Ossonoba — Ville de la province romaine de Lusitanie, il s'agît de l'actuelle Faro (Algarve, Portugal), sur l'ancien territoire de Cynètes, dans le sud-ouest de la péninsule ibérique.
Le terme latin aestuaria ne correspond pas exactement à notre notion moderne d’« estuaire ». Il désigne plus largement une zone soumise aux marées : lagunes littorales, chenaux, bras d’eau, marais côtiers ou systèmes amphibies. Dans le cas de Faro, cette désignation s’accorde bien avec la morphologie de la Ria Formosa, vaste système lagunaire côtier influencé par les marées atlantiques, mais ne correspondant pas à un estuaire fluvial classique comme ceux de la Seine ou de la Gironde.
Le Promontorium Cuneus des auteurs antiques est généralement identifié au secteur du Cabo de Santa Maria, c’est-à-dire la pointe sableuse et lagunaire associée aujourd’hui à la Ria Formosa et au littoral de Faro.
L’archéologie d’Ossonoba relève d’un véritable patchwork urbain. Sous le centre historique actuel de Faro ont été identifiés, notamment par prospection géophysique, les vestiges d’un temple romain intégré à un forum antique, révélant l’existence d’un noyau urbain structuré avec espaces publics et occupation continue du site. Toutefois, contrairement à des villes comme Évora, les vestiges antiques ne se présentent pas sous forme de monuments largement conservés en élévation, mais comme des structures enfouies sous la ville moderne, parfois fragmentaires ou seulement conservées en fondations.
Xavier Delamarre (2012, 2014, 2021) propose pour Ossonoba une étymologie d’apparence celtique, reposant sur un composé copulatif reconstruit *upso-nobʰā > *uχso-nobā. Le premier élément, uxso-, signifierait « haut », tandis que -noba renverrait à l’idée de « centre » ou d’« omphalos ». L’ensemble pourrait ainsi être interprété comme « haut-centre » ou « haut-omphalos », éventuellement dans un contexte cultuel ou symbolique. Cette interprétation demeure toutefois hypothétique.
Sources littéraires anciennes
Pline, Histoire naturelle, III, 7: "La Bétique, ainsi nommée du fleuve qui la traverse par le milieu, surpasse toutes les autres provinces par la richesse de sa culture et par un certain éclat de fertilité qui lui est particulier. Elle a quatre sièges de juridiction, à Cadix, à Cordoue, à Astigi, à Hispalis). Les villes y sont au nombre de 125, savoir : 9 colonies, 8 municipes, 25 villes auxquelles a été accordé le droit du Latium, 6 libres, 3 alliées, 120 sujettes au tribut. Voici ce qu'on y peut citer de remarquable, du moins nommer facilement en latin : A partir du fleuve Ana, le long du rivage de l'Océan, la ville d'Onoba, surnommée Aestuaria: les rivières de Luxia et d'Urium, qui coupent cet espace: les monts de sable, le fleuve Bétis ; le rivage de Core qui fait une sinuosité, en face de laquelle est Cadix, dont il sera question parmi les îles."
Pline, Histoire naturelle, IV, 116 :"Nations, les Celtiques, les Turdules, et, aux environs du Tagus, les Vettons. Du fleuve Ana au promontoire Sacré, les Lusitaniens ; ville remarquables sur la côte à partir du Tagus : Olisipo, célèbre par les cavales que le vent féconde ; Salacia, surnommée Impériale ; Merobrica, le promontoire Sacré et le promontoire Cuneus ; les villes d'Ossonoba, de Balsa, de Myrtilis."
Pomponius Mela, Description de la Terre, III, 5 :"Sur cette saillie on rencontre trois promontoires et deux golfes. Le promontoire voisin du fleuve Anas s'appelle Cuneus Ager, parce que, tenant à la terre par une large base, il s'allonge et se rétrécit insensiblement en forme de coin ; le suivant se nomme promontoire Sacré, et le troisième, Grand promontoire. Sur le premier sont Myrtili, Balsa, Ossonoba ; sur le second, Lacobriga et le Port d'Annibal ; sur le dernier, Ebora."
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2014) - "Notes d'onomastique gauloise", Études celtiques, vol.40, pp.41-52
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• F. Gaffiot, (1934) - Dictionnaire illustré latin-français, Larousse, 1719p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique