Les Acinipponenses étaient les habitants de la colonie romaine d’Acinipo (ou Acinippo), située dans la Serranía de Ronda, à environ 20 km à l’ouest de la ville actuelle de Ronda, dans la province de Málaga, en Andalousie, Espagne. Cette colonie, perchée à près de 1 000 m d’altitude, contrôlait un plateau fertile et stratégique, propice à l’agriculture et à la surveillance des routes reliant la Bétique intérieure à la côte. Les inscriptions provenant de Ronda et de ses environs attestent la présence active des Acinipponenses, qui participaient à la vie municipale, votaient des honneurs publics et étaient organisés en ordo Acinipponensis, reflétant leur statut de citoyens ou de population municipale au sein de la colonie romaine.
Attestations
Le peuple des Acinipponenses est attesté par plusieurs inscriptions épigraphiques, principalement dans le secteur de Ronda et sur le site d’Acinipo. Une statue est érigée par le plebs Acinipponensium pour un patronus en reconnaissance de ses mérites (CIL II, 1347). L'ordo Acinipponensis décrète l’installation d’une statue sur testament de Fabia Maura. (CIL II, 1350). Un décret du decurionum Acinipponensium, attestant de l’organisation municipale de la colonie (CIL II, 1351). Et au Col du Grand Saint-Bernard, une dédicace de Marcus Sulpicius Marcellus, Acinipponense, au dieu Jupiter Optimus Maximus Poenino (CIL V, 6888). Ces inscriptions montrent que les Acinipponenses formaient un groupe civique organisé, doté de structures municipales (ordo, decuriones) et capable de participer à des décrets honorifiques ou religieux.
Étymologie
Le terme Acinipponenses dérive du nom de la colonie romaine Acinipo|| (Acinippo), auquel est ajouté le suffixe latin de gentilice -enses, indiquant l’appartenance ou la provenance. Le nom Acinippo lui-même pourrait avoir une origine indigène pré-romaine, probablement ibérique ou celtibère, conservée par les Romains lors de la fondation ou de la colonisation. Le radical acini- pourrait être rapproché de termes agraires ou topographiques, mais aucune attestation directe n’existe pour confirmer son sens précis avant la romanisation. L’étymologie reste donc partiellement hypothétique, et le terme Acinipponenses reflète avant tout l’appartenance à la colonie d’Acinipo.
Histoire
On ne dispose d’aucune information précise sur l’histoire des Acinipponenses avant la période romaine. Leur présence dans les sources se limite aux épitaphes et inscriptions municipales, principalement autour de Ronda. Tout au plus, ils sont mentionnés par Pline l'Ancien (Histoire naturelle, III, 13‑14), qui les situe parmi les populations celtiques de la Bétique, sans fournir de détails supplémentaires sur leur organisation ou leur culture antérieure.
Sources littéraires anciennes
Pline, Histoire naturelle, III, 13-14 :"La contrée qui s'étend au delà des pays déjà décrits, du fleuve Bétis jusqu'au fleuve Ana, s'appelle Baeturie, divisée en deux parties et en autant de nations : les Celtiques qui touchent à la Lusitanie et qui dépendent de la juridiction d'Hispalis, et les Turdules qui sont limitrophes de la Lusitanie et de la Tarragonaise, et qui appartiennent à la juridiction de Cordoue. Les Celtiques venus de la Lusitanie sont une branche des Celtibères ; cela est manifeste par les rites religieux, par la langue, par les noms des villes, qui sont les mêmes dans la Bétique, sauf le surnom : Seria, surnommée Fama Julia ; Nertobriga, surnommée Concordia Julia ; Segida, Restituta Julia ; Contributa Julia Ucultiniacum, aujourd'hui Curiga ; Laconimurgi, Constantia Julia ; Térèses, Fortunales ; et Callenses, Emaniques. En outre, dans la Celtique, on trouve : Acinippo, Arunda, Arunci, Turobrica, Lastigi, Alpesa, Saepone, Serippo. L'autre Baeturie, que nous avons dit appartenir aux Turdules et à la juridiction de Cordoue, a des villes qui ne sont pas sans renom : Arsa, Mellaria, Mirobrica, et, de la contrée Osintiade, Sisapon."
Sources épigraphiques
Col du Grand Saint-Bernard (CIL V, 6888) I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) POENINO M(ARCVS) SVLPIC(IVS) MARCELLVS AC(I)NIP(PONE) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)
"À Jupiter le très bon, le très grand, Poeninus. Marcus Sulpicius Marcellus, d'Acinippo, s'est acquitté de son vœu, de bon gré, comme il se doit."
"À Marcus Iunius Terentianus Servilius Sabinus, fils de Lucius, petit-fils de Lucius, (de la tribu) Galeria, duumvir, flamine, pontife perpétuel des colons de la colonie Patricia. Le peuple des Acinipponenses, pour leur patron, pour son mérite, ont décrété (l'érection de cette) statue, à leurs frais. Marcus Iunius Terentianus Servilius Sabinus a assumé la dépense pour cet honneur."
Ronda (CIL II, 1350) FABIAE MA[VRAE] L(VCIVS) FABIVS VICTOR C[ONIVGI] TESTAMENTO STATVAM PONI IVSSIT ORDO ACINIPONENSIS LOCVM DECREVIT M(ARCVS) AEMILIVS SP(VRI) FIL(IVS) DI[O] PMPA[...]IN HER(ES) MON(VMENTVM) P(ONI) C(VRAVIT)
"À Fabia Maura. Lucius Fabius Victor, à son épouse, a ordonné par testament que soit posée cette statue. L'Ordre (des décurions) aciniponense a décrété (l'octroi) de ce lieu. Marcus Aemilius Dio, fils de Spurius, (?), son héritier, a pris soin de poser ce monument."