi du monde, « à qui appartient cette terre où nous sommes entrés, comme première part du butin, lorsqu’ils partageront Érin avant de retourner vers l’est ? ». « Cette terre appartient à Tor fils de Breogan, roi d’Espagne, » répondit Glas. « En ce cas, ô roi d’Espagne, » dit le roi du monde, « il t’incombe de nous procurer hospitalité et festin pour cette nuit. »
Alors le roi d’Espagne se leva, accompagné de quatre bataillons aux bras rouges rangés en ordre, et il franchit aussitôt la frontière du pays. À l’ouest de ce territoire se trouvaient trois forts : Dun Cais, Dun Aeda et Dun Cerbain. Le roi d’Espagne les incendia — rois et seigneurs, femmes et enfants, chiens et hommes, coupes, cornes à boire et hanaps. Il y avait trois fois cinquante guerriers dans chacun de ces forts, et tous furent brûlés.
Or Finn et les Fianna d’Érin savaient que cette lourde armée viendrait contre Érin — les rois du monde entier — comme cela leur avait été annoncé et prophétisé. Il n’y avait pas un lieu de débarquement en Érin sans qu’un veilleur de Finn n’y fût posté. Celui qui gardait ce port était Conncrithir fils de Bran, fils de Febal, de Temair Luachra. Il se trouvait cette nuit-là à l’ouest de la Colline Ronde des Fianna, appelée Cruachan Adrann, et il dormait. Ce qui l’éveilla fut le fracas des boucliers qui se fendaient, le choc des épées, l’entrechoquement des lances frappant les corps des véritables guerriers, et les cris des femmes et des enfants, des chiens et des chevaux dans les flammes. Conncrithir se leva à ces clameurs et dit : « Grandes sont les actions commises par ma faute cette nuit ! Malheur à la mère qui m’a porté, après le sommeil que j’ai pris ! Pourtant, Finn et les Fianna d’Érin ne me verront pas vivant après ceci : j’irai au milieu des étrangers afin que certains tombent par moi, ou que je tombe par eux. »
Il ceignit son armure de combat et partit à la poursuite des étrangers. Il n’avait pas fait grand chemin lorsqu’il vit devant lui trois femmes sur la route, chacune vêtue d’une armure de guerrier. Il courut après elles sans les rattraper et porta la main à sa lance pour la lancer. « Arrête, ô guerrier, » dit l’une d’elles, « tu sais qu’il ne t’est pas permis de rougir tes armes de notre sang, à nous qui sommes femmes. » « Qui êtes-vous ? » demanda Conncrithir. « Nous sommes les trois filles de Terg fils de Dolar, venues du rivage de la mer Tibériade, à l’est, » dirent-elles. « Toutes trois nous t’aimons de loin, et aucune ne t’aime moins qu’une autre. Nous sommes venues t’aider, car nous savions que tu serais le premier des Fianna d’Érin à tenir tête aux étrangers. » « En quoi consistera votre aide ? » demanda Conncrithir. « Elle sera grande, » répondirent-elles. « Nous formerons autour de toi une armée druidique faite de tiges et de cresson des eaux ; et bien que des armées tombent autour de toi, elles crieront contre les étrangers, feront tomber leurs armes de leurs mains, leur enlèveront force et vue. Le roi d’Espagne et quatre cents des siens périront par toi. La bataille de Ventry durera un jour et une année, et chaque jour sera marqué par de nouveaux combats. Garde courage : même si tu es tué chaque jour, tu seras entier le matin, car nous aurons pour toi la fontaine de guérison, et le guerrier que tu aimes le plus parmi les |ianna d’Érin recevra le même don que toi. »
Or les troupes du roi d’Espagne transportaient butin et argent de Traig Moduirn au nord — appelé aujourd’hui Murbach — vers Ventry au sud. C’est alors que Conncrithir fils de Bran fils de Febal fondit sur eux, avec l’armée druidique. Il leur reprit leur butin ; l’armée druidique leur ôta force et vue ; et les troupes du roi d’Espagne s’enfuirent en déroute vers la plaine où se tenait leur roi, tandis que Conncrithir les massacrait.
« Reste avec moi, ô guerrier royal, » dit le roi d’Espagne, « afin que je combatte pour mon peuple, puisqu’aucun d’eux ne peut te résister tandis que tu les égorges. » Alors les deux champions s’attaquèrent. Ils plantèrent leurs deux bannières de soie douce dans la terre aux flancs verts, brandirent leurs lances aux pointes bleues et aux douilles rouges, et s’infligèrent des blessures sombres, rapprochées, dures et insupportables, jusqu’à ce que les coups redoublent, que les hampes de leurs lances se brisent, que leurs boucliers soient fendus, que leurs hauberts soient déchirés. Ils tirèrent leurs larges épées aux lames pourpres flamboyantes et préparèrent leur mort. Longtemps ils combattirent, jusqu’à ce que Conncrithir porte un coup furieux au joint du casque et du beau haubert du roi d’Espagne, lui tranchant la tête du corps. Conncrithir souleva la tête et se glorifia de l’exploit : « Par ma parole, » dit-il, « je ne me séparerai pas de cette tête, à moins d’être tué, jusqu’à ce que quelques-uns ou une multitude des Fianna d’Érin viennent à moi. » Le roi du monde entendit ces paroles et dit : « Grande est la parole de ce guerrier. Lève-toi et va voir qui il est, ô Glas fils de Dreman : est-ce Oscar aux nobles exploits, des Fianna d’Érin, dont j’ai entendu parler, qui prononce ces mots ? »
Alors Glas débarqua et s’approcha de Conncrithir. « Ô guerrier, » dit-il, « grande est la parole que tu as prononcée. Quel est ton nom et ta lignée ? » « Je suis Conncrithir, fils de Bran, fils de Febal, de Temair Luachra, » répondit-il. « Si c’est toi, » dit Glas, « ton sang et ta famille sont proches des miens, car je suis Glas, fils de Dreman, de Temair Luachra. » « Il te sied d’autant moins de venir combattre contre moi aux côtés de ces étrangers, » dit Conncrithir. « C’est triste, » dit Glas, « car pour tous les trésors du monde, si Finn et les Fianna d’Érin m’avaient été fidèles, je ne combattrai aucun homme d’Érin — et surtout pas toi. » « Ne dis pas cela, » dit Conncrithir, « car Finn a quinze fils, outre ses propres enfants, et je jure par mes armes et ma vaillance que, si tu les avais tous tués, tu n’aurais rien à craindre de Finn, pourvu que tu viennes sous son honneur et sa protection. » Alors Glas dit : « Le jour est venu pour moi de combattre à tes côtés, et j’irai l’annoncer au roi du monde. » Il se rendit auprès du roi. « Ô âme, ô Glas, » dit le roi, « est-ce Oscar qui se tient là ? » « Ce n’est pas lui, ô haut roi, » répondit Glas. « Et si c’était lui qui est venu, ce ne serait pas pour ton peuple. C’est un parent et frère à moi qui est là, et j’ai le cœur lourd de le voir seul ; je désire aller l’aider. » « Si tu y vas, » dit le roi du monde, « je t’ordonne de venir me dire chaque jour combien des Fianna d’Érin tomberont par ma main ; et si quelques-uns de mes hommes tombent par eux, de me dire par qui ils seront abattus. » « Je te demande, » dit Glas, « de ne laisser aucun de tes hommes débarquer, sinon selon ce que je dirai, et pas avant que les Fianna d’Érin ne viennent à nous. Et puisqu’il n’y a pas d’autre restriction aujourd’hui, qu’on nous accorde le combat singulier. »
Deux étrangers furent envoyés contre eux ce jour-là. Conncrithir saisit sa fronde à long manche, y plaça une pierre droite et bien droite, et la lança d'un jet précis qui transperça le front de son adversaire et lui arracha le cerveau, qui ressortit par l'arrière du crâne, formant un amas de sang. Ainsi, les deux hommes trouvèrent la mort et demandèrent deux étrangers chacun. Leur requête fut acceptée sans hésiter. Conncrithir leva alors sa lourde lance de combat et, d'un jet rapide et déterminé, frappa l'homme à ses côtés, le touchant en plein cœur. La lance le transperça. Voyant cela, l'autre homme s'enfuit derrière celui qui avait été touché, et la lance les transperça tous les deux, les tuant sur le coup. Ses deux hommes s'effondrèrent alors à travers Glas. Neuf hommes tombèrent à travers eux avant la nuit, et Conncrithir, couvert de blessures depuis ce jour, dit à Glas : « Trois femmes sont venues à moi des rives de la mer de Tibériade, à l'est, et m'ont promis que, même si je devais mourir chaque jour à la bataille de Ventry, je serais vivant le lendemain, et que celui que j'aimais le plus parmi les fils d'Érin obtiendrait la même chose. Et veille sur le port cette nuit, afin que j'aille les chercher. » Il alla donc les chercher, et elles le placèrent sous la source guérissante, et il en sortit indemne.
Quant à Glas, fils de Dreman, il se rendit au port. « Ô roi du monde, » dit-il, « un ami à moi est dans la flotte : Madan au Cou Tordu, fils de Donn, roi des Marais. Dans le vaste monde à l’est, il a déclaré qu’il suffirait à lui seul pour te livrer Érin et la soumettre à ton hommage, par ruse ou par force. Je te demande de le laisser m’affronter seul ce soir, afin que nous voyions lequel de nous combattra le mieux pour Érin. »
Alors les deux s’attaquèrent l’un l’autre et engagèrent un combat furieux, courageux et puissant, mais comme il n’était pas dans le destin de Glas de trouver la mort là, c’est le roi des Marais qui périt par sa main. Peu après, Conncrithir vint auprès de lui et commença à louer le fait d’armes accompli par Glas et à le glorifier hautement. Puis ils aperçurent un champion des Fianna d’Érin s’avancer vers eux, à savoir le champion Taistellach. « Ô jeunes gens, » dit-il, « de qui sont ces têtes que vous portez au-dessus du carnage ? » « La tête du roi d’Espagne est l’une d’elles, » répondit Conncrithir, « et il est tombé par ma main. La tête du roi des Marais est l’autre, et c’est par Glas, fils de Dreman, qu’elle est tombée. As-tu des nouvelles de Finn et des Fianna d’Érin pour nous ? » « Je les ai laissés à Snam Da En, dans le nord, » dit Taistellach. « Lève-toi et va les chercher, » dirent-ils, « et qu’ils viennent à nous, s’ils veulent préserver nos vies. » « Ce serait honteux pour moi, » dit le champion, « que deux rois des rois du monde soient tombés par vous tandis que mes mains restent indemnes, avant que je quitte le port. » Et il se rendit au port. « Ô roi du monde, » dit-il, « voici un champion des Fianna d’Érin qui cherche le combat. » « C’est à moi qu’il revient de répondre à ce champion, » dit Coimlethan, fils de Toithem, champion du roi du monde, et il débarqua immédiatement.
Ainsi était cet homme, dix fois vingt fois la taille d'un homme en hauteur et autant en largeur, et de plus, il s'était baigné dans le sang de dragons, de lions, de crapauds et de vipères venimeuses, et une large ceinture de cuir épais ceignait son corps. Et les féroces héros s'attaquèrent l'un à l'autre de leurs flancs robustes, de leur peau rugueuse, de leurs larges pieds, de leur queue puissante... qui étaient robustes en bas, et laissaient briller leurs grands yeux gris émoussés avec leurs sourcils broussailleux, et ils grinçaient des dents grises ramifiées, aux os solides, mâchant, aux mâchoires larges comme des planches, et ils retroussaient leurs nez larges, caverneux, horribles, aux branches fines et crochues, et ces deux guerriers s'attaquèrent, et fermèrent leurs mains noires et fortes, jamais foulées, fermement serrées, indissolubles sur leurs dos, et se donnèrent de puissants coups inégaux (?). Alors le champion du roi du monde serra Taistellach avec une force et une bravoure telles qu'une goutte de sang rouge vif perla du bout de chacun de ses doigts et qu'un flot de sang sombre coula de sa lèvre, puis il le plaça comme un fardeau immense sur son épaule et le porta en courant jusqu'au roi du monde. Taistellach dit alors : « Ô âme, ô Coimlethan, que me ferais-tu ? » « Te porter devant le roi du monde, répondit-il, et t'arracher la tête pour la planter sur un pieu en présence des hommes du monde. » « C’est une mauvaise idée », dit Taistellach, « car il vaut mieux que tu me laisses descendre, afin que je puisse m’agenouiller devant toi en présence des armées du monde. Tous les champions d’Érin se sont agenouillés devant moi et le feront devant toi. De plus, il te sera agréable de pouvoir dire dans le vaste monde de l’Est que tu as toi-même obtenu l’hommage des champions d’Érin avant même que le roi du monde ne l’ait obtenu. » « Je te le promets », dit Coimlethan, « et je le ferai », et il le laissa descendre à terre. Taistellach inclina la tête devant lui. Il crut que c’était une révérence. Taistellach l'enlaça de ses bras et le serra avec force, colère et vigueur, jusqu'à lui arriver à la hauteur de l'épaule, et la pierre qui se trouvait près de lui, il la lui lança, lui faisant des lambeaux de moelle sanglante, c'est-à-dire de peau, puis il posa son pied puissant à large semelle contre son épaule, lui arracha la tête et se vanta de son exploit.
« Que la victoire et la bénédiction t’accompagnent, » dit Conncrithir, « et va ce soir à la maison de mon père à Temair Luachra, c’est-à-dire chez Bran le fils de Febal, et dis à Bran de rassembler tous les Tuatha De Danand pour nous venir en aide, puis le lendemain rends-toi auprès des Fianna d’Érin. » Et Taistellach prit la route après ce combat jusqu’au fort de Bran le fils de Febal, et il leur raconta complètement toutes ses nouvelles.
Alors Bran le fils de Febal alla rassembler et convoquer les Tuatha De Danand, et il se rendit à Dun Sesnain Sengabra en Conaill Gabra, où un festin était donné. Un grand nombre de jeunes hommes des Tuatha De Danand s’y trouvaient, ainsi que trois fils nobles des Tuatha De Danand : Ilbrech le fils de Manannan, Nemannach (le Perlé) le fils d’Oengus, et Sigmall le petit-fils de Midir. Ils accueillirent Bran le fils de Febal et le prièrent de rester. « Ô jeunes gens, » dit Bran, « il y a une nécessité plus grande que cela pour vous », et il commença à leur raconter son histoire et à leur expliquer la situation difficile dans laquelle se trouvait son fils Conncrithir. « Restez avec moi cette nuit, » dit Sesnan, « et mon fils Dolb, fils de Sesnan, ira auprès de Bodb Derg (le Rouge), fils du Dagda (le bon dieu), et rassemblera les Tuatha De Danand pour nous. »
Ainsi ils firent, et Dolb, le fils de Sesnan, se rendit à Sid Ban Finn (le Sid des Femmes Blanches) au-dessus de Mag Fernen, où se trouvait alors Bodb Derg, le fils du Dagda. Dolb lui relata les événements. « Ô jeune homme, » dit Bodb Derg, « nous ne sommes pas obligés d’aider les hommes d’Érin à sortir de cette situation. » « Ne dis pas cela, » répliqua Dolb, « car il n’existe pas de fils de roi, de prince ou de chef des Fianna d’Érin dont l’épouse, la mère ou la nourrice, ou l’amante ne soit issue des Tuatha De Danand, et grande aide vous ont-ils apportée chaque fois que vous étiez dans le besoin. » « Nous jurons par nos serments, » dit Bodb Derg, « qu’il est juste de répondre à ta demande, vu l’excellence de ton rôle de messager. » Ils envoyèrent alors des messagers auprès des Tuatha De Danand, où qu’ils se trouvent, et tous vinrent auprès de Bodb Derg. Ils se rendirent à Dun Sesnain et y restèrent pour la nuit. Le lendemain, dès l’aube, ils revêtirent leurs riches chemises de soie, leurs tuniques de fête ornées de nombreux brodages, leurs solides cottes de mailles longues et brillantes, leurs casques ornés de pierres précieuses et d’or, leurs boucliers verts protecteurs, leurs lourdes épées larges et solides, et leurs lances pointues et larges. Parmi eux se trouvaient alors leurs rois et princes : les trois Garbs de Sliab Mis, les trois Liaths de Luachra, les trois Muredachs de Maide, les trois Sichaires du Suir, les trois Eochaids d’Aine, les trois Loegaires des Pierres Rouges, les trois Conalls de Clomraige, les trois Finns de Findabair, les trois Seals du Brug an Scail, les trois Rodanachs de Raigne, les trois Discertachs de Druim Fornachta, les trois fils d’Aedan d’Eas Ruaid mic Boduirn (le Saut du Saumon à Ballyshannon), Tathbuillech de Sliab Cairn, Sochern de Mag Sainb, les Segsa de Segáis, Ferdron de Laigis (Leix), le Glas de Bruinne Breg, Airgetlam (Main d’Argent) de la Shannon, Ograide de Maenmag, les Suirgech de Lemain, le Sencha de la Shannon, Midir de Brig Leith, Feilim Nuacrothach, fils de Nochedal, Donn de Sid Bec-Uisci (le Sid de la Petite Eau), Dregan Dronuallach (le Fort et Fier), Fer an Berla Bhinn (l’homme de la Douce Parole) de la Boyne, Cathal Crithchosach (aux Pieds Tremblants), roi de Bernan Eile, Donn Fritgrine, Donn Duma, Donn Teimech, Donn Senchnuic, Donn Chnuic an Dois, Brat Riabhach (le Sombre), Dolb Dedsolus (aux Dents Brillantes) des Sids, les cinq fils de Finn de Sid Cairn Chain, Finnbarr de Mega Siul, Sigmall petit-fils de Midir, Ilberach fils de Manannan, Nemannach fils d’Aengus, Lir de Sid Finnachaid, Abartach fils d’Ildathach (le Multicolore), ainsi qu’un grand nombre d’autres nobles des Tuatha De Danand non énumérés ici.
Ces armées et forces se rendirent ensuite en Ciarraige Luachra (Kerry) et au Sliabh Mis à crinière rouge, puis au port de Ventry. « Ô Tuatha De Danand, » dit Abartach, « que l’esprit et le courage s’élèvent en vous face à la bataille de Ventry. Elle durera un jour et un an, et les exploits de chacun d’entre vous seront racontés jusqu’à la fin du monde. Accomplissez maintenant les grandes paroles que vous avez prononcées dans les tavernes. » « Lève-toi, Ô Glas fils de Dreman, » dit Bodb Derg, fils du Dagda, « pour annoncer le combat au roi du monde ». Glas se rendit auprès du roi du monde. « Ô âme, Ô Glas, » dit le roi du monde, « sont-ce là les Fianna d’Érin ? » « Non, » répondit Glas, « mais un autre groupe d’hommes d’Érin, qui n’osent pas vivre à la surface de la terre et résident dans des sid-brugs (demeures féeriques) sous terre, appelés les Tuatha De Danand, et c’est pour annoncer le combat d’eux que je suis venu. » « Qui répondra aux Tuatha De Danand pour moi ? » demanda le roi du monde. « Nous irons contre eux, » dirent deux rois du monde, Comur Cromgenn, roi des hommes à tête de chien, et Caitchenn, roi des hommes à tête de chat. Ils alignèrent cinq bataillons aux bras rouges et débarquèrent immédiatement en grandes vagues écarlates.
« Qui pourra affronter pour moi le roi des hommes à tête de chien ? » dit Bodb Derg. « J’irai contre lui, » répondit Lir de Sid Finnachaid, « bien que j’aie entendu dire qu’il n’existe pas dans le grand monde d’homme au bras plus fort que lui. » « Qui de vous pourra affronter le roi des hommes à tête de chat ? » demanda Bodb Derg. « Je l’affronterai, » dit Abartach, fils d’Ildathach, et il revêtit sa lourde cotte de mailles brillante et scintillante, son casque de guerre à crête et à quatre bords, ainsi que son épée…
Oscar se précipita dans la grande mêlée contre l’armée des étrangers, et comme une cascade sauvage, bruyante et rugueuse qui se jette à travers une roche étroite, ou comme un feu ardent aux flammes hautes qui traverse le toit large d’un palais royal, ou comme le fracas d’une vague de mer immense, verte de crête blanche, écumante et tumultueuse, ainsi fut le renversement, la dispersion, la défaite, la mise en pièces et la hache sauvage qu’Oscar infligea aux étrangers dans cette attaque.
Alors Vulcain, roi de France, et Oisín se rencontrèrent. Ils plantèrent leurs deux bannières de soie souple sur la colline verdoyante, levèrent leurs deux magnifiques boucliers aux multiples vertus l’un contre l’autre, dégainèrent leurs terribles épées de bronze lisse, et lancèrent une attaque rapide et efficace. Le combat allait contre l’un d’eux, car Oisín était en difficulté. Oisín, fils d’Oisín, vit cela et accourut, portant un coup au roi de France, qui répondit par un autre et continua à se battre contre Oisín. Les deux autres fils d’Oisín, à savoir Echtach et Ulad, vinrent à leur tour, blessant le roi de France, qui en retour blessa chacun d’eux, suscitant un soupir d’oppression d’Oisín pour tous. Mac Lugach vit cela et blessa le roi de France d’un coup, mais le roi frappa de nouveau et continua le combat contre Oisín. Trois fois cinquante guerriers des fils de Baiscne vinrent ensuite à lui ; chacun d’eux le blessa, et il blessa chacun d’eux en retour, et Oisín poussa un soupir d’oppression sur eux tous.
Alors cela fut entendu par le « pilier qui ne tombe jamais », le « lion rapidement éveillé », le « serpent venimeux », le « loup de combat », la « vague écrasante », « l’homme de destruction de la frontière », le « gap de bataille de cent », « la main que nul n’ose toucher », « le cœur jamais confondu », et « le pied qui ne recule jamais devant peu ou beaucoup », à savoir Oscar aux nobles exploits. Il se demandait qui avait osé mettre son père dans un tel embarras. Il se précipita sur eux avec une rage terrible, et la terreur qu’il inspira équivalait à cinquante chevaux frappés par le tonnerre et le tremblement de la plage. Le roi de France le vit arriver, et sa beauté et sa prestance le quittèrent, son courage et sa vaillance s’évanouirent, et il crut qu’il n’y avait aucun refuge sur terre, sinon dans l’air ou dans le firmament. Il leva les yeux vers les nuages, pensant pouvoir s’y abriter. Alors une légèreté d’esprit et de corps le saisit. Il donna une impulsion à son corps depuis le sol, et s’envola avec le vent et dans la folie devant les yeux des armées du monde, ne s’arrêtant dans sa course folle qu’à Glen Bolcain, à l’est de ce territoire. Des cris merveilleux et puissants s’élevèrent des armées du monde en le lamentant, et des Fianna d’Érin en exultation.
Ainsi les Fianna d’Érin tinrent leur poste jusqu’à la nuit, et Finn dit : « Triste et affligé sera le roi du monde ce soir, » dit-il, « et il fera une attaque du port contre vous. Qui parmi vous prendra la garde du port cette nuit ? » « Moi, » répondit Oisín, « avec le même nombre de compagnons qui ont combattu avec moi aujourd’hui, car il n’est pas trop pour nous de lutter pour les Fianna d’Érin pendant un jour et une nuit. » Et ils se rendirent au port. C’était l’heure où le roi du monde dit : « Il nous semble, ô hommes du monde, que notre chance au combat n’a pas été bonne aujourd’hui, » dit-il, « et que certains d’entre vous se lèvent pour attaquer le port des Fianna d’Érin. »
Alors se levèrent les neuf fils de Garb (le Féroce), fils de Tachar, à savoir : Donn Mara, Lonnmar, Lodra, Iuchra, Troiglethan (le Pied Large), Tarraing Tren (le Fort), Tomna, et Dolar Durba, roi de la Mer de Wight. Leur nombre était de mille six cents, et ils descendirent tous à terre sauf l’aîné des enfants de Garb, Dolur Durba. Les enfants de Baiscne leur répondirent vaillamment et engagèrent le combat. Ils commencèrent à se battre férocement : mains tranchées, flancs ouverts, corps mutilés. Le combat continua jusqu’au lever du jour. Au matin, aucun d’eux n’était capable de manier ses armes, sauf trois des enfants de Garb, Oisín et Oscar. Ils ne se lâchèrent pas, mais se ruèrent l’un sur l’autre : deux attaquèrent Oscar, tandis que le troisième et Oisín s’affrontèrent. Le combat fut dur, équilibré et vigoureux, et les deux compagnons d’Oscar périrent sous ses coups, la faiblesse et l’étourdissement de la mort s’abattant sur eux, ce qui suffît à Oisín.
Alors Oisín et l’étranger jetèrent leurs armes de leurs mains, et enlaçant leurs solides bras royaux et gracieux autour de la taille l’un de l’autre, ils se donnèrent une puissante traction virile, si bien que le combat valait le déplacement depuis l’est du monde jusqu’aux terres des hommes de l’ouest pour le contempler. L’étranger donna un coup de force soudain vers la mer. Car il était un bon nageur…
Oisín le tira à son tour, estimant qu’il n’était pas convenable de lui refuser sa place dans le combat. Ils entrèrent alors ensemble dans la mer et tentèrent de se noyer mutuellement, jusqu’à atteindre le sable et le gravier de la mer claire. Cela causa une grande angoisse aux Fianna, de voir Oisín ainsi en péril. « Lève-toi, ô Fergus Finnbel, » dit Finn, « pour louer mon fils et l’encourager. » Fergus se rendit au port de l’écume blanche scintillante. « Ô âme, ô Oisín, » dit Fergus, « bon est le combat que tu mènes, et nombreux sont ceux qui en sont témoins, car les armées de tout le grand monde et les Fianna d’Érin t’observent. Sois courageux et souviens-toi des bons combats que tu as accomplis auparavant. » Oisín se rappela alors ses nombreuses grandes victoires grâce à l’encouragement de Fergus. Son courage monta, sa prouesse s’accrut : il enlaça fermement le dos de l’étranger et le ramena sur le sable de la mer claire, dos contre le sable, face vers le ciel, et ne lui permit pas de se relever jusqu’à ce que son âme quittât son corps. Il le ramena à terre, lui coupa la tête et revint triomphalement vers les Fianna d’Érin, glorieux et vantard de son exploit.
Alors se leva l'aîné des enfants de Garb, fils de Tachar, Dolar Durba, roi de la Mer de Wight. « Ô roi du monde, dit-il, c'est une triste chose pour toi de ne pas m'avoir permis, avec mes frères, de combattre les Fianna d'Érin. Car si j'avais été avec eux, les Fianna d'Érin n'auraient pu nous tuer, et je les vengerai comme il se doit. Je tuerai cent de leurs hommes armés chaque jour jusqu'à ce que je les aie tous exterminés. Je le jure, dit-il, si je trouve un seul ennemi du monde à frapper l'un d'eux, je le mettrai à mort. » Et il gagna le rivage et défia cent Fianna en duel. Ceux-ci poussèrent des cris de mépris et de raillerie à son égard, et cent hommes furent lancés contre lui ce jour-là. Cependant, son attaque contre eux fut la charge d'un lion féroce et barbare, et ils tombèrent sous ses pieds sans qu'il ne soit blessé ni même ensanglanté ; il fit un cairn de leurs têtes, un monticule de leurs troncs et un cairn de leurs accoutrements.
Alors l’étranger ôta son habit de guerre et revêtit une tenue splendide et élégante. Il prit un gourdin et une balle, et fit rebondir la balle de l’ouest de la plage jusqu’à l’est, la saisissant de la main droite avant qu’elle ne retombe. Il la posa sur son pied pour la deuxième fois, puis courut d’un bout à l’autre de la plage en la lançant d’un pied à l’autre, sans toucher la balle de la main ni laisser tomber au sol. Il la posa ensuite sur son genou pour la troisième fois, courut jusqu’à l’autre extrémité de la plage, et la fit passer de genou en genou, toujours sans qu’elle touche le sol. Puis il la mit sur son épaule et s’élança comme un vent de mars d’un bout à l’autre de la plage, envoyant la balle d’une épaule à l’autre, toujours sans la toucher de la main ni la laisser tomber. Il défia alors tous les Fianna de réaliser ce tour. Oscar et Mac Lugach se préparaient à le faire. « Restez, ô jeunes gens, » dit Finn, « car nul homme d’Érin n’a jamais accompli ce tour ni ne l’accomplira, à l’exception de trois seulement : Lug fils d’Eithle à la bataille de Mag Tured (Moytura), Cuchulaind à Tailltin (Teltown), et un autre jeune homme viendra de Connaught pour le réaliser. »
Après cela, l’étranger retourna sur son navire et, le lendemain, il chercha le combat contre cent hommes. Aucun ne se présenta pour relever le défi, et les Fianna durent tirer au sort. Parmi les cent qui furent envoyés contre lui ce jour-là, aucun ne survécut pour raconter l’événement, et ils tombèrent tous sous ses coups. Il retourna sur son navire pour la nuit. Le lendemain, il revint, et jamais les Fianna ne laissèrent un homme lancer un défi plus longtemps sans réponse que pour lui, car il était difficile pour eux de tirer au sort quand personne ne répondait. Les cent hommes destinés à l’affronter ce jour-là laissèrent des souhaits de vie et de santé aux Fianna d’Érin, car ils savaient qu’ils ne reviendraient pas. L’étranger s’élança vers eux avec une telle fureur qu’il n’emporta aucune arme, mais se précipita à travers eux ; saisissant l’homme le plus proche par le pied, il lança un puissant coup vers la tête de l’homme suivant. Ces cent hommes tombèrent sous ses coups, et il laissa échapper sa voix guerrière du sommet de sa tête, se vantant du carnage. Puis il retourna sur son navire pour la nuit.
Alors, l’histoire de cet étranger et de la destruction qu’il avait infligée aux Fianna se répandit dans les quatre coins d’Érin. Fiachra Foltlebar, roi d’Ulster, l’entendit et dit : « Je suis attristé, » dit-il, « à cause de l’ampleur du désastre qui frappe les hommes d’Érin, et parce que je ne peux moi-même combattre à leurs côtés. » Il n’avait qu’un seul fils âgé de treize ans, un prince à la plus belle stature et au plus beau visage d’Érin. « Tu ferais bien, » dit le garçon, « d’envoyer tous les jeunes d’Ulster avec moi vers eux, puisque tu ne peux combattre toi-même. » « Ne dis pas cela, » dit le roi, « un enfant de treize ans n’est pas fait pour le combat, et même si tel était le cas, toi non plus ne le serais pas. » Le roi comprit que le garçon ne voulait pas vivre sans aller auprès des Fianna d’Érin. Il fut donc saisi et enfermé dans une chambre, accompagné de douze fils de rois et chefs d’Ulster qui étaient ses frères de lait. « Ô jeunes gens, » dit le garçon, « vous feriez bien d’aller avec moi vers les Fianna d’Érin ; car même si votre renom accompagne la royauté d’Ulster, il serait bon pour vous d’avoir un nom à vous. Car même si Conall Cernach fils d’Amargin, ou Cuchulaind fils de Sualtam, ou les nobles fils prospères d’Usnech n’ont pas possédé la royauté d’Ulster, Conchobur, détenteur du royaume, n’était guère plus illustre qu’eux par leurs propres exploits courageux. Et je le jure encore, » dit-il, « aucun aliment ne passera jamais sur mes lèvres pour les torts faits à vous, jusqu’à ce que je trouve la mort, et qu’un roi étranger prenne la royauté d’Ulster après mon père et rende des jugements injustes à votre encontre. »
Alors ce discours se répandit parmi les jeunes, et lorsque le roi fut endormi, ils se rendirent à l’armurerie. Chaque garçon prit un bouclier, une épée, un casque, deux lances de combat et deux chiots de lévrier avec lui. Ils traversèrent Ess Ruaid mic Baduirn au nord, puis passèrent droit à travers les terres fertiles de Cairbre, à travers la province de Connaught aux nombreux clans, et à travers Caille an Chosnuma (les Bois de la Défense), appelés Roga Cacha Rigi et Fironoir Cacha Filed (le Choix de toute royauté et la Véritable Honneur de chaque Poète), puis franchirent la rivière Anaige, et entrèrent dans le Kerry, passant par Cathair na Claenrath (la Ville des Forts en Pente) à l’ouest, et de là jusqu’au port de Ventry.
C’était alors le moment où l’étranger, à savoir Dolar Durba, arriva sur la plage pour provoquer et insulter les Fianna, et une grande honte saisit Oisín à cause de cela. « Ô Fianna d’Érin, » dit-il, « un grand nombre de nos hommes sont tombés sous les coups de Dolar Durba, et je ne pense pas que beaucoup d’entre nous reviendront vivants de la bataille de Ventry. Et si mon destin est de trouver la mort dans ce combat, je préfère la trouver aux mains de Dolar Durba et mener contre lui un combat courageux, plutôt que d’être témoin de la destruction qu’il infligera aux Fianna chaque jour. » Un cri triste, pénible et passionné s’éleva alors des guerriers du fiann, ainsi que de leurs ménestrels, jongleurs et sages, en réponse aux paroles d’Oisín.
C’était alors le moment où ils virent arriver la jeune troupe variée, droit vers eux depuis l’est en direction du port. « Reste avec moi, ô fils, » dit Finn, « afin que je sache à qui appartient cette jeune troupe variée que je vois, la plus belle apparence que j’aie jamais vue dans le monde. » Ils s’approchèrent alors, et le fils du roi d’Ulster posa son genou droit devant le roi du fiann et le salua avec modestie et intelligence. Il reçut la même réponse, et Finn s’enquit de qui ils étaient et d’où ils venaient. « Emain Macha est notre demeure, » dit le garçon, « et moi-même je suis appelé Goll, fils du roi d’Ulster, et ces autres jeunes que vous voyez sont mes frères de lait. » « Pourquoi partez-vous en ce temps-ci ? » demanda Finn. « Nous avons entendu que l’armée du grand monde combattait contre vous chaque jour, et nous désirions apprendre de vous des exploits de bravoure et de courage. Et s’il y avait de jeunes garçons nobles comme nous accompagnant le roi du monde, nous aimerions, ô roi du fiann, en détourner un nombre égal de toi, car nous ne sommes pas en âge pour le combat des héros choisis. » « Bienvenue à vous et à votre arrivée, » dit Finn. « Cependant, il serait grandement important de laisser le fils unique de ton père affronter les étrangers, puisqu’il n’y a pas d’héritier royal pour les hommes d’Ulster, hormis lui. » À ce moment, l’étranger fit retentir sa voix guerrière du sommet de sa tête pour défier le fiann. « Quel est ce guerrier que je vois ? » demanda le fils du roi d’Ulster. « C’est un guerrier qui défie cent hommes à combattre, » répondit Conan mac Morna. « Pourquoi n’obtient-il pas le combat singulier ? » dit le garçon. « C’est une chose triste, » dit Conan, « car cinq cents guerriers du fiann sont tombés sous ses coups pendant cinq jours consécutifs, et maintenant il n’y a ni peu ni beaucoup pour relever son défi. » « Merveilleuse est la renommée qui est sur vous, » dit le jeune garçon, « alors qu’un seul guerrier dans le monde est refusé le combat par vous. Et je l’affronterai, » dit le fils du roi d’Ulster. « Ne dis plus cela, » dit Conan, « car, par notre parole, chacun des cinq cents qui est tombé sous ses coups serait ton égal. » « Je ne connaissais pas le fiann jusqu’à présent, » dit le jeune garçon, « et je pense que toi, ô fils de Morna, es l’homme aux mauvaises manières et au langage dur parmi le fiann. » « C’est de moi qu’on parle, » dit Conan. « Je le jure, » dit le fils du roi d’Ulster, « que si toi, ce guerrier et ces cinq cents étiez d’un côté, je ne reculerais d’un pas devant vous tous. » Alors le garçon se leva pour aller à la rencontre de l’étranger.
« Ô enfants de Ronan, » dit Finn, « je vous en conjure par votre serment et par votre honneur, ne laissez pas le fils du roi d’Ulster aller contre l’étranger. » Cailte et tous les enfants de Ronan se levèrent, et ce fut un travail difficile pour eux tous de le ligoter ; des chaînes et des liens lui furent mis. Pendant qu’ils le retenaient, ses douze frères de lait allèrent combattre l’étranger, et le fiann ne les remarqua pas, jusqu’à ce qu’ils tombent sous ses coups et qu’il leur eût tranché les douze têtes. Puis il fit retentir sa voix de guerrier au sommet de sa tête, se vantant de cet exploit. « Pourquoi l’étranger fait-il cela ? » demanda le fils du roi d’Ulster. « Triste est la raison pour toi, » répondit Conan mac Morna, « car il se vante de tes douze frères de lait. » « Triste est cette histoire, ô homme, » dit le fils du roi d’Ulster, « et ô vous, Fianna d’Érin, longtemps pesera sur vous la faute de m’avoir ainsi retenu, car je mourrai de colère et de honte, et c’est sur vous que reposera le blâme. Vous et les hommes d’Ulster serez désormais ennemis à jamais, et votre perte aurait été moindre si j’étais tombé sous les coups de cet étranger avant que vous ne m’ayez ainsi ligoté. »
Alors, ce discours se répandit parmi les Fianna d’Érin, et ils le libérèrent à cause de cela. Puis le jeune garçon prit les armes de ses aînés et de ses supérieurs, et revêtit une chemise de soie, un grand manteau gris-bleu long en cotte de mailles, un bouclier d’or aux bordures pourpres, un collier orné, finement plissé et bordé de blanc, ainsi que deux lourdes lances à pointe bleue et large tête solide, et une épée ornée d’une garde en croix dorée. Et il se précipita ainsi contre l’étranger. L’étranger sourit en le voyant approcher, et toute l’armée du grand monde poussa des cris de dérision et de raillerie contre lui. Mais cela augmenta encore le courage du garçon, et il infligea six blessures à l’étranger avant d’être lui-même atteint. Ils livrèrent alors un combat vif, sanglant, magistral, équilibré, vaillant, courageux, puissant, fier, meurtrier, audacieux, sanglant, rapide à blesser, terrible, prodigieux, inédit, hurleur, rapide, gémissant, à mains rouges, brave, rapide à frapper, ardent, rapproché, furieux, porteur de blessures, à lances rouges, courageux : tel fut le combat de ces deux-là. Car si l’on avait cherché depuis les confins orientaux de l’île de Cirbam, c’est-à-dire de la Mer Rouge jusqu’aux terres des peuples de l’ouest, on n’aurait trouvé entre deux hommes un combat plus valeureux que celui-ci. Et les armées de tout le grand monde ainsi que les Fianna d’Érin les encourageaient tous deux.
Et quand la nuit fut venue, et que leurs armes étaient brisées et que leurs boucliers étaient fendus, ils ne cessèrent pas de se battre l’un contre l’autre, comme il est d’usage d’interrompre le combat à la tombée de la nuit. Au contraire, ils se précipitèrent l’un sur l’autre avec une rage terrible, enserrant leurs mains fortes et agiles sur le corps de l’autre, et se donnèrent de rapides et habiles coups de force, de sorte que le sable blanc de la plage en bouillonnait. Ils restèrent ainsi enlacés jusqu’à ce que la marée monte et s’interpose entre eux et la terre. La fureur de ces deux combattants était telle qu’ils ne quittèrent pas leur place de combat, jusqu’à ce que la mer les recouvre entièrement, et ils se noyèrent tous deux sous les yeux des armées du monde et des Fianna d’Érin. De grands cris de douleur et de lamentation s’élevèrent de la part de tous pour ces deux héros. Le lendemain, on les retrouva sur la plage, les mains solidement verrouillées sur le dos gracieux de l’autre, les pieds étroitement entrelacés, le nez du fils du roi d’Ulster dans la bouche de l’étranger, et son menton dans la bouche du jeune garçon. Il fallut découper le corps de l’étranger pour les séparer. Le fils du roi d’Ulster fut enterré, sa tombe creusée, une dalle funéraire élevée sur celle-ci, et des jeux funéraires furent organisés par les Fianna d’Érin. Jamais auparavant un jeune héros n’avait suscité autant de peine et de chagrin par sa mort.
« Qui montera la garde au port cette nuit ? » demanda Finn. « Nous irons là-bas », répondirent les neuf Garbs des fiann, à savoir Garb de Slieve Mis, Garb de Slieve Cua, Garb de Slieve Glair, Garb de Slieve Crot, Garb de Slieve Muicce, Garb de Slieve Fuait, Garb de Slieve Atha Moir, Garb de Dundalk et Garb de Dun Sobairchi, accompagnés de leurs propres fiann. Ils n'y étaient que depuis peu de temps lorsqu'ils aperçurent Hérode, fils de Dregan, fils de Duille, roi des hommes de Dregan, qui s'approchait. Ils s'attaquèrent alors les uns aux autres et se massacrèrent. Mais il est impossible de relater et de décrire tout leur combat, ni même de le décrire, car à la fin de la journée, il ne restait plus que trois Garbs et le roi des hommes de Dregan. Ni la faiblesse ni la peur ne les gagnèrent face à l'ampleur du carnage qui les entourait ; ils baissèrent la tête et, d'un geste vif, leurs mains s'agitèrent, et chacun d'eux perdit la raison, tant ils enfonçaient leurs lances dans les corps, faisant jaillir des gerbes de sang rouge et écumant dans le dos des braves héros. Et tous quatre tombèrent ensemble, pied contre pied, lèvre contre lèvre, sur ce champ de bataille.
Par la suite, Fergus Finnbel, fils de Finn, contempla le grand nombre de Fianna d’Érin qui étaient tombés, et il partit sans permission, sans demander conseil à quiconque, pour se rendre à Temair na Rig (Tara des Rois), où se trouvait Cormac, fils d’Art, le haut roi d’Érin, et il lui raconta la situation difficile dans laquelle se trouvaient Finn et les Fianna d’Érin. « Je me réjouis, » dit Cormac, « que Finn soit dans cette épreuve, car aucun des laboureurs que nous aurons n’ose toucher un cochon, ni un autre animal, ni une truite, ni un saumon, ni un chevreuil ; lorsqu’il en trouve un mort sur le bord d’une route, il n’ose le prendre à cause de l’amende, et aucun laboureur n’ose quitter sa ferme pour aller à l’ancienne ville sans payer un screpal à Finn, et aucune de leurs femmes n’ose être donnée à un homme sans qu’on lui demande d’abord si elle a un mari ou un amant parmi les Fianna d’Érin ; et si elle n’en a pas, un screpal doit être payé à Finn avant qu’elle puisse se marier. Et beaucoup sont les jugements injustes que Finn a rendus à notre encontre, et pour nous, la victoire contre les étrangers serait préférable à la victoire avec lui. »
Alors Fergus se rendit sur la plaine où Cairbre Lifechair, fils de Cormac, jouait à un jeu de ballon et de lancer. « Ô Cairbre Lifechair, » dit Fergus Finnbel, « tu défends mal l’Érin en t’adonnant à un jeu oisif sans profit durable, tandis qu’elle (l’Érin) est en train d’être prise par les étrangers. » Et il ne cessait de le pousser et de le réprimander, et une grande honte saisit Cairbre Lifechair à cause de cela. Il jeta son bâton et alla parmi le peuple de Tara, et rassembla tous les jeunes gens, si bien qu’ils étaient mille vingt sur la place. Ils marchèrent alors sans permission, sans le conseil de Cormac, fils d’Art, jusqu’à ce qu’ils atteignent le port de Ventry. Fergus alla devant eux dans la tente de Finn, et Finn s’enquit de ses nouvelles ; Fergus lui dit que Cairbre Lifechair était venu avec lui. Tous les Fianna d’Érin se levèrent devant Cairbre et le saluèrent. Finn dit : « Ô Cairbre, nous aurions préféré que tu viennes à nous à un moment où les ménestrels, les poètes et les dames auraient pu t’égayer, plutôt qu’au moment où le besoin de combat se fait sentir comme maintenant. » « Je ne suis pas venu pour te distraire, » répondit Cairbre, « mais pour t’offrir mes services au combat. » « Je n’ai jamais pris un jeune inexpérimenté au cœur de la bataille, » dit Finn, « car il arrive souvent que celui qui vient ainsi trouve la mort, et je ne souhaite pas qu’un jeune inexpérimenté tombe par mon fait. » « Je donne ma foi, » dit Cairbre, « que je livrerai combat de mon propre chef, si toi tu ne le fais pas. » Fergus Finnbel alla annoncer le combat de Cairbre Lifechair au roi du monde.
« Qui répondra au fils du roi d’Érin pour moi ? » dit le roi du monde. « J’irai contre lui, » dit Sligech, fils de Sengarb, roi des hommes de Cepda, et il débarqua avec ses trois grandes cohortes rouges. Cairbre les rencontra, et tous les jeunes qui l’accompagnaient étaient près de lui. « Ô Cairbre, » lui dit un homme de son peuple, « prends courage pour ce combat ; car le fiann ne sera pas plus satisfait de ta chance que de celle des étrangers. Car c’est ton grand-père qui tua Cumall, fils de Trenmor, père de Finn, et ils s’en souviennent, même si toi tu l’as oublié. » Quand Cairbre entendit cela, il se rua à travers la cohorte des étrangers, et commença à les tuer et les mettre à terre, si bien que les flancs des guerriers robustes furent lacérés par son assaut, et les nobles furent détruits par sa grande force. Puis un homme furieux et destructeur le rencontra, à savoir Sligech, fils de Sengarb, et bien que ce fût la mort certaine et la ruine de s’affronter en combat, ils frappèrent l’un contre l’autre, et prirent chacun leurs beaux boucliers aux multiples victoires, inclinèrent leurs visages hautement renommés par-dessus les bords des boucliers variés et élevés aux bords élégants, et brandirent les lames brillantes, si bien que les flancs furent percés, fendus et tailladés par ce puissant affrontement… avec ces armes contre Finn, à l’heure du combat d’aujourd’hui.
Alors Mac Eimin se dirigea avec la rapidité d’une hirondelle, d’un lièvre ou d’un faon, ou comme les rafales d’un vent pur et froid sur une plaine ou un chemin de campagne, jusqu’à ce qu’à l’heure du lever du jour, il atteigne le port de Ventry. C’était le moment où Fergus Finnbel exhortait le fiann vers le grand combat, et voici ce qu’il dit : « Ye Fianna d’Érin, » dit-il, « s’il y avait sept jours égaux en un seul jour, voici leur œuvre pour vous aujourd’hui ; car jamais, ni dans l’avenir, en Érin, on n’a vu une œuvre d’un seul jour comme celle d’aujourd’hui. »
Alors les Fianna d’Érin se levèrent, et tandis qu’ils étaient là, ils aperçurent Mac Eimin qui, dans sa course rapide, venait vers eux. Finn s’enquit de ses nouvelles et lui demanda d’où il venait. « Je viens du brug de Tadg, fils de Nuadu, » dit Mac Eimin, « et j’ai été envoyé vers toi pour te demander pourquoi vous allez contre le roi du monde sans que vos armes ou vos nombreuses armes ne se teignent de son sang. » « Je donne ma foi, » dit Finn, « que si mes armes ne se teignent pas sur lui, son corps sera écrasé par moi au milieu de son armure. » « Ô roi des Fianna, » dit Mac Eimin, « j’ai ici avec moi les armes venimeuses par lesquelles il est destiné à trouver la mort, et Labraid Lamfhada (Labraid de la Longue Main), le frère de ta propre mère, te les a envoyées par sorcellerie druidique. » Et il les plaça dans la main de Finn, qui en ôta les couvertures. Des éclairs jaillirent d’elles, et des bulles d’un venin extrême, et les guerriers ne pouvaient supporter de regarder ces armes. Un tiers de bravoure, de courage et d’ardeur entra en chaque homme des Fianna d’Érin à la vue de ces armes avec Finn. Car les boules de feu qu’elles envoyaient, aucun vêtement ne pouvait les arrêter ; elles traversaient les corps des hommes autour comme des flèches extrêmement venimeuses. Et Finn dit : « Va, ô Fergus Finnbel, et vois combien de Fianna restent pour le grand combat d’aujourd’hui. » Fergus Finnbel les compta et dit à Finn : « Il ne reste qu’un seul bataillon en ordre parmi les Fianna, et nombreux sont les hommes capables de combattre trois, et ceux capables de combattre neuf, trente et même cent. » « Levez-vous donc, s’il en est ainsi, » dit Finn, « et allez vers le roi du monde, et dites-lui de se rendre sans délai sur le lieu du grand combat. »
Fergus alla vers le roi du monde, et celui-ci était justement sur sa couche, tandis que l’on jouait de la harpe et de la flûte pour lui. « Ô roi du monde, » dit Fergus Finnbel, « longue est ce sommeil dans lequel tu es, et aucune honte pour toi, car ce sera ton dernier sommeil. Les Fianna se sont rendus à leur place de combat, et tu dois leur répondre. » « Il me semble, » dit le roi du monde, « qu’aucun de ces jeunes n’est capable de combattre contre moi. Et combien restent-ils des Fianna d’Érin ? » « Un seul bataillon en ordre, » dit Fergus. « Et combien des armées du monde restent-ils ? » « Je suis venu en Érin avec trente bataillons, » dit-il, « et vingt bataillons ont été abattus par les Fianna d’Érin. Il reste donc dix bataillons armés de rouge en ordre. Cependant, ils ne sont que huit, et si les hommes du monde entier se dressaient contre moi, ils seraient vaincus par eux, c’est-à-dire par moi-même et Conmael, mon fils aux grands exploits, et Ogarmach, fille du roi de Grèce, la meilleure main du monde après moi, et Finnachta Fiaclach (des Dents), le chef de mes hommes d’armes, et le roi de Norvège et ses trois frères, à savoir Caisel Clumach et Forne danger Gaiscedach, et Tocha, et Mongach de la mer. »
« Je le jure, en vérité, » dit le roi de Norvège avec ses frères, « si un homme des armées du monde va contre eux avant nous, nous n’y irons pas, car ce ne serait pas une occasion de teindre nos armes sur eux, et nous ne leur donnerions pas notre satisfaction habituelle, car il nous est interdit de teindre nos armes tant qu’ils n’ont pas leur part de sang et de carnage. »
« Je les affronterai seul, » dit le plus jeune de cette famille, à savoir Forne, fils du roi de Norvège. Il revêtit sa tenue gris-venimeuse, effrayante et bleuâtre, et se précipita parmi les Fianna d’Érin, une épée à bord rouge dans chaque main. Il portait des coups destructeurs à tour de rôle sur eux et anéantit les jeunes qui lui étaient envoyés contre lui. Il resserra la plage avec leurs champions et remplit la plaine de leurs guerriers. Finn vit cela, et la destruction que le foreigner infligeait aux Fianna était pour lui un tourment du cœur, un danger de mort et une perte de raison. Il exhorta les Fianna à se jeter contre lui, et Fergus Finnbel se leva et dit : « Ô Fianna d’Érin, c’est triste que vous soyez dans une telle détresse et oppression, subissant tant de pertes pour défendre Érin. Aujourd’hui, un seul guerrier vous ravit la victoire, et autrement vous n’êtes que comme des troupeaux de petits oiseaux dans un buisson cherchant un abri quand un faucon les poursuit. Ainsi vous vous abritez derrière Finn, Oisin et Oscar ; aucun de vous n’est meilleur que l’autre, et aucun de vous ne fait face au foreigner. » « Par ma foi, » dit Oisin, « tout cela est vrai, et aucun de nous ne cherche à surpasser l’autre pour le repousser. » « Aucun de vous n’est meilleur que l’autre, » dit Fergus. « Maintenant, » dit Oisin, « laissons éclater un bruit retentissant et puissant contre le foreigner. Reste avec moi, ô guerrier, pour que je puisse combattre à tes côtés pour le fiann. » « Je le jure, » dit le fils du roi de Norvège, « ce répit sera court. »
Alors ils levèrent leurs deux boucliers magnifiquement bordés, aux points mouchetés, l’un contre l’autre, et brandirent leurs redoutables lances, ainsi que les épées à lame de fer ornées d’or, et attaquèrent avec rapidité et violence pendant longtemps. Le combat semblait tourner en faveur du foreigner, car Oisin était sur le point d’être renversé. Il laissa échapper un soupir de combat inégal, et c’était un moment de détresse et de désespoir pour les Fianna qu’Oisin se trouvât ainsi. Un cri de détresse retentit pour lui.
« Je le jure, ô homme de poésie, » dit Finn à Fergus, « l’incitation que tu as donnée à mon fils contre le foreigner était trop faible. Je préférerais que moi-même et tous les Fianna d’Érin trouvions la mort plutôt que de le voir dans cette détresse. Lève-toi donc pour louer mon fils, afin que son courage soit plus grand et que son combat soit plus vaillant. »
Fergus se rendit auprès des héros qui combattaient. « Ô âme, ô Oisin, » dit-il, « les Fianna sont profondément honteux de voir ta position si basse dans ce combat, et il y a de nombreux messagers à pied et à cheval… des filles de rois et de princes d’Érin qui observent ton combat. » Un grand esprit envahit Oisin à cette incitation de Fergus ; son courage s’éleva, son énergie devint plus haute grâce à ces louanges. Il s’étira, de sorte qu’un enfant d’un mois pourrait passer entre chaque côte, et tous les Fianna entendirent le craquement de ses os étirés. Il lança alors sa lance rouge, et celle-ci pénétra dans la cotte de mailles du foreigner ; la hampe dure à quatre faces entra dans le corps, traversa le dos et sortit derrière, infligeant la mort. Oisin revint ensuite auprès des Fianna d’Érin.
Alors un immense cri s’éleva des troupes du monde entier, le lamentant, et un autre cri s’éleva des Fianna d’Érin, le célébrant. Mais la perte de ce héros ne causa ni faiblesse ni peur à ses frères, car ils ne jugeaient pas bon ni convenable qu’il fût tombé sous la main d’un guerrier du fiann. Alors se leva le guerrier véritable, impétueux et féroce, appelé Tocha, fils du roi de Norvège, et il descendit à terre pour venger son frère. Et tel était cet homme : un cercle de plaques de fer comme une pluie de venin l’enveloppait, de la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. Le simple fait de le regarder changeait le visage d’un homme, même s’il n’attaquait pas, et le visage des braves soldats s’assombrissait, les véritables guerriers perdaient leur puissance, et les héros leur raison en le voyant. Il ne resta pas sur leur flanc, mais pénétra au milieu des Fianna et porta sa lame brillante et élégante sur les corps des héros, sur les épaules des guerriers véritables, sur les épaules des champions et sur les poitrines des soldats royaux. Tous détournèrent le dos au foreigner et se précipitèrent en fuite devant lui. Cependant, malgré cette grande détresse et honte, personne n’osa affronter le fils du roi de Norvège, jusqu’à ce que Mac Lugach se retourne contre lui.
« Reste avec moi, ô soldat royal, » dit Mac Lugach, « pour que je puisse combattre avec toi pour le fiann, puisque personne n’ose te faire face. » Le fils du roi de Norvège aurait pu se détourner du carnage rouge dans lequel il était engagé, mais il ne jugea pas convenable que son honneur consista à refuser le combat à quiconque.
Alors ces deux-là se livrèrent à un combat terrible, inédit et meurtrier, sans interruption, sans merci, sans pensée de faiblesse, de peur ou de fuite, si bien que leurs lances se brisèrent dans le combat, que leurs épées se courbèrent sous les frappes continues, et que leurs boucliers furent fendus par les tranchants des épées acérées des héros. Ils perdirent leurs boucliers dorés. Le grand combat devint alors plus acharné : ils portèrent simultanément deux coups terribles, rapides et puissants, de telle sorte que les épées se frappèrent sur leurs fines lames, et l’épée de Mac Lugach traversa celle du foreigner. Il porta un autre coup, brisa le casque, fendit la cotte de mailles, fendit le bouclier et coupa le cœur en deux d’un seul coup subtil. Puis il revint fier et vaillant auprès des Fianna d’Érin.
Alors se leva un autre fils fou et courageux des fils du roi de Lochlann, nommé Mongach de la mer, et toutes les troupes du monde se levèrent avec lui. « Arrêtez-vous, hommes du monde, » dit-il, « car ce n’est pas à vous de réclamer l’éric pour mes frères, et comme ce n’est pas à vous, je dois moi-même aller réclamer le premier éric aux Fianna d’Érin. » Il descendit alors à terre. Tel était son aspect : une puissante masse de fer à la main, avec sept boules de fer pur, cinquante chaînes de fer attachées à cette masse, cinquante pommes sur chaque chaîne et cinquante épines venimeuses sur chaque pomme. Il se précipita à travers eux ainsi armé pour les écraser complètement, les briser et les détruire, si bien que la dispersion et la fuite qu’il provoqua parmi les Fianna autour de lui ressemblait à celle d’un vol de petits oiseaux fuyant un faucon. Un grand sentiment de honte s’empara alors d’un guerrier des Fianna d’Érin, à savoir Fidach, fils du roi des Bretons, et il dit : « Viens me louer, ô Fergus Finnbel, » dit-il, « afin que je puisse aller combattre le foreigner, et que mon courage, mon esprit et mon combat deviennent plus grands lorsque tu me loueras. » « Il m’est facile de te louer, ô fils, » dit Fergus, et il le loua longuement.
Alors, les deux hommes se dévisagèrent, échangeant des paroles féroces, avec une barbarie et une arrogance inouïes. Mongach, le guerrier de la mer, leva alors son fléau de fer et frappa le fils du roi des Bretons d'un coup sec et violent. Le fils du roi des Bretons, d'un bond rapide, se jeta sur le flanc gauche de l'étranger et le frappa d'un coup d'épée si net qu'il lui trancha les deux mains. Le héros, célèbre pour son épée étincelante, ne s'arrêta pas là ; il fendit le guerrier en deux, en plein dans le vide. Dans sa chute, une pomme de fer du fléau, hérissée d'épines venimeuses, s'enfonça dans la bouche du fils du roi des Bretons et lui arracha la langue, les dents et la moelle épinière, la faisant ressortir par l'arrière. Les deux hommes s'écroulèrent côte à côte, pieds contre pieds, lèvres contre lèvres.
Alors se leva l’aîné des enfants du roi de Norvège, et il était une destruction intolérable, un déversement d’un déluge noir, le comblement d’une brèche de cent hommes, une ruine s’étendant au-delà des frontières, une vague écrasante, l’homme qui jamais ne reculait devant un seul ou devant plusieurs, à savoir Caisel Clumach, le haut-roi de Norvège lui-même. Jamais auparavant pareille destruction d’hommes ou diminution de peuples n’était survenue en Érin. Il possédait un bouclier venimeux aux flammes rouges, forgé par le forgeron de l’enfer ; et si on le plongeait sous la mer, aucune de ses flammes ne s’éteindrait, et lui-même n’en serait pas plus affecté. Lorsqu’il le porta, ni ami ni ennemi n’osa s’approcher de la portée de son bouclier. Il marcha ainsi au milieu des Fianna d’Érin, sans prendre d’autre arme que son épée pour se défendre, car il ne venait pas pour frapper avec des armes, mais pour répandre le venin de son bouclier parmi eux. Les boules de feu qu’il envoyait traversaient les corps des guerriers comme des flèches venimeuses, et aucune arme, vêtement ou équipement ne pouvait les arrêter. Chaque homme se retrouvait dans un éclat rouge au milieu de ses armes et de ses vêtements, et si quelqu’un le touchait, le feu s’emparait de lui. Même un éclat de chêne antédiluvien fumé pendant un an ne brûlerait pas mieux que ce feu, tant pour les armes que pour les vêtements et l’équipement. Tout mal, comparé à celui-ci, paraissait minime parmi les maux jamais vus en Érin.
Alors Finn dit : « Levez vos mains, Fianna d’Érin, » dit-il, « et poussez trois cris de bénédiction pour celui qui mettra un peu de retard au voyageur étranger, afin que certains d’entre nous puissent lui échapper en courant. » Et les Fianna d’Érin poussèrent aussitôt ces cris. Un sourire apparut alors sur le visage de l’étranger lorsqu’il entendit ces acclamations. C’est alors que Druimderg, fils de Dolar, fils de Dorchaide, roi des Fianna d’Ulster, se trouva près de l’étranger, et il portait avec lui une lance venimeuse, transmise successivement par les Clanna Rudraige, et qui se nommait Croderg (la « Rouge à l’Œillet »). Il regarda le roi de Norvège, et ne vit sur lui aucune partie non protégée par une armure, sauf sa bouche, grande ouverte alors qu’il riait des Fianna. Druimderg lança alors la Croderg sur lui et le frappa à la bouche, de sorte que son horreur parut plus terrible de derrière que de devant. Son bouclier tomba, et son éclat s’éteignit tandis que son maître tombait. Druimderg s’avança vers lui, sépara sa tête de son corps, et se glorifia de ce grand exploit. Et ce fut la meilleure aide que les Fianna reçurent jamais grâce au courage d’un seul d’entre eux.
Dès lors, ces deux armées, également ardentes et passionnées, se jetèrent l'une sur l'autre comme une forêt dense, et, de leurs coups fiers et bruyants, déversant un déluge noir, activement, férocement, périlleusement, avec colère, furieusement, de manière destructrice, hardiment, véhémentement, hâtivement, et grand était là le grincement des épées contre les os, le craquement des os broyés, les corps mutilés, les yeux aveuglés, les bras raccourcis jusqu'au dos, les mères sans fils, les belles épouses sans époux. Alors les êtres des régions supérieures répondirent à la bataille, annonçant le mal et le malheur qui étaient destinés à s'abattre ce jour-là. La mer claqua, racontant les pertes, et les vagues poussèrent un gémissement lourd et lamentable en les pleurant. Les bêtes hurlèrent, les racontant de leur manière bestiale. Les collines escarpées craquèrent sous le danger de cette attaque, et les bois tremblèrent en pleurant les héros. Les pierres grises crièrent à cause de leurs exploits, et les vents soupirèrent, racontant les hauts faits. La terre trembla en prophétisant le carnage, et le soleil fut couvert d'un manteau bleu par les cris des armées grises. Les nuages brillaient d'un noir profond à cette heure, et les chiens, les chiots, les corbeaux, les femmes démoniaques du vallon, les spectres de l'air et les loups de la forêt hurlèrent ensemble de toutes parts, de tous les coins alentour. Une faction diabolique des tentateurs du mal et de l'injustice les incitait sans cesse à s'affronter.
C'est alors qu'un héros des Fianna d'Érin se rendit compte que lui-même, sa famille et ses proches avaient commis de grands torts envers le clan Baiscne, et il désira leur rendre justice. Cet homme, c'était Conan mac Morna. Aussitôt, il brandit son épée large et, sans pitié, il transperça les flancs de ses ennemis, tranchant les mains de ceux qui avaient combattu avec bravoure et fauchant de sa lame des personnes au visage radieux. Le récit de ses exploits lors de ce combat est effroyable. Finn se tenait au-dessus du champ de bataille, encourageant les Fianna, et incitant Conan plus particulièrement. De l’autre côté, le roi du monde pressait les étrangers. Finn dit à Fergus Finnbel : « Lève-toi pour louer Conan de ma part, afin que son courage soit plus grand, car la mort qu’il inflige à mes ennemis est bonne. » Fergus s’approcha alors de Conan. La chaleur de l’ardeur du combat saisit Conan, et il sortit pour laisser le vent passer sur lui. « C’est bien, ô Conan, » dit Fergus Finnbel, « tu te souviens avec justesse de l’ancienne inimitié des Clanna Morna contre les Clanna Baiscne, et tu serais prêt à trouver la mort toi-même, si c’était pour nuire aux Clanna Baiscne. » Conan répondit : « Par honneur, ô poète, ne me réprimande pas sans cause, et je ferai de grandes actions contre les étrangers, seulement laisse-moi atteindre le combat. » « Par ma foi, vraiment, » dit Fergus, « ce serait un acte de bravoure que de ta part ; » et il chanta alors un éloge pour Conan. Conan retourna au combat, et ses exploits en cette occasion furent tout aussi remarquables. Fergus Finnbel se rendit ensuite auprès de Finn.
« Qui est en tête du combat maintenant ? » demanda Finn à Fergus. « Duban mac Cais mic Cannain, » répondit Fergus, « à savoir, le fils d’un guerrier de ton peuple. Car il ne porte jamais qu’un seul coup à chacun, et personne n’échappe vivant à ce coup, et trois fois neuf et quatre-vingt guerriers sont tombés sous ses mains jusqu’à présent. » Or, Duban Donn mac Nuadhad, fils du roi de Cairrge Lethi, roi de Thomond, se trouvait sur ce lieu, et voici ce qu’il dit : « Par ma foi, vraiment, ô Fergus, tout ce qui a été dit est vrai, car il n’y a dans la bataille aucun fils de roi ou de seigneur qui dépasse Duban mac Cais mic Cannain, et je trouverai la mort moi-même ici, ou je le surpasserai. » Et il se précipita dans la bataille avec un fracas tonitruant, semblable à la flamme rouge et féroce de flammes bigarrées sous une grande colline rude de genêts, ou comme une vague fière et écrasante qui bat une plage de sable blanc. Telle fut la carnage et la destruction qu’il infligea aux étrangers, et il fit neuf tours à travers le combat, tuant neuf fois neuf à chaque tour. Alors Finn demanda à Fergus :
« Qui est en tête du combat maintenant ? » dit-il. « Duban Donn mac Nuadhad, fils du roi de Cairrgi Leithe, roi de Thomond, » répondit Fergus, « car personne ne l’a surpassé depuis sa septième année, et personne ne l’excède aujourd’hui. » « Lève-toi pour le louer, » dit Finn à Fergus, « afin que son courage s’en trouve accru. » « Il est juste de le louer, » répondit Fergus, « car on croirait qu’une armée entière fuit devant un déluge de mer, tant les étrangers s’enfuient devant lui de tous côtés. » Et Fergus alla là où se trouvait Duban Donn et commença à vanter sa force, son courage, sa vaillance et sa prouesse, ainsi que sa vigueur, ses armes et ses hauts faits. Puis il retourna vers Finn, et Finn dit :
« Qui est en tête du combat maintenant, ô Fergus ? » demanda Finn. « Oscar des nombreuses victoires, » répondit Fergus, « et il combat seul contre tous, car quatre cents se tiennent contre lui séparément, à savoir deux cents Francs et deux cents hommes de Gairian, et Fiachra Foltlebar, le roi des hommes de Gairian lui-même. Tous frappent le bouclier d’Oscar, et aucun guerrier parmi eux ne lui a infligé de blessure sans qu’il ne rende coup pour coup. » « Quelle est la progression et l’avancée que tu observes chez Cailte, fils de Ronan ? » demanda Finn. « Il est là sans grande nécessité après le carnage rouge qu’il a infligé, » répondit Fergus. « Va vers lui, » dit Finn, « et dis-lui de protéger Oscar de quelques-uns des étrangers. » Fergus alla vers lui. « Ô Cailte, » dit-il, « grande est la détresse là-bas dans laquelle tu vois ton ami Oscar, sous les coups des étrangers ; lève-toi et apporte-lui quelque secours. »
Cailte alla à l’endroit où se trouvaient Oscar et les étrangers, et il porta un coup d’épée droit devant lui sans épargner celui qui se trouvait à côté, de sorte qu’il le partagea en deux portions égales. Oscar leva la tête et le regarda. « Ô Cailte, » dit-il, « il me semble que tu n’as osé ensanglanter ton épée sur personne d’autre avant d’avoir vaincu un de ceux qui se trouvent en face de mon épée. Honte à toi ! Tous les hommes du grand monde et les Fianna d’Érin réunis dans un même combat, et tu ne trouves pas de place pour combattre avant d’intervenir dans ma part du combat. Et je te le jure, » dit-il, « je souhaiterais que tu sois couché sur ton lit de sang pour cette raison. » Cela changea l’esprit et l’intention de Cailte, et il se tourna de nouveau vers l’armée des étrangers, la colère rougissant son visage, et de son assaut tombèrent quatre-vingts guerriers.
Alors Oscar continua ses massacres, allant à grande vitesse sur sa portion du combat, et commença à encercler et à presser les étrangers les uns contre les autres, se frayant un chemin parmi eux comme une noble rivière rugissante qui déferle sur des digues basses et tortueuses, ou comme un troupeau de moutons sur une grande plaine, avec un loup en leur milieu qui les pousse ensemble. Sa puissance sur le troupeau n’est pas plus grande que celle d’Oscar sur les étrangers, et le sable de la plage n’a jamais été plus semé d’hommes tombés au sol. Quiconque sortait indemne de ce combat ne faisait pas partie de la portion d’Oscar. Ces quatre cents étrangers tombèrent sous ses coups, et il se retourna de nouveau contre la grande armée, se mouvant parmi eux comme un lion brusquement éveillé, et déchaîna sa colère sur eux.
« Qui est en tête du combat maintenant ? » dit Finn à Fergus. « Ton propre fils plein d’ardeur, » répondit Fergus, « à savoir Oisín des nombreuses victoires, et il est au cœur même des étrangers, les tuant rapidement. » « Quelle est la situation du combat maintenant ? » demanda Finn à Fergus. « C’est désolant, » répondit Fergus, « car jamais personne n’a été capable de raconter ni de décrire ce qui se passe à l’heure actuelle. Je le jure : jamais des forêts impénétrables denses et couvertes de buissons n’ont été plus serrées et indissociables dans l’ouest de l’Europe qu’elles le sont maintenant. Les bossages de leurs boucliers et les poitrines de leurs hauberts sont en contact permanent. Et je le jure encore : si chaque deuxième ou troisième homme dans le combat tenait des torches en frappant, le feu ne serait pas plus terrible que celui qui jaillit des rebords de leurs casques, de leurs coiffes et de leurs hauberts, des tranchants fins des haches solides et des épées pointues des héros. Et je le jure encore : jamais il n’a plu un déluge plus lourd qu’une pluie de sang sur les armées, car le vent, les gémissements des armes et les cris de lamentation des combattants le projettent dans l’air et jusqu’au firmament. Et je le jure encore : jamais un vent n’a arraché autant de feuilles d’une grande forêt que le vent a arraché maintenant de longues chevelures dorées, bouclées et soyeuses, de mèches noires de jais, et de longs cheveux beaux, coupés par de larges haches à tranchants aiguisés. Car ce sang et ces mèches qui tombent sur les armées les recouvrent si complètement qu’on ne pourrait distinguer un homme de l’autre sans reconnaître sa voix. Et de nombreux guerriers frappent le bouclier d’Oisín et d’Oscar, et le guerrier le plus en danger des Fianna d’Érin se voit assailli par neuf étrangers frappant son bouclier, et sur beaucoup d’autres guerriers tombent cinquante, soixante ou quatre-vingts ennemis. Cinq cents frappent les boucliers d’Oisín, d’Oscar et de Cailte, et leur détresse est immense.
« Va vers eux, ô Fergus, » dit Finn, « et chante un chant de louange à chacun d’eux séparément, afin que leur courage et leur esprit s’en trouvent accrus. » Alors Fergus alla là où Oisín, Oscar et les nobles de la Clanna Baiscne se trouvaient, au cœur même de la bataille, blessant les héros et tuant les soldats. Fergus commença à louer les héros, à exhorter les guerriers, à encourager les braves, à exalter les champions, à louer les soldats, à stimuler les compagnies, à commander la résistance et à renforcer l’attaque, de sorte qu’il insuffla courage et ardeur à chaque homme des Fianna d’Érin, bien qu’ils fussent déjà eux-mêmes pleins de désir de vaillance. Puis Fergus retourna vers Finn.
« Qui est en tête du combat maintenant ? » dit Finn à Fergus. « Par ma foi, ce n’est pas ton ami qui se trouve en tête », répondit Fergus, « mais le roi du monde, à savoir Daire Donn, fils de Loiscenn Lomglunech. Il est arrivé avec la rapidité d’une hirondelle, d’un lièvre ou d’un faon, ou comme les rafales d’un vent pur et froid qui traversent le sommet d’un champ ou le flanc d’une montagne, pour te chercher et te retrouver au cœur de la bataille. Il n’a laissé aucun coin, recoin, flanc ou avant du champ de bataille non exploré pour te trouver. Et trois fois cinquante de ses hommes de confiance l’accompagnent comme arrière-garde, et deux guerriers de ton fiann les ont aperçus, à savoir Cairell Gathbuillech (le Frappeur de Bataille) et Aelchinn de Cruachan, et ils ont affronté le roi du monde. Car ils ne voulaient pas le laisser approcher de toi sans le blesser, et l’arrière-garde du roi a été tuée par eux, mais ils n’ont pas ensanglanté leurs armes sur lui, et ils sont tombés sous lui ensemble. Et grande est la fureur de la bataille dirigée contre lui au cœur du combat en se rapprochant de toi. »
Alors le roi du monde s’avança vers lui, et personne n’était près de Finn sauf Daelgus, fils du roi de Grèce, appelé Arcallach de la Hache Noire, car c’était le premier homme qui apporta une grande hache en Érin, et c’était son arme là. « J’ai donné ma parole », dit-il, « que je ne laisserais jamais Finn entrer dans la bataille ou combattre devant moi. » Arcallach se leva, et un coup barbare de sa grande hache frappa le roi, traversant le diadème royal et atteignant les cheveux, mais sans verser une goutte de sang. Le tranchant de la hache se retourna, et des boules de feu jaillirent sur la plaine à cause de ce coup. Et le roi du monde lui rendit le coup, et le divisa en deux parties égales.
Puis vinrent le célèbre haut-roi du monde, noble en ses exploits, fort, robuste, fier, puissant, venimeux, destructeur, agile, méprisant, plein de pensées noires et rusées, et le guerrier protecteur de nombreux clans, détenteur du droit princier, le sage et véritable Finn, et ces deux chênes de valeur, et les deux ours intrépides, et les deux ours aux grands faits, et les deux lions brusquement éveillés, qui se rendirent sur le lieu du combat. Le roi du monde vit l’épée venimeuse dégainée dans la main de Finn, aperçut la lance de combat venimeuse et le couteau, et reconnut les armes venimeuses par lesquelles il était destiné à trouver la mort. La peur et l’effroi l’envahirent complètement, sa beauté et sa belle apparence le quittèrent, ses doigts devinrent instables, ses pieds tremblèrent, et son regard se brouilla lorsqu’il vit ces armes dans la main de Finn.
Alors les deux combattants dégainèrent leurs épées bleues, jointes, lisses comme le fer et ornées d’or, et s’attaquèrent avec véhémence, ferveur, proximité, folie, et de grands coups, avec des pas lents, mais actifs, puissants et hardis, et les hauts-rois livrèrent un combat merveilleux. Car ils frappaient pour arracher le cœur et les lourdes côtes de l’autre, et ce ne fut pas mince à comparer aux exploits tonitruants de ces deux-là, comme si c’était la rafale rugueuse d’une nuit d’hiver qui, séparée également, viendrait d’est et d’ouest se heurter, ou comme si c’était la mer Rouge, pleinement et également divisée en deux, frappant l’une contre l’autre, ou comme si c’étaient deux jours de jugement aux actes féroces, chacun luttant avec véhémence pour la possession de la terre contre l’autre.
Alors celui qui, jusque-là, n'avait jamais été blessé, fut grandement affaibli par le combat : le roi du monde. Car jamais auparavant les armes n'avaient rougi sur lui. Aussitôt, les deux guerriers levèrent leurs mains terribles et, d'un même coup, l'épée du roi du monde frappa le bouclier de Finn, lui arrachant le tiers supérieur, déchirant le haubert de la ceinture jusqu'en bas, et emportant avec elle une large bande de chair et de peau blanche de la cuisse. Mais l'épée de Finn frappa l'épaule du bouclier du roi du monde, le fendant, et brisa l'épée du guerrier. Le même coup frappa le pied gauche du roi, qui s'y enfonça. Et il lui asséna le coup qui lui sépara la tête et la poitrine. Et Finn lui-même tomba en transe et s'évanouit, couvert de nombreuses blessures, coupures et traces de sang, symboles de mort.
Alors Finnachta Fiaclach, c’est-à-dire le chef des lieutenants du roi du monde, saisit le diadème du roi et courut avec jusqu’à l’endroit où se trouvait Conmael, le fils du roi du monde, et il plaça sur sa tête le diadème de son père. « Que cela t’apporte chance au combat et de nombreux triomphes, ô fils », dit Finnachta. Les armes du roi du monde lui furent données, et il traversa le champ de bataille pour chercher Finn. Cent cinquante guerriers du fiann tombèrent sous ses coups lors de cette attaque. Puis Goll Garb, fils du roi d’Écosse, le vit et l’attaqua, et ils se livrèrent à un combat furieux, enragé, puissant, rapproché, audacieux, insupportable, hurlant, prêt, gémissant, soupirant, rouge de flèches ; courageux fut ce combat. Alors un coup du fils du roi d’Écosse frappa ce fils du roi du monde sous la protection de son bouclier, sur son côté gauche, et le trancha en deux parties égales.
Finnachta Fiaclach vit cela, et se précipita de nouveau vers le diadème royal, qu’il emporta jusqu’à l’endroit où se trouvait Ogarmach, la fille du roi de Grèce. « Mets le diadème royal, Ô Ogarmach, » dit-il, « car c’est le destin du monde d’être obtenu par une femme, et aucune femme plus noble ne pourrait le recevoir que toi. » Le cri du roi s’éleva pour elle sur les hauteurs. « Que m’apporte cela ? » dit Ogarmach, « puisque plus aucun des Fianna d’Érin ne reste sur qui je pourrais venger la mort du roi du monde. » Alors elle alla chercher Finn sur le champ de bataille, et Fergus Finnbel la vit et se dirigea vers Finn. « Ô roi du fiann, » dit-il, « souviens-toi du bon combat que tu as mené contre le roi du monde à l’instant, et rappelle-toi de tes grandes et nombreuses victoires jusqu’ici ; et un grand besoin t’attend maintenant : Ogarmach, la fille du roi de Grèce. »
À ce moment, la guerrière s’avança vers lui. « Ô Finn, » dit-elle, « tu es une bien pauvre compensation pour moi, par rapport aux rois et seigneurs tombés par toi et par ton peuple ; et bien que cela soit ainsi, » ajouta-t-elle, « tu n’as pas de meilleure compensation que toi-même et ce qu’il reste de tes fils. » « Cela n’est pas vrai, » répondit Finn, « et je déposerai ta tête dans son lit de sang comme celle de tous les autres. » Alors les deux se rencontrèrent comme deux lions en colère, ou comme si s’élevaient pour s’écraser les vagues blanches écumantes et frisées de Clidna, la longue vague régulière de Tuaige, et la grande vague audacieuse de Rugraide. Telles furent les entailles et les coups qu’ils s’infligèrent l’un à l’autre. Et bien que le combat fou de la guerrière ait été long, un coup de Finn l’atteignit, traversa le diadème royal, si bien que la poitrine de la cotte de mailles résista à l’épée. Il donna ensuite un second coup et sépara sa tête de son corps. Il tomba lui-même dans son lit de sang et mourut après cela… mais se releva ensuite.
À présent, les armées du monde et les Fianna d’Érin étaient tombés côte à côte, et plus personne ne se tenait debout dans les deux armées, sauf le fils de Crimthann des Ports, c’est-à-dire un fils adoptif de Finn, et le chef des lieutenants du roi du monde, Finnachta Fiaclach&||. Finnachta Fiaclach&|| parcourut alors le champ de bataille, souleva le corps du roi du monde et l’emporta jusqu’à son navire. « Ô Fianna d’Érin, » dit-il, « bien que cette bataille ait été funeste pour les armées du grand monde, elle l’a été encore davantage pour vous ; car je vais prendre possession du grand monde à l’est, tandis que vous êtes tombés côte à côte. » Finn entendit ces mots alors qu’il gisait dans son lit de sang, entouré des nobles de la Clann Baiscne, et dit : « Je suis attristé de ne pas être mort avant d’entendre l’étranger prononcer ces paroles, revenant vivant dans le grand monde pour en rapporter la nouvelle. Et rien ne sert aucun acte, exploit ou victoire que j’ai accompli moi-même ou que les Fianna d’Érin ont accomplis, tant qu’un homme peut survivre pour raconter les exploits des étrangers. Y a-t-il un homme vivant près de moi ? » « Je le suis, » dit Fergus Finnbel. « Quel est maintenant l’état de la bataille et son carnage ? » demanda Finn. « Misérable, ô Finn, » dit Fergus, « je le jure, depuis que les armées se sont mêlées aujourd’hui dans la déroute, aucun étranger ni aucun homme d’Érin n’a reculé avant l’autre, jusqu’à ce qu’ils soient tous tombés sole contre sole. Et je le jure, » ajouta Fergus, « on ne distingue pas les grains de sable ou l’herbe sur cette plage en dessous, à cause des corps des héros et des soldats étendus là. Et je le jure encore, il n’y a personne des armées qui ne soit sur ce lit sanglant, excepté le chef-lieutenant du roi du monde et ton fils adoptif, c’est-à-dire Gáel mac Crimthainn des Ports. » « Va le chercher, Ô Fergus, » dit Finn.
Fergus alla là où se trouvait Gáel et lui demanda comment il se portait. « Triste est la chose, ô Fergus, » dit Gáel. « Je le jure, si ma cotte de mailles et mon casque m’étaient enlevés ainsi que toute mon armure, il n’y aurait pas une parcelle de moi qui ne tomberait de l’autre côté. Et je jure que je suis plus attristé de voir ce guerrier que je distingue échapper vivant parmi les étrangers, que je ne le suis de ma propre situation. Et je te laisse ma bénédiction, ô Fergus, » ajouta Gáel, « et prends-moi sur ton dos jusqu’à la mer, afin que je nage derrière l’étranger, et il ne saura pas la vérité, que je ne suis pas de son peuple. … ma vie en a même atteint ce point, et je me réjouirais si l’étranger tombait par ma main avant que mon âme ne quitte mon corps. »
Fergus le souleva, le porta jusqu’à la mer et le mit à nager derrière l’étranger. L’étranger l’attendait, pensant qu’il faisait partie de son propre peuple. Alors Gáel se redressa et nagea le long du navire. L’étranger tendit la main vers lui. Gáel la saisit au poignet mince, entourant de ses doigts fermement serrés et inséparables, et lui donna une traction virile et vaillante, le tirant par-dessus bord. Alors ils entrelacèrent leurs mains d’héros au-dessus de leurs corps et allèrent ensemble sur le sable et le gravier de la mer pure, et aucun des deux ne fut jamais revu depuis ce temps.
Puis vinrent les dames et les demoiselles, les ménestrels et les jongleurs, et les hommes habiles des Fianna d’Érin pour chercher et enterrer les rois et princes du fiann, et chacun de ceux qui pouvait être guéri fut transporté là où il pourrait l’être. Gelges, la fille de Mac Lugach, c’est-à-dire l’épouse de Gáel, fils de Crimthann des Ports, vint alors. La faiblesse … et les sanglots véritablement affligeants qu’elle laissait échapper en cherchant son bel époux parmi le carnage, se faisaient entendre au-delà des frontières de toute la terre. Alors qu’elle était là, elle aperçut la grue des prés et ses deux oiseaux, et la bête rusée appelée le renard, surveillant ses oiseaux. Quand elle couvrit l’un des oiseaux pour le protéger, il se précipita sur l’autre, si bien que la grue dut s’étendre entre eux deux. Gelges aurait préféré trouver et subir la mort par la bête sauvage plutôt que de voir ses oiseaux tués. Elle médita longuement sur cela et dit : « Je ne m’étonne pas, » dit-elle, « d’aimer tant mon bel époux, puisque le petit oiseau est dans une telle détresse pour ses oiseaux. » Puis elle entendit un cerf sur Druim Ruiglenn, au-dessus du port, pleurant vivement la biche d’un passage à l’autre. Ils avaient vécu neuf ans ensemble dans le bois au pied du port, à Fid Leis, et la biche avait été tuée par Finn. Le cerf resta dix-neuf jours sans toucher à l’herbe ni à l’eau, pleurant la biche. « Ce n’est pas une honte pour moi, » dit Gelges, « de trouver la mort dans le chagrin pour Gáel, comme le cerf raccourcit sa vie pour le deuil de la biche. »
Fergus la rencontra au milieu du carnage. « As-tu des nouvelles de Gáel pour moi, ô Fergus ? » demanda-t-elle. « J’en ai, » répondit Fergus, « car lui et le principal lieutenant du roi du monde, à savoir Finnachta Fiaclach, se sont noyés mutuellement. » « Peu me manque, » dit-elle, « pour pleurer Gáel et les Clanna Baiscne, car les oiseaux et les vagues les pleurent puissamment. » Et alors elle entonna le chant :
« Le port aux hautes vagues De Ruad-Rinn Da Bare résonne : La noyade du héros de Loch Da Chonn, Voilà ce que la vague pleure sur le rivage.
… la grue Dans le marais de Druim Da Tren, Elle était en grande anxiété : Un renard… guettait ses oiseaux.
Triste est la mélodie Que fait le cerf de Druim Leis : Morte est la biche de Druim Silenn, Le cerf… gémit après elle.
Triste est le chant Que le merle fait à Druim Chain, Et pas moins triste le cri Que fait le merle noir à Leitir Laig.
Triste pour moi est La mort du héros qui reposait auprès de moi, Le fils de la femme de Toire Da Dos Pour être… autour de sa tête.
Triste est la mélodie Que fait la vague sur le rivage. Depuis que l’homme noble et majestueux est mort. Triste pour moi que Gáel soit allé à sa rencontre.
Triste est l’air Que fait la vague sur le rivage… Quant à moi, mon temps est fini, Pire est ma condition… »
« Lourdes sont les averses Que font les vagues pour lui : Quant à moi, il n’y a pas de joie pour moi Depuis que… s’est brisé.
[Mort est le cygne, Tristes sont ses oiseaux après lui ; Une grande peine m’envahit À cause du chagrin qui a saisi le cygne.
Gáel, le fils de Crimthann, est noyé, Il n’y a aucun trésor pour moi après lui. Nombreux sont les seigneurs tombés par sa main, Son bouclier a retenti.]
Alors l’âme de Gelges quitta son corps de chagrin de Gáel, le fils de Crimthann. Sa tombe fut creusée au dessus de Ventry, et une pierre fut élevée sur son tombeau, et son deuil fut célébré là. Ainsi se termine la Bataille de Ventry jusqu’ici, sans addition, sans omission. Finit.»
Sources: • I. A. Gregory, (2012) · Gods and Fighting Men - The Story of the Tuatha de Danaan and of the Fianna of Ireland, Floating Press, 523p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• K. Meyer, (1885) - The Cath Finntrága or Battle of Ventry, Oxford, Clarendon Press, 115 pp.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
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