La Description de la Terre (De Chorographia) de Pomponius Mela - Livre III
DE CHOROGRAPHIA
DESCRIPTION DE LA TERRE
LIBER TERTIVS
LIVRE TROISIÈME
La côte extérieure de l'Hispanie.
[1] Dicta est ora Nostri maris, dictae insulae quas amplectitur. Restat ille circuitus quem initio diximus cingit oceanus. Ingens infinitumque pelagus it magnis aestibus concitum, ita enim motus eius adpellant, modo inundat campos modo late nudat ac refugit, non alios aliosque inuicem neque alternis accessibus nunc in hos nunc in illos toto impetu uersum, sed ubi in omnia litora, quamuis diuersa sint, terrarum insularumque ex medio pariter effusum est, rursus ab illis colligitur in medium et in semet ipsum redit, tanta ui semper inmissum, ut uasta etiam flumina retro agat, et aut terrestria deprehendat animalia aut marina destituat.
[1] J'ai passé en revue les côtes de notre mer et les îles qu'elle renferme : il me reste maintenant à décrire cette circonférence extérieure que l'Océan baigne de toutes parts, comme je l'ai dit en commençant. L'Océan est une mer immense, infinie, et sujette à deux grands mouvements alternatifs, qu'on appelle flux et reflux, par suite desquels tantôt elle inonde ses rivages, tantôt elle les fuit et les laisse à sec jusqu'à une grande distance ; et ces mouvements ne sont pas partiels, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas lieu successivement tantôt sur un rivage, tantôt sur un autre ; mais ils se font sentir en même temps sur toutes les côtes, quelque opposées qu'elles soient, des continents et des îles, soit dans le flux, soit dans le reflux, et avec une telle force, qu'elle refoule dans leur lit les fleuves les plus considérables, et qu'elle entraîne avec elle des animaux terrestres, ou jette sur le rivage des animaux marins.
[2] Neque adhuc satis cognitum est, anhelitune id suo mundus efficiat, retractamque cum spiritu regerat undam undique, si, ut doctioribus placet, unum animal est, an sint depressi aliqui specus, quo reciprocata maria residant, atque unde se rursus exuberantia adtollant, an luna causas tantis meatibus praebeat. At ortus certe eius occasusque uariantur neque eodem adsidue tempore, sed ut illa surgit ac demergitur ita recedere atque aduentare conperimus.
[2] On ne sait guère encore si c'est le monde qui, étant animé, comme le supposent certains philosophes, attire et repousse les eaux de toutes parts par une sorte d'aspiration et d'expiration, ou s'il existe au fond de l'Océan quelques grandes cavernes qui les absorbent et les rejettent alternativement, ou enfin si la lune n'est pas la cause de ce grand ébranlement. Ce qui est certain, c'est que le flux et le reflux ne sont pas réguliers, et qu'ils suivent les différentes phases de cette planète.
[3] Huc egressos sequentesque ea quae exeuntibus dextra sunt, aequor Atlanticum et ora Baeticae frontis excipit, quae nisi quod semel iterumque paululum in semet abducitur usque ad fluuium Anam paene recta est. Turduli et Bastuli habitant.
[3] En sortant du détroit, on passe dans la mer Atlantique, sur laquelle on rencontre, à droite, les côtes de la Bétique, qui, sans deux petits golfes, formeraient une ligne droite jusqu'au fleuve Anas. Elles sont habitées par les Turdules et les Bastules.
[4] In proximo sinu portus est quem Gaditanum, et lucus quem Oleastrum adpellant, tum castellum Ebora in litore et procul a litore Hasta colonia. Extra Iunonis ara templumque est, in ipso mari monumentum Caepionis scopulo magis quam insulae impositum. Baetis ex Tarraconensi regione demissus per hanc fere mediam diu sicut nascitur uno amne decurrit, post ubi non longe a mari grandem lacum fecit, quasi ex nouo fonte geminus exoritur, quantusque simplici alueo uenerat tantus singulis effluit. Tum sinus alter usque ad finem prouinciae inflectitur, eumque parua oppida Olintigi, Onolappa contingunt. at Lusitania trans Anam, qua mare Atlanticum spectat, primum ingenti impetu in altum abit, dein resistit ac se magis etiam quam Baetica abducit.
[4] Sur le premier des deux golfes est un pont appelé Gaditanus et un bois qu'on nomme Oleastrum. Plus loin, près de la mer, est le fort Ebora, et, à quelque distance du rivage, la colonie d'Asta. Au-delà, sont un autel et un temple consacrés à Junon, d'où l'on aperçoit en mer la forteresse de Coepion, assise plutôt sur un écueil que dans une île. Le Baetis, qui commence dans la Tarraconnaise, et la traverse à peu près par le milieu, coule longtemps dans un seul lit et tel qu'il est à sa naissance ; mais, à peu de distance de la mer, il forme un grand lac, d'où il sort comme d'une source en se divisant en deux branches, dont chacune est aussi large que le fleuve entier l'était avant le partage. L'autre golfe s'étend jusqu'à l'extrémité de la province, et baigne les petites villes d'Olintigi, d'Onoba et de Laepa. La Lusitanie, qui commence au delà du fleuve Anas, forme d'abord une grande saillie dans la mer Atlantique ; puis elle se replie sur elle-même, et s'enfuit vers l'orient encore plus loin que la Bétique.
[5] Qua prominet bis in semet recepto mari in tria promunturia dispergitur : Anae proximum, quia lata sede procurrens paulatim se ac sua latera fastigat, Cuneus ager dicitur, sequens Sacrum uocant, Magnum quod ulterius est, in Cuneo sunt Myrtili, Balsa, Ossonoba, in Sacro Caetobriga et Portus Hannibalis, in Magno Ebora.
[5] Sur cette saillie on rencontre trois promontoires et deux golfes. Le promontoire voisin du fleuve Anas s'appelle Cuneus Ager, parce que, tenant à la terre par une large base, il s'allonge et se rétrécit insensiblement en forme de coin ; le suivant se nomme promontoire Sacré, et le troisième, Grand promontoire. Sur le premier sont Myrtili, Balsa, Ossonoba ; sur le second, Lacobriga et le Port d'Annibal ; sur le dernier, Ebora.
[6] Sinus intersunt : et est in proximo Salacia, in altero Ulisippo et Tagi ostium, amnis gemmas aurumque generantis. Ab his promunturiis in illam partem quae recessit, ingens flexus aperitur, in eoque sunt Turduli ueteres Turdulorumque oppida, amnes autem in medium fere ultimi promunturii latus effluens Munda, et radices eiusdem adluens Durius. Frons illa aliquamdiu rectam ripam habet, dein modico flexu accepto mox paululum eminet, tum reducta iterum iterumque recto margine iacens ad promunturium quod Celticum uocamus extenditur.
[6] Quant aux golfes qui les séparent, l'un baigne Salacie, l'autre Ulyssippo, près de l'embouchure du Tage, fleuve qui roule de l'or et des pierres précieuses. Au-delà, jusqu'à la partie de la Lusitanie la plus reculée dans les terres, commence une grande courbe, sur laquelle sont les anciens Turdules et les petites villes des Turdules ; on y voit aussi les deux fleuves Monda et Durius, dont le premier se jette dans la mer à peu près au milieu du flanc septentrional du dernier promontoire, et le second a son embouchure près de sa base. Ce côté du promontoire s'étend en ligne droite jusqu'à une certaine distance, et cette ligne droite n'est interrompue que par deux petites courbures jusqu'au promontoire que nous appelons Celtique.
[7] Totam Celtici colunt, sed a Durio ad flexum Groui, fluuntque per eos Auo, Celadus, Nebis, Minius et cui obliuionis cognomen est Limia. Flexus ipse Lambriacam urbem amplexus recipit fluuios Laeron et Ullam. Partem quae prominet Praesamarchi habitant, perque eos Tamaris et Sars flumina non longe orta decurrunt, Tamaris secundum Ebora portum, Sars iuxta turrem Augusti titulo memorabilem. Cetera super Tamarici Nerique incolunt in eo tractu ultimi. Hactenus enim ad occidentem uersa litora pertinent.
[7] Elle est habitée jusqu'à la première sinuosité par les Celtes, et au delà, à partir de l'embouchure du fleuve Durius, par les Groviens, dont le territoire est arrosé par l'Avon, le Celadus, le Naebis, le Minius, et le Limia, surnommé fleuve d'Oubli. L'enfoncement que forme cette sinuosité, comprend la ville de Lambriaca et les embouchures du Laeros et de l'Ulla. La partie saillante qui le suit est habitée par les Praesamarques, dont le pays est traversé par le Tamaris et le Sars, fleuves qui n'ont qu'un cours de peu d'étendue. Le premier se jette dam la mer près du port Ebora, et le second près d'une tour consacrée par le nom d'Auguste. Le reste de la côte est habité par les Tamariques et par les Nériens, qui sont les derniers peuples qu'on y rencontre. Car là se termine la côte qui fait face à l'occident.
[8] Deinde ad septentriones toto latere terra conuertitur a Celtico promunturio ad Pyrenaeum usque. Perpetua eius ora, nisi ubi modici recessus ac parua promunturia sunt, ad Cantabros paene recta est.
[8] Celle qui suit regarde le nord dans toute sa longueur, c'est-à-dire depuis le promontoire Celtique jusqu'au Pyrénée. Sans quelques petits angles saillants et rentrants, elle serait à peu près droite d'un bout à l'autre jusqu'au pays des Cantabres.
[9] In ea primum Artabri sunt etiamnum Celticae gentis, deinde Astyres. In Artabris sinus ore angusto admissum mare non angusto ambitu excipiens Adrobricam urbem et quattuor amnium ostia incingit : duo etiam inter accolentis ignobilia sunt, per alia Ducanaris exit et Libyca. In Astyrum litore Noega est oppidum, et tres arae quas Sestianas uocant in paene insula sedent et sunt Augusti nomine sacrae inlustrantque terras ante ignobiles.
[9] On y trouve d'abord les Artabres, qui appartiennent aussi à la nation celtique, et, après eux, les Astures. Les Artabres ont un golfe d'une ouverture étroite, mais d'une large enceinte, sur lequel on voit La ville d'Adobrica, et quatre embouchures de fleuves, dont deux sont peu connues même des habitants, et dont les deux autres sont celles du Mearus et de l'Ivia. Sur les rivages des Astures sont la petite ville de Noega et trois autels appelés Sestiains. Ces autels, élevés dans une presqu'île en l'honneur d'Auguste, illustrent de nos jours une contrée auparavant obscure.
[10] At ab eo flumine quod Saliam uocant incipiunt orae paulatim recedere, et latae adhuc Hispaniae magis magisque spatia contrahere, usque adeo semet terris angustantibus, ut earum [rerum] spatium inter duo maria dimidio minus sit qua Galliam tangunt quam ubi ad occidentem litus exporrigunt.
[10] A partir d'un fleuve qu'on appelle Salia, les côtes commencent à se replier peu à peu, et l'Hispanie, encore assez large en cet endroit, se resserre de plus en plus entre les deux mers, de telle sorte que, là où elle touche à la Gaule, elle est moins étendue de moitié que dans sa partie occidentale.
[11] Tractum Cantabri et Vardulli tenent : Cantabrorum aliquot populi amnesque sunt sed quorum nomina nostro ore concipi nequeant. Per eundi et Salaenos Saunium, per Autrigones et Orgenomescos Namnasa descendit, et Deuales Tritino Bellunte cingit, et Decium Aturia Sonans Sauso et Magrada. Vardulli una gens hinc ad Pyrenaei iugi promunturium pertinens cludit Hispanias.
[11] Ces côtes sont habitées par les Cantabres et les Vardules. On remarque chez les Cantabres quelques peuples et quelques fleuves, mais leurs noms ne peuvent être exprimés dans notre langue. Le Saunium traverse le pays des Concanes et des Salènes, et le Nanasa celui des Autrigons et des Origénomesques. Le Deva baigne Tritium Tobolicum ; l'Aturia, Decium, et le Magrada, Oeason. Les Vardules, qui ne forment qu'un seul corps de nation, s'étendent de là jusqu'au promontoire du Pyrénée, et terminent les Hispanies.
La côte extérieure de la Gaule.
[12] Sequitur Galliae latus alterum, cuius ora primo nihil progressa in altum mox tantundem paene in pelagus excedens quantum retro Hispania abscesserat, Cantabricis fit aduersa terris, et grandi circuitu adflexa ad occidentem litus aduertit. Tunc ad septentriones conuersa iterum longo rectoque tractu ad ripas Rheni amnis expanditur.
[12] Vient ensuite la seconde région de la Gaule, dont la côte continue d'abord celle de l'Hispanie, puis se détourne, et s'avance dans la mer à peu près autant que l'Hispanie s'en était éloignée, en décrivant vers l'occident une grande courbe, qui correspond au pays des Cantabres. Le reste fait face au septentrion, et s'étend en ligne droite jusqu'aux rives du Rhin.
[13] Terra est frumenti praecipue ac pabuli ferax et amoena lucis inmanibus. Quidquid ex satis frigoris inpatiens est aegre nec ubique alit, salubris, et noxio genere animalium minime frequens.
[13] Ce pays, fertile en blé et en pâturages, est agréablement diversifié par des sacrifices consacrés au culte des dieux. Les végétaux sensibles au froid y croissent difficilement, et même ne poussent pas partout ; sa température est salubre, les animaux malfaisants y sont très rares.
[14] Gentes superbae superstitiosae aliquando etiam immanes adeo, ut hominem optimam et gratissimam diis uictimam crederent. Manent uestigia feritatis iam abolitae, atque ut ab ultimis caedibus temperant, ita nihilominus, ubi deuotos altaribus admouere, delibant. Habent tamen et facundiam suam magistrosque sapientiae druidas.
[14] Elle est habitée par des peuples fiers, superstitieux, et autrefois si barbares, qu'ils regardaient les sacrifices, humains, comme le genre d'holocauste le plus efficace et le plus agréable aux dieux. Cette coutume abominable n'existe plus, mais il en reste encore des traces : car, s'ils s'abstiennent d'immoler les hommes qu'ils dévouent, ils les conduisent néanmoins à l'autel, et les y déchirent avec les dents. Cependant les Gaulois ont une certaine érudition et des maîtres de sagesse, les Druides.
[15] Hi terrae mundique magnitudinem et formam, motus caeli ac siderum et quid dii uelint, scire profitentur. Docent multa nobilissimos gentis clam et diu, uicenis annis, aut in specu aut in abditis saltibus. Vnum ex his quae praecipiunt in uulgus effluxit, uidelicet ut forent ad bella meliores, aeternas esse animas uitamque alteram ad manes. Itaque cum mortuis cremant ac defodiunt apta uiuentibus. Olim negotiorum ratio etiam et exactio crediti deferebatur ad inferos, erantque qui se in rogos suorum uelut una uicturi libenter inmitterent. Regio quam incolunt omnis Comata Gallia. Populorum tria summa nomina sunt, terminanturque fluuiis ingentibus. Namque a Pyrenaeo ad Garunnam Aquitani, ab eo ad Sequanam Celtae, inde ad Rhenum pertinent Belgae. Aquitanorum clarissimi sunt Ausci, Celtarum Haedui, Belgarum Treueri, urbesque opulentissimae in Treueris Augusta, in Haeduis Augustodunum, in Auscis Eliumberrum.
[15] Ces maîtres font profession de connaître la grandeur et la forme de la terre et du monde, les révolutions du ciel et des astres, et la volonté des dieux. Ils communiquent une foule de connaissances aux plus distingués de la nation, qu'ils instruisent secrètement et pendant vingt années au fond des cavernes ou des bois les plus retirés. Le seul dogme qu'ils enseignent publiquement, c'est l'immortalité de l'âme et l'existence d'une autre vie : sans doute, afin de rendre le peuple plus propre à la guerre. De là vient que les Gaulois brûlent et enterrent avec les morts tout ce qui est à l'usage des vivants, et qu'autrefois ils ajournaient jusque dans l'autre monde l'exécution des contrats ou le remboursement des prêts. Il y en avait même qui se précipitaient gaîment sur les bûchers de leurs parents, comme pour continuer de vivre avec eux. Tout ce pays prend le nom de Gaule Chevelue. Quant aux peuples qui l'habitent, ils sont connus sous trois grandes dénominations, et sont séparés entre eux par des fleuves considérables. Du Pyrénée à la Garonne, ce sont les Aquitains ; de la Garonne à la Seine, les Celtes ; de la Seine au Rhin, les Belges. Les Ausciens tiennent le premier rang dans l'Aquitaine ; les Éduens parmi les Celtes, et les Trévériens parmi les Belges. Leurs villes les plus florissantes sont Augusta chez les Trévériens, Augustodunum chez les Éduens, et Elimberrum chez les Ausciens.
[16] Garunna ex Pyrenaeo monte delapsus, nisi cum hiberno imbre aut solutis niuibus intumuit, diu uadosus et uix nauigabilis fertur. At ubi obuius oceani exaestuantis accessibus adauctus est, isdemque retro remeantibus suas illiusque aquas agit, aliquantum plenior, et quanto magis procedit eo latior fit, ad postremum magni freti similis ; nec maiora tantum nauigia tolerat, uerum more etiam pelagi saeuientis exsurgens iactat nauigantes atrociter, utique si alio uentus alio unda praecipitat.
[16] La Garonne, qui descend du mont Pyrénée, est guéable et peu navigable dans une grande partie de son cours, à moins qu'elle ne soit grossie par les pluies d'hiver ou par la fonte des neiges. Mais lorsque, dans le voisinage de l'Océan, après s'être accrue des eaux de la marée montante, elle roule ensuite ses eaux avec celles de la marée descendante, elle s'enfle et s'élargit à mesure qu'elle approche de la mer, et devient semblable à un large détroit, de sorte que non seulement alors elle porte des navires considérables, mais, comme une mer orageuse, elle les ballotte d'une manière affreuse, surtout quand le vent souffle dans une direction contraire à celle de son cours.
[17] In eo est insula Antros nomine, quam pendere et adtolli aquis increscentibus ideo incolae existimant, quia cum uideantur editiora quis obiacet, ubi se fluctus impleuit, illa operit, haec ut prius tantum ambitur, et quod ea quibus ante ripae collesque ne cernerentur obstiterant, tunc uelut ex loco superiore perspicua sunt.
[17] Il existe, dans le lit de ce fleuve, une île, appelée Antros, qui, dans l'opinion des habitants, est suspendue sur les eaux et s'élève avec elles au temps de la crue. Cette opinion est fondée sur ce que les lieux environnants, qui la dominent d'ordinaire, sont couverts. d'eau quand la Garonne est grosse, tandis que l'île surnage et domine à son tour les rivages et les collines, qui auparavant bornaient sa vue.
[18] Ab Garunnae exitu latus illud incipit terrae procurrentis in pelagus et ora Cantabricis aduersa litoribus, aliis populis media eius habitantibus, ab Santonis ad Ossismos usque deflexa. Ab illis enim iterum ad septentriones frons litorum respicit, pertinetque ad ultimos Gallicarum gentium Morinos, nec portu quem Gesoriacum uocant quidquam notius habet.
[18] C'est à l'embouchure de la Garonne que les rivages commencent à s'avancer dans la mer et à décrire cette courbe qui fait face à la côte des Cantabres, et s'étend depuis le pays des Santons jusqu'à celui des Osismiens. L'intervalle qui sépare ces deux pays est habité par d'autres peuples. Ensuite les rivages regardent le septentrion jusqu'au pays des Morins, la dernière nation de la Gaule. Le port appelé Gesoriacum est ce qu'il y a de plus connu sur cette côte.
[19] Rhenus Alpibus decidens prope a capite duos lacus efficit Venetum et Acronum. Mox diu solidus et certo alueo lapsus haud procul a mari huc et illuc dispergitur, sed ad sinistram amnis etiamnum et donec effluat Rhenus, ad dextram primo angustus et sui similis, post ripis longe ac late recedentibus iam non amnis sed ingens lacus ubi campos impleuit Fleuo dicitur, eiusdemque nominis insulam amplexus fit iterum artior iterumque fluuius emittitur.
[19] Le Rhin, qui descend des Alpes, forme tout d'abord les lacs Vénétien et Acronien. Il coule ensuite, et toujours dans un même lit, jusqu'à l'endroit où, près de la mer, il se divise en deux branches, dont la droite retient la forme d'un fleuve et le nom de Rhin jusqu'à son embouchure, et la gauche, après avoir conservé pendant quelque temps sa forme et son cours naturel, s'étend en long et en large dans la plaine, et devient un grand lac, qu'on appelle Flevo ; puis, après avoir baigné une île du même nom, reprend sa forme ordinaire et se jette dans l'Océan.
La Germanie.
[20] Germania hinc ripis eius usque ad Alpes, a meridie ipsis Alpibus, ab oriente Sarmaticarum confinio gentium, qua septentrionem spectat oceanico litore obducta est.
[20] Du côté de la Gaule, la Germanie est bornée par le Rhin, depuis l'embouchure de ce fleuve jusqu'aux Alpes ; au midi, par les mêmes montagnes ; à l'orient, par les nations sarmatiques ; au nord, par l'Océan.
[21] Qui habitant immanes sunt animis atque corporibus, et ad insitam feritatem uaste utraque exercent, bellando animos, corpora adsuetudine laborum maxime frigoris. Nudi agunt antequam puberes sint, et longissima apud eos pueritia est. Viri sagis uelantur aut libris arborum, quamuis saeua hieme.
[21] Elle est habitée par des hommes durs et robustes, qui cherchent dans la guerre un aliment à leur férocité naturelle, et dans les fatigues un exercice à la vigueur de leur corps. Ils se plaisent surtout à braver le froid, et vont tout nus jusqu'à l'âge de puberté, qui est, chez eux, très tardif. Devenus hommes, ils se couvrent d'une simple saie ou d'écorce d'arbre, même dans les temps les plus rigoureux de l'hiver.
[22] Nandi non patientia tantum illis, studium etiam est. Bella cum finitimis gerunt, causas eorum ex libidine arcessunt, neque inperitandi prolatandique quae possident, nam ne illa quidem enixe colunt, sed ut circa ipsos quae iacent uasta sint.
[22] Nager est pour eux plus qu'un exercice, c'est une passion. Ils font la guerre à leurs voisins, sans autre motif que la fantaisie, non pour les soumettre à leur joug ou pour étendre leur territoire, car ils sont assez insouciants, même de ce qu'ils possèdent, mais pour n'avoir autour d'eux que des déserts.
[23] Ius in uiribus habent, adeo ut ne latrocinii quidem pudeat, tantum hospitibus boni, mitesque supplicibus. Victu ita asperi incultique, ut cruda etiam carne uescantur aut recenti, aut cum rigentem in ipsis pecudum ferarumque coriis, manibus pedibusque subigendo renouarunt.
[23] Ils ne connaissent pas d'autre loi que la force, et ne se font aucun scrupule du brigandage ; ils ne sont bons que pour leurs hôtes, et traitables que pour ceux qui les supplient. Leur manière de vivre est âpre et grossière, au point qu'ils mangent toute crue la chair de leurs troupeaux et des bêtes fauves, se contentant, lorsqu'elle n'est plus fraîche, de la pétrir avec les mains et les pieds, sans la dépouiller de son cuir.
[24] Terra ipsa multis inpedita fluminibus, multis montibus aspera et magna ex parte siluis ac paludibus inuia. Paludium Suesia, Metia et Melsyagum maximae, siluarum Hercynia et aliquot sunt, quae nomen habent, sed illa dierum sexaginta iter occupans, ut maior aliis ita notior.
[24] Le sol est entrecoupé d'une multitude de fleuves, hérissé de montagnes, et en grande partie impraticable à cause des bois et des marais. Ses plus grands marais sont le Suesia, l'Estia et le Melsiagum ; ses forêts les plus étendues sont l'Hercynie, et quelques autres, qui ont aussi un nom ; mais, comme celle-là couvre un terrain de soixante jours de marche, et qu'elle est la plus considérable, elle est aussi la plus connue.
[25] Montium altissimi Taunus et Retico, nisi quorum nomina uix est eloqui ore Romano. Amnium in alias gentes exeuntium Danuuius et Rhodanus, in Rhenum Moenis et Lupia, in oceanum Amissis, Visurgis et Albis clarissimi.
[25] Ses plus hautes montagnes sont le Taunus et le Rhéticon ; les autres ont des noms que nous ne pouvons guère exprimer dans notre langue. Ses fleuves les plus célèbres sont le Danube et le Rhône, qui passent dans d'autres pays ; le Moenis et la Lupia, qui se jettent dans le Rhin ; l'Amisius, le Visurgis et l'Albis, qui se perdent dans l'Océan.
[26] Super Albim Codanus ingens sinus magnis paruisque insulis refertus est. Hac re mare quod gremio litorum accipitur nusquam late patet nec usquam mari simile, uerum aquis passim interfluentibus ac saepe transgressis uagum atque diffusum facie amnium spargitur ; qua litora adtingit, ripis contentum insularum non longe distantibus et ubique paene tantundem, it angustum et par freto, curuansque se subinde longo supercilio inflexum est.
[26] Au-dessus de l'Albis est le grand golfe Codan, semé d'îles grandes et petites : c'est pour cela que la mer qui baigne ces îles n'a nulle part beaucoup de largeur, et ressemble moins à une mer qu'à une multitude de rivières qui se croisent dans tous les sens et sortent de leur lit en plusieurs endroits. Près du rivage, cette mer, resserrée par des îles peu et presque partout également éloignées du continent, ne paraît être qu'un détroit, et, dans la courbe qu'elle décrit, présente la forme d'un long sourcil.
[27] In eo sunt Cimbri et Teutoni, ultra ultimi Germaniae Hermiones.
[27] Dans ce golfe sont les Cimbres et les Teutons, au delà desquels sont les Hermions, à l'extrémité de la Germanie.
La Sarmatie.
[28] Sarmatia intus quam ad mare latior, ab his quae secuntur Vistula amne discreta, qua retro abit usque ad Histrum flumen inmittitur. Gens habitu armisque Parthicae proxima, uerum ut caeli asperioris ita ingenii.
[28] La Sarmatie, plus large dans l'intérieur que sur les bords de la mer, est séparée des contrées suivantes par la Vistule, et s'étend au midi jusqu'à l'Ister. Les Sarmates ont, dans leurs vêtements et dans leur armure, beaucoup de ressemblance avec les Parthes, mais, comme leur climat, leur caractère est plus âpre ; ils n'ont ni villes ni demeures fixes.
[29] Non se urbibus tenent et ne statis quidem sedibus. Vt inuitauere pabula, ut cedens ut sequens hostis exegit, ita res opesque secum trahens semper castra habitant ; bellatrix libera indomita et usque eo inmanis atque atrox, ut feminae etiam bella cum uiris ineant ; atque ut habiles sint, natis statim dextra aduritur mamma. Inde expedita in ictus manus quae exseritur, uirile fit pectus.
[29] Soit qu'ils conduisent leurs troupeaux dans les pâturages, soit qu'ils poursuivent leurs ennemis ou qu'ils fuient devant eux, ils traînent çà et là tout ce qu'ils possèdent, et vivent campés. C'est une nation guerrière, libre, indomptable, et d'un caractère si dur et si barbare, que les femmes mêmes vont à la guerre avec les hommes. On les y prépare dès leur naissance, en leur brûlant la mamelle droite, afin qu'ayant cette partie du corps conformée comme les hommes, elles puissent mouvoir avec plus d'agilité le bras destiné à frapper.
[30] Arcus tendere equitare uenari puellaria pensa sunt ; ferire hostem adultarum stipendium est, adeo ut non percussisse pro flagitio habeatur, sitque eis poenae uirginitas. /td>
[30] Tendre l'arc, monter à cheval, aller à la chasse, voilà ce qui remplace, dans leur enfance, la quenouille et le fuseau ; adultes, on les enrégimente, et elles sont condamnées à la virginité, comme à une peine infamante, jusqu'à ce qu'elles aient donné la mort à un ennemi.
La Scythie.
[31] Inde Asiae confinia, nisi ubi perpetuae hiemes sedent et intolerabilis rigor, Scythici populi incolunt, fere omnes et in unum Belcae adpellati. In Asiatico litore primi Hyperborei super aquilonem Riphaeosque montes sub ipso siderum cardine iacent ; ubi sol non cotidie ut nobis sed primum uerno aequinoctio exortus, autumnali demum occidit ; ideo sex mensibus dies et totidem aliis nox usque continua est.
[31] Les extrémités de l'Europe qui confinent à l'Asie, sont partout habitées par des peuples scythiques, presque généralement connus sous le nom de Belces, à l'exception de ces plages que des neiges éternelles et l'extrême rigueur du froid rendent tout à fait inhabitables. Les premiers peuples que l'on rencontre sur les rivages de l'Asie sont les Hyperboréens directement placés sous le pôle, au delà de l'Aquilon et des monts Riphées. Ils ne voient pas, comme nous, le soleil se lever et se coucher dans l'espace de douze heures ; mais ils ont des jours de six mois, depuis l'équinoxe de printemps jusqu'à l'équinoxe d'automne, et des nuits d'égale durée, depuis l'équinoxe d'automne jusqu'à l'équinoxe de printemps.
[32] Terra angusta aprica per se fertilis. Cultores iustissimi et diutius quam ulli mortalium et beatius uiuunt. Quippe festo semper otio laeti non bella nouere non iurgia, sacris operati maxime Apollinis, quorum primitias Delon misisse initio per uirgines suas, deinde per populos subinde tradentes ulterioribus, moremque eum diu et donec uitio gentium temeratus est seruasse referuntur. Habitant lucos siluasque, et ubi eos uiuendi satietas magis quam taedium cepit, hilares redimiti sertis semet ipsi in pelagus ex certa rupe praecipitant.
[32] Leur pays est sacré ; leur température est douce, et leur sol naturellement fertile. Religieux observateurs de la justice, ils coulent des jours plus longs et plus heureux que le reste des hommes. En effet, toujours dans la paix et dans les fêtes, ils, ignorent ce que c'est que guerre et dissension ; pleins de piété envers les dieux, ils honorent surtout Apollon. On rapporte qu'autrefois ils envoyaient à Délos les prémices de leurs victimes ; que, dans les premiers temps, ils confiaient à quelques jeunes vierges du pays le soin de les porter, mais qu'ensuite ils se servirent de l'entremise des peuples intermédiaires qui se les passaient de proche en proche, et qu'il en fut ainsi jusqu'au moment où l'infidélité de nations dépravées les força de renoncer à leur pieuse coutume. Ils passent leur vie dans les bois sacrés et dans les forêts, et, dès qu'ils se sentent rassasiés, plutôt que dégoûtés, de vivre, le front ceint d'une guirlande de fleurs, ils vont gaiement se précipiter dans la mer du haut d'un certain rocher c'est le genre de mort le plus distingué.
[33] Id eis funus eximium est. Mare Caspium ut angusto ita longo etiam freto primum terras quasi fluuius inrumpit, atque ubi recto alueo influxit, in tres sinus diffunditur : contra os ipsum in Hyrcanium, ad sinistram in Scythicum, ad dextram in eum quem proprie totius nomine Caspium adpellant ; omne atrox saeuum sine portibus, procellis undique expositum, ac beluis magis quam cetera refertum et ideo minus nauigabile. Ad introeuntium dextram Scythae Nomades freti litoribus insident.
[33] La mer Caspienne s'introduit dans les terres par un canal étroit, mais très long, et semblable à un fleuve ; puis, après avoir coulé en ligne directe, comme dans un lit, elle forme trois golfes, savoir : en face de l'embouchure du canal dont je viens de parler, le golfe, Hyrcanien ; à gauche, le golfe Scythique ; à droite, celui qu'on appelle proprement Caspien, du nom même de cette mer. Elle est partout terrible, intraitable, sans ports, exposée de toutes parts aux tempêtes, abondante plus qu'aucune autre en monstres marins, et par conséquent moins navigable. On rencontre d'abord, à droite, les Scythes nomades, campés sur les rivages du détroit ;
[34] Intus sunt ad Caspium sinum Caspii et Amazones sed quas Sauromatidas adpellant, ad Hyrcanium Albani et Moschi et Hyrcani, in Scythico Amardi et Pestici et iam ad fretum Derbices. Multi in eo sinu magni paruique amnes fluunt, sed qui famam habeat ex Ceraunis montibus uno alueo descendit, duobus exit in Caspium.
[34] dans l'intérieur, sur le golfe Caspien, les Caspiens et les Amazones Sauromatides ; sur le golfe Hyrcanien, les Albaniens, les Mosques et les Hyrcaniens ; sur le golfe Scythique, les Amardins et les Paesices, et enfin, sur le détroit, les Derbices. Ce golfe reçoit une multitude de fleuves grands et petits, dont je citerai les plus remarquables. Le Rha, qui descend des monts Cérauniens, coule d'abord dans un seul lit, et se jette ensuite dans la mer par deux embouchures.
[35] Araxes Tauri latere demissus, quoad campos Armeniae secat, labitur placidus et silens, neque in utram partem eat, quamquam intuearis, manifestus ; cum in asperiora deuenit, hinc atque illinc rupibus pressus, et quanto angustior tanto magis pernix frangit se subinde ad opposita cautium, atque ob id ingenti cum murmure sonansque deuoluitur, adeo citus, ut qua ex praecipiti in subiecta casurus est, non declinet statim undam, sed ultra quam canalem habet euehat, plus iugeri spatio sublimis et aquis pendentibus semet ipse sine alueo ferens ; deinde ubi incuruus arcuatoque amne descendit, fit tranquillus, iterumque per campos tacitus et uix fluens in id litus elabitur. Cyrus et Cambyses ex radicibus Coraxici montis uicinis fontibus editi [et] in diuersa abeunt, perque Hiberas et Hyrcanos diu et multum distantibus alueis defluunt, post non longe a mari eodem lacu accepti in Hyrcanium sinum uno ore perueniunt.
[35] L'Araxe, sorti des flancs du Taurus, traverse lentement et sans bruit les plaines de l'Arménie, à tel point qu'on serait embarrassé de dire de quel côté il avance ; plus loin, forcé de se frayer un chemin à travers des défilés étroits, il accélère son mouvement à mesure qu'il se resserre, se brise sur les rochers qu'il rencontre, et roule ses eaux retentissantes avec une telle impétuosité, qu'arrivé au bord d'un précipice, au lieu de suivre le penchant de la montagne, il s'élance au delà de son lit et reste suspendu dans la longueur de plus d'un arpent ; puis, après avoir, décrit la courbe d'un arc, tombe et redevient paisible et silencieux jusqu'à son embouchure sur ce rivage. Le Cyrus et le Cambyse, issus de deux sources voisines au pied du mont Coraxique, se séparent ensuite et coulent longtemps, à une grande distance l'un de l'autre, à travers l'Ibérie et l'Hyrcanie ; puis, se réunissant dans un même lac, non loin de la mer, ils se jettent dans le golfe Hyrcanien par une même embouchure.
[36] Iaxartes et Oxos per deserta Scythiae ex Sugdianorum regionibus in Scythicum exeunt, ille suo fonte grandis, hic incursu aliorum grandior, et aliquamdiu ad occasum ab oriente occurrens iuxta Dahas primum inflectitur, cursuque ad septentrionem conuerso inter Amardos et Pesticos os aperit. Siluae alia quoque dira animalia uerum et tigres ferunt utique Hyrcaniae, saeuum ferarum genus et usque eo pernix, ut illis longe quoque praegressum equitem consequi nec tantum semel sed aliquotiens etiam cursu unde coeperit subinde repetito solitum et facile sit. Causa ex eo est, quod ubi ille interceptos earum catulos citus coepit auehere, et rabiem adpropinquantium astu frustraturus unum de pluribus omisit, hae proiectum excipiunt et ad cubilia sua referunt, rursumque et saepius remeant atque idem efficiunt, donec ad frequentiora quam adire audeant profugus raptor euadat.
[36] L'Iaxartes et l'Oxus viennent de la Sogdiane, à travers les déserts de la Scythie, se perdre dans le golfe Scythique : le premier est considérable par lui-même ; le second l'est encore plus, mais il emprunte une partie de ses eaux à des fleuves tributaires. Après avoir parcouru un assez long espace d'orient en occident, il se détourne un moment vers les Dahes, puis, remontant vers le nord, il va se jeter dans la mer entre les Amardins et les Paesices. Les forêts recèlent plusieurs sortes d'animaux terribles, même des tigres, surtout dans l'Hyrcanie. Le tigre est extraordinairement féroce, et d'une telle vitesse, qu'il peut avec facilité atteindre un cavalier fort éloigné, même après être retourné plusieurs fois sur ses pas jusqu'au lieu d'où il était parti. S'il arrive, en effet, qu'un ravisseur adroit enlève les petits d'une tigresse, et que, pour déjouer sa rage par la ruse, il en jette çà et là quelques-uns sur la route, elle ramasse le premier qu'elle rencontre et retourne le déposer dans sa tanière, revient à la charge, retourne encore, et n'abandonne le ravisseur que lorsque, à l'aspect des habitations, elle n'ose se hasarder plus avant.
[37] Vltra Caspium sinum quidnam esset, ambiguum aliquamdiu fuit, idemne oceanus an tellus infesta frigoribus sine ambitu ac sine fine proiecta.
[37] On a douté assez longtemps si, au delà de la mer Caspienne, tout était océan, ou si c'était une terre sans circonférence ni terme, et glacée par le froid.
[38] Sed praeter physicos Homerumque qui uniuersum orbem mari circumfusum esse dixerunt, Cornelius Nepos ut recentior, auctoritate sic certior ; testem autem rei Quintum Metellum Celerem adicit, eumque ita rettulisse commemorat : cum Galliae pro consule praeesset, Indos quosdam a rege Botorum dono sibi datos ; unde in eas terras deuenissent requirendo cognosse, ui tempestatium ex Indicis aequoribus abreptos, emensosque quae intererant, tandem in Germaniae litora exisse. Restat ergo pelagus, sed reliqua lateris eiusdem adsiduo gelu durantur et ideo deserta sunt.
[38] Mais à l'autorité des anciens philosophes et d'Homère, qui ont prétendu que la terre était de tous côtés environnée par la mer, on peut ajouter celle de Cornélius Népos, qui, étant plus moderne, est par conséquent plus sûr. O, cet auteur rapporte, à l'appui de cette opinion, le témoignage de Q. Metellus Celer, auquel il fait dire qu'étant proconsul dans la Gaule, le roi des Bètes lui fit présent de quelques Indiens, et que, s'étant informé d'où ils étaient venus, il apprit que, les tempêtes les ayant emportés loin de la mer des Indes, ils avaient été jetés, après un long trajet, sur les rivages de la Germanie. Le reste de la côte asiatique est donc baigné au nord par une mer sans bornes ; mais cette partie est couverte de glaces éternelles, et par conséquent déserte.
Les îles de l'Hispanie extérieure et de l'océan Septentrional.
[39] His oris quas angulo Baeticae adhuc usque perstrinximus multae ignobiles insulae et sine nominibus etiam adiacent, sed earum quas praeterire non libeat Gades fretum adtingit, eaque angusto spatio et ueluti flumine a continenti abscissa qua terris propior est paene rectam ripam agit, qua oceanum spectat duobus promunturiis euecta in altum, medium litus abducit, et fert in altero cornu eiusdem nominis urbem opulentam, in altero templum Aegyptii Herculis, conditoribus religione uetustate opibus inlustre. Tyrii constituere ; cur sanctum sit, ossa eius ibi sita efficiunt ; annorum quis manet ab Iliaca tempestate principia sunt ; opes tempus aluit. In Lusitania Erythia est quam Geryonae habitatam accepimus, aliaeque sine certis nominibus ; adeo agri fertiles, ut cum semel sata frumenta sint, subinde recidiuis seminibus segetem nouantibus, septem minime, interdum plures etiam messes ferant. In Celticis aliquot sunt, quas quia plumbo abundant uno omnes nomine Cassiteridas adpellant.
[39] En face des côtes que j'ai parcourues depuis l'angle de la Bétique, sont plusieurs îles sans célébrité et même sans nom ; mais parmi celles qui me paraissent dignes d'être citées, je nommerai d'abord l'île de Gadès, qui touche au détroit, et n'est séparée du continent que par un petit bras de mer semblable à un fleuve. Du côté de la terre, ses bords suivent une ligne presque droite ; du côté de l'Océan, elle forme une courbe terminée à droite et à gauche par deux promontoires, sur l'un desquels est une ville florissante du même nom, et sur l'autre un temple d'Hercule égyptien, célèbre par ses fondateurs, par la vénération des peuples, par son antiquité et par ses richesses. Ce temple fut bâti par des Tyriens ; il doit sa sainteté aux cendres d'Hercule qui y sont déposées ; son origine remonte aux temps de Troie ; ses richesses sont le produit des siècles. En face de la Lusitanie est l'île d'Érythie, qui fut, dit-on, habitée par Géryon, et quelques autres sans noms connus, quoique leur fertilité soit telle, qu'une fois les champs ensemencés de blé, ce qui tombe des épis suffit pour renouveler la semaille et produire sept récoltes au moins, et quelquefois davantage. En face du pays des Celtes, il en est quelques-unes, qui sont connues sous le nom général de Cassitérides, parce qu'elles abondent en plomb.
[40] Sena in Britannico mari Ossismicis aduersa litoribus, Gallici numinis oraculo insignis est, cuius antistites perpetua uirginitate sanctae numero nouem esse traduntur : Gallizenas uocant, putantque ingeniis singularibus praeditas maria ac uentos concitare carminibus, seque in quae uelint animalia uertere, sanare quae apud alios insanabilia sunt, scire uentura et praedicare, sed nonnisi dedita nauigantibus, et in id tantum, ut se consulerent profectis.
[40] L'île de Sena, située dans la mer Britannique, en face des Osismiciens, est renommée par un oracle gaulois, dont les prêtresses, vouées à une virginité perpétuelle, sont au nombre de neuf. Elles sont appelées Gallicènes, et on leur attribue le pouvoir singulier de déchaîner les vents et de soulever les mers, de se métamorphoser en tels animaux que bon leur semble, de guérir des maux partout ailleurs regardés comme incurables, de connaître et de prédire l'avenir, faveurs qu'elles n'accordent néanmoins qu'à ceux qui viennent tout exprès dans leur île pour les consulter.
[41] Britannia qualis sit qualesque progeneret, mox certiora et magis explorata dicentur. Quippe tamdiu clausam aperit ecce principum maximus, nec indomitarum modo ante se uerum ignotarum quoque gentium uictor, propriarum rerum fidem ut bello affectauit, ita triumpho declaraturus portat. ceterum ut adhuc habuimus, inter septentrionem occidentemque proiecta grandi angulo Rheni ostia prospicit, dein obliqua retro latera abstrahit, altero Galliam altero Germaniam spectans, tum rursus perpetuo margine directi litoris ab tergore abducta iterum se in diuersos angulos cuneat triquetra et Siciliae maxime similis, plana ingens fecunda, uerum iis quae pecora quam homines benignius alant.
[41] On ne tardera pas à parler de la Bretagne et de ses habitants d'une manière plus sûre et plus positive, grâce au génie du plus grand des princes, qui vient de nous ouvrir un pays si longtemps fermé, et qui, déjà maître de plusieurs contrées de cette île que nul autre avant lui n'avait subjuguées ni même connues, après avoir exploré ce pays par la guerre, s'apprête à en enchaîner les images à son char de triomphe. Quant à présent, suivant ce qu'on en sait, la Bretagne s'étend entre le septentrion et l'occident, et forme un grand angle, dont la pointe regarde les bouches du Rhin ; puis, de cette pointe partent deux lignes obliques, dont l'une fait face à la Gaule, l'autre à la Germanie, et qui aboutissent à une ligne droite, ce qui lui donne une forme triangulaire tout à fait semblable à celle de la Sicile. Elle est unie, grande, fertile, mais en productions plus propres à nourrir les troupeaux que les hommes.
[42] Fert nemora saltusque, ac praegrandia flumina, alternis motibus modo in pelagus modo retro fluentia et quaedam gemmas margaritasque generantia. Fert populos regesque populorum, sed sunt inculti omnes, atque ut longius a continenti absunt ita magis aliarum opum ignari, tantum pecore ac finibus dites, - incertum ob decorem an quid aliud - uitro corpora infecti.
[42] Elle a des forêts, des bois et des fleuves très considérables, qui tantôt coulent dans la mer, tantôt remontent vers leur source, par suite des mouvements alternatifs de la marée ; il en est même qui roulent des pierres précieuses et des perles. Elle se compose de plusieurs peuples. gouvernés par des rois ; mais ils sont tous de moeurs grossières, et, comme ils sont éloignés du continent, ils ne connaissent pas d'autres richesses que leurs troupeaux et les biens de leur territoire. On ne sait si c'est pour se donner un certain agrément, ou pour tout autre motif, qu'ils se peignent le visage avec du pastel.
[43] Causas tamen bellorum et bella contrahunt ac se frequenter inuicem infestant, maxime inperitandi cupidine studioque ea prolatandi quae possident. Dimicant non equitatu modo aut pedite, uerum et bigis et curribus Gallice armatis : couinnos uocant, quorum falcatis axibus utuntur. super Britanniam Iuuerna est paene par spatio, sed utrimque aequali tractu litorum oblonga, caeli ad maturanda semina iniqui, uerum adeo luxuriosa herbis non laetis modo sed etiam dulcibus, ut se exigua parte diei pecora impleant, et nisi pabulo prohibeantur, diutius pasta dissiliant. Cultores eius inconditi sunt et omnium uirtutium ignari quam aliae gentes [aliquatenus tamen gnari], pietatis admodum expertes.
[43] Cependant ils trouvent des prétextes pour se faire la guerre, et s'attaquent souvent les uns les autres, poussés par l'unique désir de commander et d'agrandir leur territoire. armés à la manière des Gaulois, ils combattent non seulement à cheval et à pied, mais encore dans des chars, dont une espèce est armée de faux et appelée covinus. Au delà de la Bretagne est l'île Iverne, qui est presque aussi étendue, sous la forme d'un carré long : son climat est peu favorable à la maturité des fruits, mais elle abonde en herbes si succulentes et si douces, qu'il suffit de quelques heures aux troupeaux pour se repaître, et que, si l'on ne prend soin de les retirer à temps des pâturages, l'excès de nourriture les fait crever. Ses habitants ne connaissent ni lois, ni vertus, ni religion.
[44] Triginta sunt Orcades angustis inter se diductae spatiis, septem Haemodae contra Germaniam uectae. In illo sinu quem Codanum diximus ex iis Scadinauia, quam adhuc Teutoni tenent, et ut fecunditate alias ita magnitudine antestat.
[44] Les Orcades sont au nombre de trente, à peu de distance les unes des autres. Les Émodes sont au nombre de sept, en face de la Germanie. Le golfe Codan renferme six autres îles. Une d'elles, qu'on appelle Scandinavie et qui est encore occupée par des Teutons, est la plus grande et la plus fertile.
[45] Quae Sarmatis aduersa sunt ob alternos accessus recursusque pelagi, et quod spatia quis distant modo operiuntur undis modo nuda sunt, alias insulae uidentur alias una et continens terra.
[45] Celles qui font face à la Sarmatie semblent tantôt des îles, tantôt une terre continue, suivant que la mer, dans ses flux et reflux, couvre ou laisse à sec les intervalles qui les séparent.
[46] In his esse Oeonas, qui ouis auium palustrium et auenis tantum alantur, esse equinis pedibus Hippopodas et Panotios, quibus magnae aures et ad ambiendum corpus omne patulae - nudis alioquin - pro ueste sint, praeterquam quod fabulis traditur, auctores etiam - quos sequi non pigeat - inuenio.
[46] La fable atteste, et je lis même dans des auteurs qui ne me paraissent pas indignes de foi, qu'il existe dans ces îles des Oaeones qui ne se nourrissent que d'avoine et d'oeufs d'oiseaux de marais, des Hippopodes à pieds de cheval, et des Panotes, dont les longues et larges oreilles leur enveloppent tout le corps et leur servent de vêtements.
[47] Thyle Belcarum litori adposita est, Grais et nostris celebrata carminibus. In ea, quod ibi sol longe occasurus exsurgit, breues utique noctes sunt, sed per hiemem sicut aliubi obscurae, aestate lucidae, quod per id tempus iam se altius euehens, quamquam ipse non cernatur, uicino tamen splendore proxima inlustrat, per solstitium uero nullae, quod tum iam manifestior non fulgorem modo sed sui quoque partem maximam ostentat.
[47] L'île de Thulé, que les poètes grecs et latins ont rendue si célèbre, est située en face des Belces. Les nuits y sont courtes, à cause du grand intervalle. qui sépare les deux points où le soleil se lève et se couche : obscures pendant l'hiver, comme partout ailleurs, elles sont claires pendant l'été, parce que le soleil, s'élevant dans cette saison plus haut que d'ordinaire, est précédé d'un long crépuscule. Mais, au temps du solstice, il n'y a pas de nuit, parce que le soleil montre au-dessus de l'horizon une grande partie de son disque.
[48] Talge in Caspio mari sine cultu fertilis, omni fruge ac fructibus abundans, sed uicini populi quae gignuntur adtingere nefas et pro sacrilegio habent, diis parata existimantes diisque seruanda. Aliquot et illis oris quas desertas diximus aeque desertae adiacent, quas sine propriis nominibus Scythicas uocant.
[48] Talgé, dans la mer Caspienne, fertile sans culture, abonde en fruits de toute espèce ; mais les peuples voisins regardent comme un sacrilège d'y toucher, parce qu'il les croient destinés aux dieux. Enfin, vis-à-vis de ces côtes désertes, dont j'ai parlé plus haut, sont aussi quelques îles également désertes, dépourvues de noms particuliers, et qu'on appelle Scythiques.
L'océan Oriental et l'Inde.
[49] Ab his in Eoum mare cursus inflectitur, inque oram terrae spectantis orientem. Pertinet haec a Scythico promunturio ad Colida primum ob niues inuia, deinde ob inmanitatem habitantium inculta. Scythae sunt Androphagoe et Sacae, distincti regione, quia feris scatet, inhabitabili.
[49] A partir de ces déserts, les côtes de l'Asie tournent vers la mer Orientale, et s'étendent depuis le promontoire Scythique jusqu'au promontoire Colis. Le commencement de ces côtes est tout à fait inaccessible ; ensuite on rencontre un pays inculte, que la barbarie des habitants entretient dans cet abandon. Ce sont les Scythes Androphages et les Saces, séparés entre eux par une contrée que la quantité des bêtes féroces rend inhabitable.
[50] Vasta deinde iterum loca beluae infestant, usque ad montem mari inminentem nomine Tabim. Longe ab eo Taurus adtollitur. Seres intersunt, genus plenum iustitiae, et commercio quod rebus in solitudine relictis absens peragit notissimum.
[50] Plus loin, on ne trouve encore que des bêtes féroces et des déserts, jusqu'au mont Tabis, qui domine la mer. Le long intervalle qui sépare cette montagne du Taurus, est habité par les Sères, peuple ami de la justice, et très connu par la manière dont il fait le commerce, en exposant ses marchandises dans la solitude.
[51] India non Eoo tantum adposita pelago, sed et ei quod ad meridiem spectans Indicum diximus, et hinc Tauri iugis, ab occidente Indo finita tantum spatium litoris occupat, quantum per sexaginta dies noctesque uelificantibus cursus est ; ita multum a nostris abducta regionibus, ut in aliqua parte eius neuter septentrio adpareat, aliterque quam in aliis oris umbrae rerum ad meridiem iaceant.
[51] L'Inde ne regarde pas seulement la mer Orientale ; elle s'étend encore, au midi, sur les bords de la mer Indienne. Bornés du côté des Sères par le Taurus, et à l'occident par l'Indus, ses rivages couvrent autant d'espace qu'un navire voguant à pleines voiles pourrait en parcourir pendant quarante jours et quarante nuits. Sa position est si différente de la nôtre, que, dans une certaine partie, on n'aperçoit ni l'une ni l'autre des deux Ourses, et que l'ombre des corps s'y projette vers le midi.
[52] Ceterum fertilis, et uario genere hominum aliorumque animalium scatet. Alit formicas non minores maximis canibus, quas more gryporum aurum penitus egestum cum summa pernicie adtingentium custodire commemorant ; immanes et serpentes alit, qui et elephantos morsu atque ambitu corporis adficiant ; tam pinguis alicubi et tam feracis soli, ut in eo mella frondibus defluant, lanas siluae ferant, harundinum fissa internodia ueluti nauigia binos et quaedam ternos etiam uehant.
[52] Du reste, elle est fertile et abonde en hommes et animaux de toute espèce. On y voit des fourmis aussi grosses que des chiens, qui gardent, dit-on, comme les griffons, l'or qu'elles arrachent des entrailles de la terre, et font payer chèrement leur audace à ceux qui tentent de le leur enlever. On y voit aussi des serpents si prodigieux, qu'ils tuent jusqu'à des éléphants, soit en les déchirant avec les dents, soit en s'entortillant autour de leur corps. Le sol y est en quelques endroits si gras et si fertile, que le miel y découle des feuilles, que les arbres produisent de la laine, et qu'avec une partie de roseau prise entre deux noeuds, on fait une nacelle capable de contenir deux et même trois hommes.
[53] Cultorum habitus moresque dissimiles. Lino alii uestiuntur aut lanis quas diximus, alii auium ferarumque pellibus ; pars nudi agunt, pars tantum obscena uelati ; alii humiles paruique, alii ita proceri et corpore ingentes, ut elephantis etiam et ibi maximis sicut nos equis facile atque habiliter utantur.
[53] Les Indiens diffèrent entre eux dans leurs vêtements, dans leurs formes et dans leurs usages. Les uns portent des habits tissus, de lin ou de la laine dont j'ai parlé ; d'autres se couvrent de peaux de bêtes fauves et d'oiseaux ; quelques-uns vont tout nus ; quelques autres ne cachent que les parties sexuelles ; ceux-ci sont très petits, ceux-là sont d'une stature si haute qu'ils montent des éléphants, bien qu'ils soient plus grands et plus gros dans cette contrée que partout ailleurs, avec autant de facilité et d'une manière aussi dégagée que nous montons nos chevaux.
[54] Quidam nullum animal occidere, nulla carne uesci optimum existimant, quosdam tantum pisces alunt. Quidam proximos parentes priusquam annis aut aegritudine in maciem eant uelut hostias caedunt, caesorumque uisceribus epulari fas et maxime pium est.
[54] Là c'est un devoir de ne tuer aucun animal et de s'abstenir de chair ; ici on ne se nourrit que de poissons ; un peu plus loin on tue ses parents, comme on tue des victimes, avant que la vieillesse ou la maladie les ait fait maigrir, et c'est ensuite un grand acte de piété que de manger leur chair dans un festin.
[55] At ubi senectus aut morbus incessit, procul a ceteris abeunt mortemque in solitudine nihil anxii exspectant. Prudentiores et quibus ars studiumque sapientiae contingit non exspectant eam, sed ingerendo semet ignibus laeti et cum gloria arcessunt.
[55] Aussi ceux qui sentent les approches de la vieillesse ou de la maladie, prennent-ils le parti de s'enfuir dans la solitude pour y attendre tranquillement la mort naturelle. Les savants et les sages ne l'attendent pas, et se font autant de plaisir que d'honneur de la prévenir en se brûlant tout vifs.
[56] Vrbium quas incolunt - sunt autem plurimae - Nysa est clarissima et maxima, montium Meros Ioui sacer. Famam hinc praecipuam habent ; in illa genitum, in huius specu Liberum arbitrantur esse nutritum, unde Graecis auctoribus ut femori Iouis insitum dicerent aut materia ingessit aut error.
[56] De toutes les villes de l'Inde, lesquelles sont en très grand nombre, Nysa est la plus célèbre et la plus grande, de même que la plus célèbre de ses montagnes est celle de Méros, consacrée à Jupiter. Ce qui les rend l'une et l'autre principalement fameuses, c'est que suivant la tradition, Bacchus naquit dans la ville de Nysa, et qu'il fut élevé dans une grotte de la montagne : tradition qui, vraie ou fausse, a fait dire aux Grecs que Bacchus avait été enfermé dans la cuisse de Jupiter.
[57] Oras tenent a Tamo ad Gangen Palibotri, a Gange ad Colida, nisi ubi magis quam ut habitetur exaestuat, atrae gentes et quodammodo Aethiopes. Ab Colide ad Indum recta sunt litora, timidique populi et marinis opibus adfatim dites.
[57] La côte qui s'étend de l'Indus au Gange est habitée par les Palibotriens, et du Gange au promontoire Colis, à l'exception de quelques parties que l'extrême chaleur rend inhabitables, par des peuples noirs, qu'on prendrait pour des Éthiopiens. Du promontoire Colis au lieu appelé Cudum, la côte est droite et habitée par des peuples timides, à qui la mer prodigue ses trésors.
[58] Tamus promunturium est, quod Taurus adtollit, Colis alter ae partis angulus initiumque lateris ad meridiem uersi, Ganges et Indus amnes. Ille multis fontibus in Haemode monte conceptus, simul unum alueum fecit, fit omnium maximus et alicubi latius, qua angustissime fluit decem milia passuum patens, in septem ora dispergitur.
[58] Tamos est le nom d'un promontoire du Taurus. Le cap Colis forme un angle dont l'un des côtés terminée la côte orientale de l'Inde, et l'autre commence la côte méridionale. Le Gange sort de l'Hémode, montagne de l'Inde, par un grand nombre de sources, qui, après s'être confondues dans un même lit, forment le plus grand de tous les fleuves : il a dix mille pas dans sa plus petite largeur, et se jette dans la mer par sept embouchures.