Mórfessa / Mórfesa / Móirfesa / Mórfhis / Mórfios / Mórias — Personnage de la mythologie irlandaise, l'un des quatre druides primordiaux des Túatha Dé Danann, avec Esras, Sémias et Uiscias. Il régnait sur Falias, l'une des quatre îles au nord du Monde, et c'est de son île que fut apportée en Irlande la pierre de Fál. Il apparait notamment dans le récit de la seconde bataille de Mag Tured (Cath Maige Turedh) (CMT2, §7) et dans Le livre des conquêtes de l'Irlande (Lebor Gabála Érenn) (LGE IV, §305, §357). Nous le retrouvons sous la forme Mórfios chez Keating (1857, pp.136-138). Le vieil-irlandais fis / fius signifie « connaissance, savoir, information, fait de savoir ». Fessa est notamment la forme génitive attestée. Ainsi Mórfessa peut être analysé comme mór + fessa, soit littéralement « grandsavoir » ou « grandeconnaissance ». (eDIL, mór, már ; fis, fius). Le Roux & Guyonvarc'h (1986, p.407) le traduisent d'ailleurs par « grandsavoir ». Les formes Mórfios et Mórfhis, qui ne sont pas fléchies, rendent encore plus transparent le second élément fis / fius. Macalister y voyait toutefois une adaptation de sources bibliques, rapprochant Moirfesa de [Liber] Sapientis « Livre du Sage / de la Sagesse (Macalister, 1941, p.293), hypothèse qui paraît cependant moins convaincante. Chez Macalister, on voit une tendance à chercher derrière les noms des quatre druides un modèle biblique, alors que les formes irlandaises permettent des analyses lexicales beaucoup plus immédiates.
Les Túatha Dé Danann aux riches trésors, « Où acquirent-ils leur savoir ? » Ils atteignirent la véritable sagesse dans le druidisme, dans l’art démoniaque.
Iarbonel le Blanc, prophète d’excellence, fils de Nemed, fils d’Agnomain, dont le fils impétueux était Beothach aux ruses ; il était un guerrier prompt au combat, pleinement actif.
Les descendants de Beothach, dont la renommée était vive, atteignirent un très grand lieu de rassemblement ; après détresse et grande fatigue, ils achevèrent leur voyage jusqu’à Lochlann.
Quatre villes — gloire légitime — ils prirent au cours de leur route, avec grande puissance ; ils menaient volontiers le combat pour le savoir, pour la véritable connaissance.
Failias, et la pure Goirias, Findias, Murias aux grands exploits de vaillance : les noms des nobles cités furent les maîtres rudes de leurs enseignements.
Mórfessa et Esrus, les hauts, Usicias, Sémias, constamment rudes : avant que soient invoqués les noms de leur demeure, les noms des sages de toute demeure libre.
Mórfessa, le poète, à Failias même ; Esras, de bonne disposition, à Goirias ; Sémias à Murias, forteresse aux pointes d’épée ; Uscias, le poète blanc, à Findias.
Quatre présents, venus de là-bas, avaient avec eux les nobles des Túatha Dé Danann : une épée, une pierre, un chaudron de servantes, une lance destinée au sort des nobles champions.
La pierre de Fál, de Failias, là-bas, qui avait coutume de crier sous les rois d’Irlande ; l’épée de la main de Lug, qui vint de Goirias, excellente, très dure.
De Findias, loin par-delà la mer, fut apportée la lance de Lug, qui n’était pas insignifiante ; de Murias, un trésor immense et considérable, le chaudron du Dagda aux hauts faits.
Roi du Ciel, roi des faibles, la grande famille des rois des divisions royales ; celui qui possède l’endurance dans les haines et la puissance des beaux peuples.
Sources: • H. d'Arbois de Jubainville, (1883-1902) - Cours de littérature celtique, 12 vol., Paris, Ernest Thorin
• Ch.-J. Guyonvarc'h, (1980) - Textes mythologiques irlandais, Ogam - Celticum, 281p.
• Ph. Jouët, (2012) - Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, Yoran embanner, Fouesnant, 1039p.
• G. Keating, (1857) - The history of Ireland from the earliest period to the English invasion, (Trad: J. O'Mahony), P. M. Haverty, 746p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• R.A.S. Macalister, (1941) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland IV, 356p.
• J.-P. Persigout, (2009) - Dictionnaire de mythologie celtique, Imago, Paris, 411p.
• W. Stokes, '1891) - "The Second Battle of Moytura", Revue Celtique, vol. XII, p. 52-130 et 306-308.
• Royal Irish Academy. (1913-1976). Dictionary of the Irish Language, Based Mainly on Old and Middle Irish Materials, 7 volumes, Dublin, Royal Irish Academy.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique