Leodegrance (Léodagan) — Personnage de la légende arthurienne, roi de Carmélide et surtout connu comme le père de la reine Guenièvre. Dans les récits médiévaux de la matière de Bretagne, il joue un rôle politique important au début du règne du roi Arthur. C’est lui qui possède la Table Ronde, symbole de l’idéal chevaleresque, et qui la remet à Arthur lors du mariage avec sa fille Guenièvre. Cet épisode marque l’alliance entre Arthur et un roi vassal majeur, consolidant ainsi l’unité du royaume.
Leodegrance n’est pas un héros d’aventures chevaleresques comme Lancelot ou Perceval : son rôle est surtout diplomatique et dynastique. Il incarne la légitimité royale et la stabilité politique du monde arthurien. Dans certaines traditions et adaptations modernes, son nom peut varier ou être transformé, mais dans les textes médiévaux de référence, il apparaît principalement sous la forme Leodegrance.
Dans les versions galloises de la tradition arthurienne, Gwenhwyfar (Guenièvre) est parfois présentée comme la fille d’Ogyrvan Gawr (Ogyrvan le Grand), figure gigantesque ou héroïque du fonds mythologique celtique, plutôt que du roi Leodegrance comme dans les romans continentaux. Cette filiation s’inscrit dans un ensemble de récits et de traditions populaires où les personnages arthuriens sont intégrés à un univers plus ancien, aux contours plus mythologiques et moins stabilisés. Le narratif y est sensiblement différent de celui des romans français médiévaux, car il ne met pas l’accent sur les enjeux politiques de la cour arthurienne, mais sur des motifs plus archaïques et proverbiaux, où les personnages circulent entre légende héroïque et héritage mythique gallois.
Le nom de Léodagan n’est pas celui des textes médiévaux les plus anciens : il s’agit d’une variation moderne, popularisée notamment par la série Kaamelott, où Léodagan est réinterprété comme le père de Guenièvre, brutal, direct et souvent comiquement violent. Cette version s’éloigne donc du personnage courtois et politique des sources médiévales pour en faire une figure plus rustique et sarcastique.
Extrait de Le Morte Darthur de Thomas. Malory.
Arthur, le roi Ban et le roi Bors partirent avec leur armée, forte de vingt mille hommes, et arrivèrent en six jours au pays de Carmélide. Là, ils secoururent le roi Leodegrance, tuèrent une grande partie des hommes du roi Rience, jusqu’à environ dix mille, et mirent Rience en fuite. Les trois rois furent grandement accueillis par Leodegrance, qui les remercia pour leur bonté et pour l’avoir vengé de ses ennemis. C’est là qu’Arthur vit pour la première fois Guenièvre, la fille du roi de Carmélide, et dès lors il l’aima. Ils furent ensuite mariés, comme le raconte le livre. Pour conclure brièvement, ils prirent congé pour retourner dans leurs royaumes, car le roi Claudas ravageait leurs terres. Arthur proposa de les accompagner, mais les rois refusèrent, disant qu’il avait encore beaucoup à faire dans ces pays et qu’ils utiliseraient les richesses obtenues grâce à lui pour lever de bons chevaliers et résister à Claudas. Ils promirent de s’entraider en cas de besoin. Merlin déclara alors qu’il n’était pas nécessaire que ces deux rois reviennent à la guerre, mais qu’Arthur ne resterait pas longtemps éloigné d’eux, car dans un ou deux ans ils auraient grand besoin de lui, et qu’il se vengerait de leurs ennemis comme eux avaient vengé les siens. Il ajouta que les onze rois ennemis mourraient tous en un seul jour, par la force de deux chevaliers valeureux nommés Balin le Sauvage et Balan son frère, deux des meilleurs chevaliers qui soient.
Nous revenons maintenant aux onze rois, qui s’étaient retirés dans une ville appelée Sorhaut, située dans les terres du roi Uriens. Ils s’y reposèrent autant qu’ils le purent, firent soigner leurs blessures par des médecins, et pleurèrent amèrement la mort de leurs hommes. À ce moment-là, un messager arriva et annonça que des hommes sans loi, ainsi que des Sarrasins, au nombre de quarante mille, avaient pénétré dans leurs terres, brûlant et massacrant sans pitié tous ceux qu’ils rencontraient, et qu’ils assiégeaient maintenant le château de Wandesborow. Les onze rois s’écrièrent alors : « Hélas ! voici malheur sur malheur ! Et si nous n’avions pas fait la guerre à Arthur comme nous l’avons fait, il nous aurait bientôt vengés. Quant au roi Leodegrance, il aime mieux le roi Arthur que nous. Et le roi Rience, lui, a déjà assez à faire avec Leodegrance, car il l’assiège». Ils décidèrent donc ensemble de défendre toutes les marches de Cornouailles, du pays de Galles et du Nord. Ils placèrent d’abord le roi Idres dans la ville de Nantes en Bretagne avec quatre mille hommes d’armes, pour surveiller à la fois la mer et la terre. Ils mirent aussi le roi Nentres de Garlot à Windesan avec quatre mille chevaliers, également chargés de la défense terrestre et maritime. Ils disposaient en outre de plus de huit mille autres hommes de guerre pour fortifier toutes les places fortes des marches de Cornouailles. Ils placèrent encore des chevaliers dans toutes les régions du pays de Galles et de l’Écosse, avec de nombreuses troupes. Ainsi restèrent-ils unis pendant trois ans, s’alliant continuellement avec de puissants rois, ducs et seigneurs. Durant ce temps, ils reçurent l’appui du roi Rience de Galles du Nord, homme très puissant, ainsi que de Nero, autre grand chef de guerre. Pendant toute cette période, ils s’équipèrent en hommes d’armes, en vivres et en tout le matériel nécessaire à la guerre, se préparant à venger leur défaite lors de la bataille de Bedegraine, comme le raconte le livre des aventures qui suit.
Sources: • Th. Malory, (1485) - Le Morte Darthur, William Caxton, Westminster.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique