PIERRE DE BALLINTAGGART VI
Les inscriptions oghamiques

La pierre de Ballintaggart VI
(Baronnie de Corkaguiney, Co Kerry)
(CIIC 160)

L'inscription est gravée sur deux faces, avec une croix de conception inhabituelle, située entre les deux textes sur la face principale. Les lettres sont piquetées et usées par frottement, mais leur état de conservation reste assez satisfaisant. Les deux lignes d'écriture sont manifestement indépendantes l'une de l'autre. Celle du côté gauche présente des caractères beaucoup plus épais et plus larges que celle du côté droit. La première appartient sans doute à une réutilisation ultérieure de la pierre (Macalister, 1945, pp.154-155)

Cette inscription est répertoriée dans le Celtic Inscribed Stones Project (Cisp, Bltag 6), ainsi que dans la base de données du projet Titus (Titus, Gippert, 1997). Les deux bases reprennent la lecture établie par Macalister.

Dessin : d'après (Macalister, 1945, p.154)

Inscription de droite

TRIA MAQA MAILAGNI : ᚈᚏᚔᚐ ᚋᚐᚊᚐ ᚋᚐᚔᚂᚐᚌᚅᚔ

La lecture doit être comprise comme TRIAM MAQAM MAILAGNI, c'est-à-dire « des trois fils de Mailagni » — un exemple de génitif pluriel qui, jusqu'à présent, demeure unique. Il ne faut cependant pas interpréter cette formule comme un génitif partitif en la reliant à l'inscription de gauche (Macalister, 1945, pp.154-155)

Inscription de gauche

CURCITTI : ᚉᚒᚏᚉᚔᚈᚈᚔ

Cette inscription est composé uniquement d'un anthroponyme, Curcitti. la différence dans la technique de gravure des deux parties montre que l'une des inscriptions constitue l'épitaphe originale, tandis que l'autre est un ajout postérieur. Macalister considère que les deux inscriptions sont indépendantes et que leur association généalogique n'est pas justifiée.

Interprétation de ces inscriptions

• TRIA  : cardinal signifiant « trois ».

• MAQA: Marqueur de la filiation (maqa).

• MAILAGNI : le nom du père.

• CURCITTI : anthroponyme constituant à lui seul la seconde inscription.

Curcitti, fils de Mailagni ?

Macalister refuse de rattacher CURCITTI à la formule TRIA MAQA MAILAGNI. Si Curcitti avait été l'un des trois fils de Mailagni, il aurait vraisemblablement attendu la formule habituelle CURCITTI MAQI MAILAGNI. Dans cette hypothèse, les deux autres fils n'auraient eu aucune raison d'être mentionnés sur le monument. Il considère donc que les deux inscriptions sont indépendantes et que CURCITTI ne peut être identifié avec certitude comme l'un des fils mentionnés dans l'inscription de droite.

MAQA ?

Graphie attestée dans cette inscription. Macalister propose de la restituer sous la forme MAQAM et d'y voir un génitif pluriel signifiant « des fils », dans la formule TRIAM MAQAM MAILAGNI (« des trois fils de Mailagni »). Cette interprétation morphologique particulière ne fait pas de MAQA une forme féminine de MAQI.

Ferguson envisage pour sa part une forme féminine, en accord avec TRIA. Cette hypothèse, qui semble isolée dans la littérature consacrée à cette inscription, mérite également d'être signalée (Ferguson, 1871, p.62).

Sources:
• S. Ferguson, (1871) - Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. 15, p. 62.
• R.A.S. Macalister, (1945–1949) - Corpus Inscriptionum Insularum Celticarum, 2 vol. Dublin, Stationery Office, Irish Manuscripts Commission.
• University College London, Celtic Inscribed Stones Project, (CISP), (en ligne : https://linkedopenogham.github.io/cisp-recovery/cisp/database/)
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique