La Description de la Terre (De Chorographia) de Pomponius Mela - Livre I
DE CHOROGRAPHIA
DESCRIPTION DE LA TERRE
LIBER PRIMVS
LIVRE PREMIER
Avant-propos
[1] Orbis situm dicere aggredior, impeditum opus et facundiae minime capax - constat enim fere gentium locorumque nominibus et eorum perplexo satis ordine, quem persequi longa est magis quam benigna materia - uerum aspici tamen cognoscique dignissimum, et quod, si non ope ingenii orantis, at ipsa sui contemplatione pretium operae attendentium absoluat.
[1] Je veux faire une description du globe, ouvrage épineux et aride, qui ne consiste guère qu'en une longue nomenclature de peuples et de lieux, dont l'énumération assez compliquée est plus laborieuse que susceptible des ornements du style ; toutefois, c'est une matière vraiment digne d'être étudiée et connue, et dont l'importance peut amplement dédommager le lecteur de la sécheresse de la narration.
[2] Dicam autem alias plura et exactius, nunc ut quaeque erunt clarissima et strictim. Ac primo quidem quae sit forma totius, quae maximae partes, quo singulae modo sint atque habitentur expediam, deinde rursus oras omnium et litora ut intra extraque sunt, atque ut ea subit ac circumluit pelagus, additis quae in natura regionum incolarumque memoranda sunt. Id quo facilius sciri possit atque accipi, paulo altius summa repetetur.
[2] Avant d'entrer dans une description détaillée, je commencerai par des généralités faciles à saisir. Ainsi, je parlerai d'abord de la forme de la terre, de ses parties principales, de leur nature et de leurs habitants ; ensuite, revenant sur mes pas, je décrirai successivement toutes les côtes, tant celles que baignent les mers intérieures, que celles qu'embrasse l'Océan dans son vaste contour, en ajoutant à cette description les particularités les plus remarquables de chaque contrée et de chaque peuple. Mais, pour rendre mon tableau plus clair et plus intelligible, j'ai besoin de prendre les choses d'un peu haut.
Du Monde et de ses parties.
[3] Omne igitur hoc, quidquid est cui mundi caelique nomen indidimus, unum id est et uno ambitu se cunctaque amplectitur. Partibus differt ; unde sol oritur oriens nuncupatur aut ortus, quo demergitur occidens uel occasus, qua decurrit meridies, ab aduersa parte septentrio.
[3] Ce que nous appelons monde et ciel, quelle qu'en soit la nature, forme un tout unique, compris lui-même avec ce qu'il contient dans une seule et même circonférence. On le divise en plusieurs parties : le côté du ciel où le soleil se lève, s'appelle orient ou levant ; celui où il se couche, occident ou couchant ; le point d'où il luit au milieu du jour, midi ; le point opposé, septentrion.
[4] Huius medio terra sublimis cingitur undique mari, eodemque in duo latera quae hemisphaeria nominant ab oriente diuisa ad occasum zonis quinque distinguitur. Mediam aestus infestat, frigus ultimas ; reliquae habitabiles paria agunt anni tempora, uerum non pariter. Antichthones alteram, nos alteram incolimus. Illius situs ob ardorem intercedentis plagae incognitus, huius dicendus est.
[4] La terre, assise au centre du monde, est environnée de tous côtés par la mer, qui la divise encore de l'orient au couchant, en deux parties appelées hémisphères, et distribuées en cinq zones. La zone du milieu est dévorée par la chaleur, tandis que les deux zones qui sont situées, l'une à l'extrémité méridionale, l'autre à l'extrémité septentrionale, sont glacées par le froid. Les autres sont habitables et ont les mêmes saisons, mais dans des temps différents : les Antichthones habitent l'une, et nous l'autre. Celle-là nous étant inconnue, à cause de la plage brûlante qui nous en sépare, je ne puis parler que de la nôtre.
[5] Haec ergo ab ortu porrecta ad occasum, et quia sic iacet aliquanto quam ubi latissima est longior, ambitur omnis oceano, quattuorque ex eo maria recipit ; unum a septentrione, a meridie duo, quartum ab occasu. Suis locis illa referentur.
[5] Cette zone, qui s'étend de l'orient au couchant, et qui, par suite de cette direction, a dans sa longueur plus d'étendue que dans sa plus grande largeur, est de toutes parts environnée par l'Océan, dont elle reçoit quatre mers : une au septentrion, deux au midi, et la quatrième au couchant. Je parlerai des trois premières en leur lieu.
[6] Hoc primum angustum nec amplius decem milibus passuum patens terras aperit atque intrat. Tum longe lateque diffusum abigit uaste cedentia litora, iisdemque ex diuerso prope coeuntibus adeo in artum agitur, ut minus mille passibus pateat. Inde se rursus sed modice admodum laxat, rursusque etiam quam fuit artius exit in spatium. Quo cum est acceptum, ingens iterum et magno et paludi ceterum exiguo ore coniungitur. Id omne qua uenit quaque dispergitur uno uocabulo Nostrum mare dicitur.
[6] La dernière ouvre les terres en s'y creusant un lit d'abord étroit et qui n'a guère que dix mille pas de largeur ; puis, s'étendant et s'élargissant, chasse au loin ses rivages, qui, se rapprochant ensuite l'un de l'autre, presque au point de se réunir, la resserrent dans un espace qui a moins de mille pas ; puis elle s'élargit une seconde fois, mais très peu, pour se rétrécir encore plus qu'auparavant ; enfin, elle s'étend et s'élargit de nouveau dans un vaste espace, à l'extrémité duquel elle s'unit, par une très petite entrée, un grand lac. Elle est connue dans son ensemble sous la dénomination générale de Notre mer.
[7] Angustias introitumque uenientis nos fretum, Graeci porthmon appellant. Qua diffunditur alia aliis locis cognomina acceptat. ubi primum se artat, Hellespontus uocatur, Propontis ubi expandit, ubi iterum pressit Thracius Bosphorus, ubi iterum effudit Pontus Euxinus, qua paludi committitur Cimmerius Bosphorus, palus ipsa Maeotis.
[7] Nous appelons particulièrement détroit, et les Grecs appellent πορθμός, l'étroite ouverture par laquelle elle s'introduit dans la terre. Ses autres parties prennent différents surnoms, selon les lieux qu'elle baigne. Où elle se resserre une première fois, c'est l'Hellespont ; où elle s'élargit ensuite, c'est la Propontide ; où elle se resserre une seconde fois, c'est le Bosphore de Thrace ; où elle se déploie de nouveau, c'est le Pont-Euxin ; enfin, où elle se mêle à un lac, c'est le Bosphore Cimmérien. Quant à ce lac on l'appelle Méotide.
[8] Hoc mari et duobus inclutis amnibus, Tanai atque Nilo, in tres partes uniuersa diuiditur. Tanais a septentrione ad meridiem uergens in mediam fere Maeotida defluit ; et ex diuerso Nilus in pelagus. quod terrarum iacet a freto ad ea flumina ab altero latere Africam uocamus, ab altero Europen : ad Nilum Africam, ad Tanain Europen. ultra quicquid est, Asia est.
[8] La zone entière est divisée en trois parties par cette mer et deux fleuves célèbres, le Tanaïs et le Nil. Le Tanaïs, qui coule du septentrion au midi, se jette dans le Méotide, à peu près vers le milieu ; le Nil, qui coule du midi au septentrion, se jette dans notre mer. Toutes les terres qui s'étendent depuis le détroit jusqu'à ces fleuves, forment d'un côté l'Afrique, et de l'autre l'Europe. La première s'étend jusqu'au Nil ; la seconde, jusqu'au Tanaïs. Tout ce qui est au-delà s'appelle Asie.
Brève description de l'Asie.
[9] Tribus hanc e partibus tangit oceanus, ita nominibus ut locis differens, Eous ab oriente, a meridie Indicus, a septentrione Scythicus. Ipsa ingenti ac perpetua fronte uersa ad orientem tantum ibi se in latitudinem effundit quantum Europe et Africa et quod inter ambas pelagus inmissum est. Inde cum aliquatenus solida processit, ex illo oceano quem Indicum diximus, Arabicum mare et Persicum, ex Scythico Caspium recipit ; et ideo qua recipit angustior, rursus expanditur et fit tam lata quam fuerat. Dein cum iam in suum finem aliarumque terrarum confinia deuenit, media nostris aequoribus excipitur, reliqua altero cornu pergit ad Nilum, altero ad Tanain.
[9] L'Asie est baignée de trois côtés par l'Océan, qui, changeant de nom selon les lieux qu'il baigne, s'appelle Oriental à l'orient, Indique au midi, Scythique au septentrion. Du côté de l'orient, elle présente un front immense et continu, dont l'étendue égale celle de l'Europe et de l'Afrique ensemble, y compris la mer qui les sépare. A partir de ce point, elle s'étend sans aucune sinuosité jusqu'à l'endroit où l'océan Indien et l'océan Scythique viennent former dans son sein, d'un côté les mers Arabique et Persique, de l'autre la mer Caspienne, qui la rétrécissent dans cette partie. Mais, au-delà de ces mers, elle se déploie de nouveau et reprend sa première latitude. Enfin, arrivée à ses bornes occidentales, aux confins de l'Europe, elle entre vers le milieu dans le sein de nos mers, et porte ses deux extrémités latérales, d'un côté jusqu'au Nil, de l'autre jusqu'au Tanaïs.
[10] Ora eius cum alueo Nili amnis ripis descendit in pelagus, et diu sicut illud incedit, ita sua litora porrigit ; dein fit uenienti obuiam, et primum se ingenti ambitu incuruat, post se ingenti fronte ad Hellesponticum fretum extendit ; ab eo iterum obliqua ad Bosphorum, iterum iterumque ad Ponticum latus curua, aditum Maeotidos transuerso margine adtingit, ipsam gremio ad Tanain usque conplexa fit ripa qua Tanais est.
[10] Ses confins, contigus au lit du Nil, descendent, en suivant le cours de ce fleuve, jusqu'à la mer, avec laquelle elle remonte longtemps, jusqu'à ce que, assez forte pour lui résister, elle forme d'abord nu golfe très profond, et présente ensuite un vaste front au détroit de l'Hellespont. A partir de ce détroit, elle dévie obliquement vers le Bosphore ; puis, après une seconde courbure qu'elle décrit sur le Pont-Euxin, ses confins vont transversalement aboutir à l'entrée du Méotide. Elle embrasse dans son sein ce lac jusqu'au Tanaïs, dont elle devient la rive.
[11] In ea primos hominum ab oriente accipimus Indos et Seras et Scythas. Seres media ferme Eoae partis incolunt, Indi ultima : ambo late patentes neque in hoc tantum pelagus effusi. Spectant enim etiam meridiem Indi, oramque Indici maris, nisi quoad aestus inhabitabilem efficiunt, diu continuis gentibus occupant. Spectant et septentrionem Scythae, ac litus Scythicum, nisi unde frigoribus arcentur, usque ad Caspium sinum possident.
[11] Les premiers peuples que l'on rencontre en Asie, à partir de l'orient, sont, dit-on, les Indiens, les Sères et les Scythes. Les Sères habitent à peu près le milieu de cette partie orientale ; les Indiens et les Scythes, les extrémités. Ces deux nations, très étendues, n'occupent pas seulement les bords de la mer orientale : les Indiens s'étendent encore au midi, et couvrent sans interruption les bords de la mer Indienne, à l'exception des parties que la chaleur rend inhabitables. De leur côté, les Scythes s'étendent au septentrion sur les bords de l'océan Scythique jusqu'à la mer Caspienne, et aussi loin que le froid est supportable.
[12] IIndis proxima est Ariane, deinde Aria et Cedrosis et Persis ad sinum Persicum. Hunc populi Persarum ambiunt, illum alterum Arabes. Ab his quod in Africam restat Aethiopum est. Illic Caspiani Scythis proximi sinum Caspium cingunt. Vltra Amazones ultraque eas Hyperborei esse memorantur. Interiora terrarum multae variaeque gentes habitant, Gandari et Pariani et Bactri, Sugdiani, Pharmacotrophi, Chomarae, Choamani, Propanisadae, Dahae super Scythas Scytharumque deserta, ac super Caspium sinum Comari, Massagetae, Cadusi, Hyrcani, Hiberi, super Amazonas et Hyperboreos Cimmerii, Cissianti, Achaei, Georgili, Moschi, Cercetae, Phoristae, Rimphaces, atque ubi in nostra maria tractus excedit Matiani, Tibarani et notiora iam nomina Medi, Armenii, Commageni, Murrani, Vegeti, Cappadoces, Gallograeci, Lycaones, Phryges, Pisidae, Isauri, Lydi, Syrocilices. Rursus ex his quae meridiem spectant eaedemque gentes interiora litora tenent usque ad sinum Persicum. Super hunc sunt Parthi et Assyrii, super illum alterum Babylonii, et super Aethiopas Aegyptii. Ripis Nili amnis et mari proxima idem Aegyptii possident. Deinde Arabia angusta fronte sequentia litora adtingit. Ab ea usque ad flexum illum quem supra rettulimus Syria, et in ipso flexu Cilicia, extra autem Lycia et Pamphylia, Caria, Ionia, Aeolis, Troas usque ad Hellespontum. Ab eo Bithyni sunt ad Thracium Bosphorum. Circa Pontum aliquot populi alio alioque fine uno omnes nomine Pontici. Ad lacum Maeotici, ad Tanain Sauromatae.
[12] Immédiatement après l'Inde est l'Ariane, ensuite l'Arie, la Cédroside et la Perside jusqu'au golfe Persique. Ce golfe est environné de nations persanes, et le suivant de peuples arabes. Au-dessous d'eux, tout ce qui reste de l'Asie le long de l'Afrique, est habité par des Éthiopiens. Au nord les Caspianiens, qui confinent à la Scythie, environnent la mer Caspienne ; au-delà, dit-on, sont les Amazones, et au-delà de celles-ci les Hyperboréens. L'intérieur des terres est habité par un grand nombre de peuples divers. Tels sont au-dessus des Scythes et des déserts de la Scythie, les Gandariens et les Paricaniens, les Bactriens, les Sugdiens, les Harmatotrophes, les Comares, les Comaniens, les Paropamisiens, les Dahes ; au- dessus de la mer Caspienne, les Chomariens, les Massagètes, les Cadusiens, les Hyrcaniens, les Ibères ; au-dessus des Amazones et des Hyperboréens, les Cimmériens, les Cygiens, les Hénioques, les Gorgippiens, les Mosques, les Cercètes, les Torètes, les Arimphéens ; et, dans les parties où l'Asie s'avance dans nos mers, les Matianiens, les Tibaréniens, et plusieurs autres peuples dont les noms sont plus connus, tels que les Mèdes, les Arméniens, les Commagéniens, les Maryandins, les Venètes, les Cappadoces, les Gallo-Grecs, les Lycaones, les Phrygiens, les Pisides, les Isauriens, les Lydiens, les Syrociliciens. De même, les nations placées sur la côte méridionale s'avancent aussi dans l'intérieur et occupent les rivages jusqu'au golfe Persique. Au-dessus de ce golfe sont les Parthes et les Assyriens ; au-dessus du golfe Arabique, les Babyloniens, et au-dessus des Éthiopiens, les Égyptiens, qui habitent le long du Nil et sur les bords de la mer. Ensuite l'Arabie touche par une petite pointe aux rivages qui suivent. A partir de cette pointe jusqu'à ce golfe dont j'ai parlé plus haut, c'est la Syrie, et, sur les bords de ce golfe, la Cilicie. Plus loin, la Lycie et la Pamphilie, la Carie, l'Ionie, l'Éolide, la Troade, s'étendent jusqu'à l'Hellespont. De l'Hellespont au Bosphore de Thrace, sont les Bithyniens ; autour du Pont sont quelques peuples, distingués entre eux par différentes limites, et connus sous le nom général de Pontiques. Sur les bords du lac, sont les Méotiques, et sur les bords du Tanaïs, les Sauromates.
Brève description de l'Europe.
[13] Europa terminos habet ab oriente Tanain et Maeotida et Pontum, a meridie reliqua Nostri maris, ab occidente Atlanticum, a septentrione Britannicum oceanum. Ora eius forma litorum a Tanai ad Hellespontum, qua ripa est dicti amnis, qua flexum paludis ad Ponticum redigit, qua Propontidi et Hellesponto latere adiacet, contrariis litoribus Asiae non opposita modo uerum et similis est.
[13] L'Europe a pour bornes, à l'orient, le Tanaïs, le Méotide et le Pont ; au midi, le reste de notre mer ; à l'occident, l'océan Atlantique ; au septentrion, l'océan Britannique. Ses côtes, d'abord considérées du Tanaïs à l'Hellespont, soit comme formant une des rives de ce fleuve, soit comme suivant le détour que fait le Méotide pour aller jusqu'au Pont, soit comme adjacentes à la Propontide et à l'Hellespont, sont non seulement opposées aux rivages correspondants de l'Asie, mais encore configurées de la même manière.
[14] Inde ad fretum nunc uaste retracta nunc prominens tres maximos sinus efficit, totidemque se in altum magnis frontibus euehit. Extra fretum ad occidentem inaequalis admodum praecipue media procurrit ; ad septentrionem, nisi ubi semel iterumque grandi recessu abducitur, paene ut directo limite extenta est.
[14] De l'Hellespont au détroit, alternativement rentrantes et saillantes, elles forment trois grands golfes, séparés par trois grandes avances. au-delà du détroit, elles s'étendent vers l'occident, où leur forme est très inégale, surtout au milieu ; dans leur direction vers le septentrion, sans deux enfoncements considérables, elles présenteraient presque une ligne droite.
[15] Mare quod primo sinu accipit aegaeum dicitur ; quod sequenti in ore Ionium, Hadriaticum interius ; quod ultimo nos Tuscum [quem] Grai Tyrrhenicum perhibent.
[15] Le premier golfe s'appelle mer Égée, le second mer Ionienne, dont la partie intérieure prend le nom de mer Adriatique ; le troisième forme la mer que nous nommons Tusque, et que les Grecs appellent Tyrrhénienne.
[16] Gentium prima est Scythia, alia quam dicta est ad Tanain, media ferme Pontici lateris, hinc in aegaei partem pertinens Thracia, huic Macedonia adiungitur. Tum Graecia prominet, aegaeumque ab Ionio mari dirimit. Hadriatici latus Illyris occupat. Inter ipsum Hadriaticum et Tuscum Italia procurrit. In Tusco intimo Gallia est, ultra Hispania.
[16] La première contrée de l'Europe est la Scythie, qu'il ne faut pas confondre avec celle dont j'ai déjà fait mention : elle commence au Tanaïs et se termine à peu près au milieu de la côte du Pont. Vient ensuite la Thrace, qui s'étend sur une partie de la mer Égée et confine à la Macédoine ; plus loin se montre la Grèce, qui sépare la mer Égée de la mer Ionienne. L'Illyrie occupe un côté de l'Adriatique. L'Italie se prolonge entre cette mer et la mer Tusque. Au fond de la mer Tusque est la Gaule, et au-delà l'Hispanie,
[17] Haec in occidentem diuque etiam ad septentrionem diuersis frontibus uergit. Deinde rursus Gallia est longe et a nostris litoribus hucusque permissa. Ab ea Germani ad Sarmatas porriguntur, illi ad Asiam.
[17] qui se dirige vers l'occident, et, dans une longue étendue, vers le nord et le midi. au-delà on rencontre encore la Gaule, qui, des bords de notre mer, se prolonge au loin dans la direction septentrionale. Les Germains sont à la suite, et après eux les Sarmates jusqu'à l'Asie.
Brève description de l'Afrique.
[18] Africa ab orientis parte Nilo terminata, pelago a ceteris, breuior est quidem quam Europe, quia nec usquam Asiae et non totis huius litoribus obtenditur, longior tamen ipsa quam latior, et qua ad fluuium adtingit latissima, utque inde procedit ita media praecipue in iuga exsurgens pergit incurua ad occasum, fastigatque se molliter ; et ideo ex spatio paulatim adductior ubi finitur ibi maxime angusta est.
[18] L'Afrique est, à l'orient, bornée par le Nil, et des autres côtés par la mer ; elle est moins longue que l'Europe, car elle ne correspond pas à toute la longueur de la côte Asiatique ni, par conséquent, à toute l'étendue des rivages de l'Europe. Cependant elle ne laisse pas d'être plus longue que large, même en considérant sa largeur dans le voisinage du Nil, où elle est plus grande que partout ailleurs. A partir de ce fleuve, l'Afrique s'élève, surtout au milieu, en décrivant une courbe d'orient en occident, de sorte que, diminuant en largeur, quoique insensiblement, mais sur un long espace, elle est, à son extrémité, plus étroite qu'en aucun autre endroit.
[19] Quantum incolitur eximie fertilis, uerum quod pleraque eius inculta et aut harenis sterilibus obducta aut ob sitim caeli terrarumque deserta sunt aut infestantur multo ac malefico genere animalium, uasta est magis quam frequens. Mare quo cingitur a septentrione Libycum, a meridie aethiopicum, ab occidente Atlanticum dicimus. In ea parte quae Libyco adiacet proxima Nilo prouincia quam Cyrenas uocant ; dein cui totius regionis uocabulo cognomen inditum est Africa. Cetera Numidae et Mauri tenent, sed Mauri in Atlanticum pelagus expositi. ultra Nigritae sunt et Pharusii usque ad aethiopas. Hi et reliqua huius et totum latus quod meridiem spectat usque in Asiae confinia possident.
[19] Elle est d'une fertilité merveilleuse dans les régions habitées ; mais elle est en grande partie déserte, parce que la plupart de ses contrées sont peu susceptibles de culture, ou couvertes de sables stériles, ou inhabitables à cause de l'aridité du ciel et de la terre, ou infestées d'une multitude d'animaux malfaisants de toute espèce. La mer, dont elle est environnée, se nomme Libyque au septentrion, Éthiopique au midi, Atlantique à l'occident. Dans la partie qui touche à la mer Libyque, on rencontre d'abord, dans le voisinage du Nil, une province appelée Cyrènes ; vient ensuite une contrée qui porte en particulier le nom général de la région entière, celui d'Afrique. Le reste de la côte est habité par les Numides et les Maures ; ces derniers occupent encore une partie des rivages de la mer Atlantique. Au delà sont les Nigrites et les Pharusiens, jusqu'aux Éthiopiens, qui habitent ce qui reste des bords de cette mer, ainsi que toute la côte méridionale, jusqu'aux confins de l'Asie.
[20] At super ea quae Libyco mari adluuntur Libyes aegyptii sunt et Leucoaethiopes et natio frequens multiplexque Gaetuli. Deinde late uacat regio perpetuo tractu inhabitabilis. Tum primos ab oriente Garamantas, post Augilas et Trogodytas, et ultimos ad occasum Atlantas audimus. Intra, si credere libet, uix iam homines magisque semiferi aegipanes et Blemyes et Gamphasantes et Satyri sine tectis ac sedibus passim uagi habent potius terras quam habitant.
[20] Au-dessus des parties baignées par la mer Libyque, sont les Liby-Egyptiens, les Leucoéthiopes, et les Gétules, nation nombreuse et multiple. Plus loin est un vaste désert, entièrement inhabitable, au delà duquel on place, d'orient en occident, d'abord les Garamantes, puis les Augiles et les Troglodytes, et enfin les Atlantes. Dans l'intérieur, s'il faut en croire la renommée, sont des Aegipans, des Blémyes, des Gamphasantes et des Satyres, peuplades errant à l'aventure, sans toits, sans demeures fixes, qui tiennent autant de la bête que de l'homme, et couvrent plutôt la terre qu'ils ne l'habitent.
[21] Haec summa nostri orbis, hae maximae partes, hae formae gentesque partium. Nunc exactius oras situsque dicturo inde est commodissimum incipere unde terras Nostrum pelagus ingreditur, et ab his potissimum quae influenti dextra sunt ; deinde stringere litora ordine quo iacent, peragratisque omnibus quae id mare attingunt legere etiam illa quae cingit oceanus ; donec cursus incepti operis, intra extraque circumuectus orbem, illuc unde coeperit redeat.
[21] Voilà le tableau général de notre globe, voilà ses principales parties, leurs formes et leurs différents peuples. Maintenant ayant à faire, d'après mon plan, la description détaillée des côtes, je commencerai de préférence par le détroit qui introduit l'océan Atlantique dans nos terres, en suivant les rivages de droite ; et après avoir décrit, de proche en proche, les côtes des mers intérieures, je décrirai pareillement celles que baigne l'Océan, en faisant le tour extérieur de la terre ; ma tâche sera remplie, lorsqu'après avoir parcouru le globe au dedans comme au dehors, je serai revenu au point d'où j'étais parti.
Description détaillée de l'Afrique.
La Maurétanie.
[22] Dictum est Atlanticum esse oceanum qui terras ab occidente contingeret. hinc in Nostrum mare pergentibus laeua Hispania, Mauretania dextra est, primae partes illa Europae, haec Africae. Eius orae finis Mulucha, caput atque exordium est promunturium quod Graeci Ampelusiam, Afri aliter sed idem significante uocabulo appellant. In eo est specus Herculi sacer, et ultra specum Tinge oppidum peruetus et ab Antaeo, ut ferunt, conditum. Exstat rei signum parma elephantino tergori exsecta ingens et ob magnitudinem nulli nunc usuro habilis, quam locorum accolae ab illo gestatam pro uero habent traduntque et inde eximie colunt.
[22] L'océan Atlantique baigne, comme je l'ai dit, les côtes occidentales de la terre. Si de cet océan on veut pénétrer dans notre mer, on rencontre l'Hispanie à gauche, et la Mauritanie à droite : par l'une commence l'Europe, et par l'autre l'Afrique. La côte de la Mauritanie s'étend jusqu'au Mulucha, depuis tin promontoire que les Grecs appellent Ampélusie, nom différent de celui que lui donnent les Africains, quoiqu'ils aient tous deux la même signification. Ce promontoire renferme un antre consacré à Hercule, au delà duquel est Tingé, ville très ancienne, et bâtie, dit-on, par Antée. On rapporte comme une preuve de. cette origine, l'existence d'un bouclier fait de cuir d'éléphant, et d'une telle grandeur qu'il ne pourrait aujourd'hui convenir à personne. Les habitants du pays tiennent et donnent pour certain qu'il fut porté par ce géant, ce qui le rend pour eux l'objet d'une vénération toute particulière.
[23] Deinde est mons praealtus, ei quem ex aduerso Hispania adtollit obiectus : hunc Abilam, illum Calpen uocant, Columnas Herculis utrumque. Addit fama nominis fabulam, Herculem ipsum iunctos olim perpetuo iugo diremisse colles, atque ita exclusum antea mole montium oceanum ad quae nunc inundat admissum. Hic iam mare latius funditur, submotasque uastius terras magno impetu inflectit. ceterum regio ignobilis et uix quicquam inlustre sortita paruis oppidis habitatur, parua flumina emittit, solo quam uiris melior et segnitia gentis obscura.
[23] Plus loin est une très haute montagne, qui fait face à celle qui s'élève sur la côte opposée de l'Hispanie : l'une se nomme Abyla, l'autre Calpé, et toutes deux ensemble les colonnes d'Hercule. La fable ajoute qu'autrefois ces deux montagnes n'en faisaient qu'une, qui fut divisée par Hercule ; et qu'ainsi l'Océan, jusqu'alors arrêté par cette barrière, trouva un passage pour se répandre dans les lieux qu'il inonde aujourd'hui. A partir de ce point, la mer s'élargit et se déploie avec une grande impétuosité entre deux rives lointaines. Du reste, la Mauritanie est une contrée qui ne réveille aucun souvenir et n'a presque rien de remarquable : on n'y voit que de petites villes, de petites rivières, et son sol vaut mieux que ses habitants, que leur inertie tient ensevelis dans l'obscurité.
[24] Ex his tamen quae commemorare non piget montes sunt alti qui continenter et quasi de industria in ordinem expositi ob numerum Septem, ob similitudinem Fratres nuncupantur. Tumuada fluuius, et Rusigada et Siga paruae urbes, et portus cui Magno est cognomen ob spatium. Mulucha ille quem diximus amnis est nunc gentium olim regnorum quoque terminus, Bocchi Iugurthaeque.
[24] Cependant on peut citer les hautes montagnes qui, rangées par ordre et comme à dessein les unes à la suite des autres, sont appelées les Sept Frères, à cause de leur nombre et de leur ressemblance ; ensuite le fleuve Tamuda, les petites villes de Rusigada et de Siga, et un port que son étendue a fait appeler le Grand-Port. Quant au Mulucha, dont j'ai parlé, c'est un fleuve qui, après avoir autrefois servi de limite aux royaumes de Bocchus et de Jugurtha, ne distingue plus aujourd'hui que les nations qu'ils avaient sous leur puissance.
La Numidie.
[25] Ab eo Numidia ad ripas exposita fluminis Ampsaci spatio quidem quam Mauretania angustior est, uerum et culta magis et ditior. urbium quas habet maximae sunt Cirta procul a mari, nunc Sittianorum colonia, quondam regum domus, et cum Syphacis foret opulentissima, Iol ad mare aliquando ignobilis, nunc quia Iubae regia fuit et quod Caesarea uocitatur inlustris.
[25] La Numidie s'étend des rives du Mulucha à celles de l'Ampsaque ; elle est moins grande que la Mauritanie, mais plus cultivée et plus riche. Ses villes les plus considérables sont Cirta, assez loin de la mer, qui, autrefois séjour des rois, et très opulente sous Syphax, est aujourd'hui habitée par une colonie de Sittianiens ; Iol, sur le bord de la mer, qui, jadis obscure, est aujourd'hui illustre, tant pour avoir été le siège du royaume de Juba, que par son nom actuel de Césarée.
[26] Citra hanc, nam in medio ferme litore sita est, Cartinna et Arsinna sunt oppida et Quiza castellum et Laturus sinus et Sardabale fluuius. ultra monumentum commune regiae gentis, deinde Icosium Ruthisia urbes, effluentes inter eas Aucus et Nabar aliaque quae taceri nullum rerum famaeue dispendium est.
[26] En deçà de cette dernière ville, qui est située presque au milieu de la côte, on rencontre les petites villes de Cartinna et d'Arsinna, le fort Quiza, le golfe Laturus et le fleuve Sardabale. Au delà on rencontre un tombeau consacré à la sépulture de la famille royale, puis les villes d'Icosium et de Ruthisie, entre lesquelles coulent le Savus et le Nabar, et quelques autres lieux peu mémorables dont on peut se dispenser de parler.
[27] Interius et longe satis a litore, si fidem res capit, mirum ad modum spinae piscium muricum ostrearumque fragmenta saxa adtrita, uti solent, fluctibus et non differentia marinis infixae cautibus anchorae et alia eiusmodi signa atque uestigia effusi olim usque ad ea loca pelagi in campis nihil alentibus esse inuenirique narrantur.
[27] Dans l'intérieur, et à une distance assez considérable de la mer, ou trouve, dit-on, dans des campagnes stériles et désertes, si toutefois la chose est croyable, des arêtes de poissons, des débris de coquilles et de murex, des rochers qui paraissent avoir été rongés par les flots, comme ceux qu'on voit au sein des mers, des ancres incrustées dans des montagnes, et beaucoup d'autres signes et vestiges de l'ancien séjour de la mer dans ces terres lointaines.
L'Afrique proprement dite.
[28] Regio quae sequitur a promunturio Metagonio ad Aras Philaenorum proprie nomen Africae usurpat. In ea sunt oppida Hippo Regius et Rusiccade et Thabraca.
[28] La contrée qui s'étend ensuite du promontoire Métagonium aux autels des Philènes, a proprement le nom d'Afrique. On y rencontre d'abord Hippone Royale, Rusicade et Thabraca ;
[29] Dein tria promunturia Candidum, Apollinis, Mercurii, uaste proiecta in altum, duos grandes sinus efficiunt. Hipponensem uocant proximum ab Hippone Diarryto quod litori eius adpositum est. In altero sunt Castra Dellia, Castra Cornelia, flumen Bagrada ; Utica et Carthago ambae inclutae ambae a Phoenicibus conditae, illa fato Catonis insignis, haec suo, nunc populi Romani colonia, olim imperii eius pertinax aemula, iam quidem iterum opulenta, etiam nunc tamen priorum excidio rerum quam ope praesentium clarior. Hadrumetum, Leptis, Clupea, Habromacte, Phyre, Neapolis hinc ad Syrtim adiacent ut inter ignobilia celeberrimae.
[29] puis, trois vastes promontoires, qu'on appelle cap Blanc, cap d'Apollon, cap de Mercure, et qui forment dans leurs intervalles, deux grands golfes. Le premier se nomme golfe d'Hippone, de la ville du même nom, située sur ses bords, et surnommée pour cela Diarrhyte. Sur les bords du second, on remarque l'assiette des camps de Lelius et de Cornelius, le fleuve Bagrada, les villes d'Utique et de Carthage, toutes deux célèbres, et toutes deux bâties par les Phéniciens : l'une est fameuse par la fin tragique de Caton, et l'autre, fameuse par la sienne, n'est plus aujourd'hui qu'une colonie du peuple romain, après en avoir été la rivale obstinée. Quelle que soit l'opulence qu'elle a recouvrée depuis, elle est encore aujourd'hui plus célèbre par la ruine de sa puissance passée, que par la splendeur de son état présent. De là jusqu'à la Syrte, on rencontre, sur le même rivage, Hadrumète, Leptis, Clupée, Macomades, Thènes, Néapolis, villes comparativement célèbres au milieu d'autres villes obscures.
[30] Syrtis sinus est centum fere milia passuum qua mare accipit patens, trecenta qua cingit ; uerum inportuosus atque atrox et ob uadorum frequentium breuia, magisque etiam ob alternos motus pelagi affluentis ac refluentis infestus.
[30] Le Syrte est un golfe qui a presque cent mille pas d'ouverture, et trois cent mille pas de circonférence, mais d'un abord très périlleux, moins à cause des écueils et des bas-fonds dont il est parsemé, qu'à cause du flux et du reflux de la mer, qui est continuellement agitée dans ces parages.
[31] Super hunc ingens palus amnem Tritona recipit, ipsa Tritonis, unde et Mineruae cognomen inditum est, ut incolae arbitrantur, ibi genitae ; faciuntque ei fabulae aliquam fidem, quod quem natalem eius putant ludicris uirginum inter se decertantium celebrant.
[31] Au-delà est un grand lac qui reçoit le fleuve Triton, et s'appelle Tritonis de là le surnom donné à Minerve, qui passe chez les habitants du pays pour être née sur les bords de ce lac ; et ce qui accrédite jusqu'à un certain point cette fable, c'est qu'ils célèbrent le jour auquel ils rapportent la naissance de cette déesse par une fête où les jeunes filles se battent les unes contre les autres.
[32] Vltra est oea oppidum et Cinyps fluuius per uberrima arua decidens, tum Leptis altera et Syrtis nomine atque ingenio par priori, ceterum altero fere spatio qua dehiscit quaque flexum agit amplior. Eius promunturium est Borion, ab eoque incipiens ora, quam Lotophagi tenuisse dicuntur, usque ad Phyconta, et id promunturium est, inportuoso litore pertinet.
[32] Plus loin sont la ville d'Oea et le fleuve Cinyps, qui arrose des campagnes très fertiles ; puis une autre Leptis, et une autre Syrte, semblable à la première par son nom et par sa nature, mais à peu près une fois plus grande en ouverture et en circonférence. Elle commence au cap Borion, d'où s'étend, jusqu'au cap Phycus, une côte qui a été habitée, dit-on, par les Lotophages, et dont les abords sont aussi très dangereux.
[33] Arae ipsae nomen ex Philaenis fratribus traxere, qui contra Cyrenaicos missi Carthagine ad dirimendum condicione bellum diu iam de finibus et cum magnis amborum cladibus gestum, postquam in eo quod conuenerat non manebatur, ut ubi legati concurrerent, certo tempore utrimque dimissi, ibi termini statuerentur, pacti de integro ut quidquid citra esset popularibus cederet, mirum et memoria dignissimum facinus, hic se uiuos obrui pertulerunt.
[33] Les Autels des Philènes sont ainsi appelés du nom de deux frères choisis par les Carthaginois pour l'accomplissement d'une convention faite avec les Cyrénéens, et qui avait pour but de mettre fin à une guerre cruelle, depuis longtemps existante entre les deux peuples à l'occasion de leurs limites respectives. On était convenu de les fixer à l'endroit où se rencontreraient deux coureurs qu'on ferait partir de chaque côté à un moment déterminé. Des contestations s'étant élevées sur l'exécution de ce traité, les Philènes acceptèrent la proposition d'être enterrés vifs à l'endroit où ils voudraient établir leurs limites : dévouement héroïque et bien digne de mémoire !
La Cyrénaïque.
[34] Inde ad Catabathmon Cyrenaica prouincia est, in eaque sunt Hammonis oraculum fidei inclutae, et fons quem Solis adpellant, et rupes quaedam austro sacra. Haec cum hominum manu attingitur, ille inmodicus exsurgit harenasque quasi maria agens sic saeuit ut fluctibus. Fons media nocte feruet, mox et paulatim tepescens fit luce frigidus, tunc ut sol surgit ita subinde frigidior per meridiem maxime riget, sumit dein teporem iterum, et prima nocte calidus, atque ut illa procedit ita caldior rursus cum est media perferuet.
[34] La Cyrénaïque s'étend des limites de l'Afrique propre au Catabathmos, et renferme trois choses remarquables : l'oracle d'Ammon, si célèbre par sa véracité ; une fontaine appelée la Fontaine du Soleil, et une certaine roche consacrée à l'Auster. Si l'on s'avise d'y porter la main, aussitôt ce vent se déchaîne avec colère, et, soulevant les sables comme des flots, produit sur la terre les mêmes tourmentes que sur la mer. L'eau de la fontaine, bouillante au milieu de la nuit, s'attiédit peu à peu ; et, déjà fraîche au point du jour, elle se refroidit de plus en plus à mesure que le soleil s'élève, de sorte qu'elle est tout à fait glacée à midi ; puis, partir de cette heure, elle se réchauffe de nouveau par degrés, et, déjà tiède au déclin du jour, sa chaleur augmente de plus en plus jusqu'au milieu de la nuit, où elle bout encore à gros bouillons.
[35] In litore promunturia sunt Zephyrion et Naustathmos, portus Paraetonius, urbes Hesperia, Apollonia, Ptolemais, Arsinoe atque unde terris nomen est ipsa Cyrene. Catabathmos uallis deuexa in aegyptum finit Africam.
[35] Sur le rivage, on rencontre les promontoires Zéphyrion et Naustathmos, le port Parétonius, les villes d'Hespérie, d'Apollonie, de Ptolémaïde, d'Arsinoé, et celle de Cyrène, qui a donné son nom à toute la contrée. Le Catabathmos est une vallée qui descend jusqu'à l'Égypte, où elle termine l'Afrique.
[36] Orae sic habitantur ad nostrum maxime ritum moratis cultoribus, nisi quod quidam linguis differunt et cultu deum quos patrios seruant ac patrio more uenerantur. Proximis nullae quidem urbes stant, tamen domicilia sunt quae mapalia appellantur. uictus asper et munditiis carens. Primores sagis uelantur, uulgus bestiarum pecudumque pellibus. Humi quies epulaeque capiuntur. uasa ligno fiunt aut cortice. Potus est lac sucusque bacarum. Cibus est caro plurimum ferina : nam gregibus, quia id solum opimum est, quod potest parcitur.
[36] Tel est l'état des côtes de l'Afrique depuis les colonnes d'Hercule. Les peuples qui les habitent ont adopté en tous points nos moeurs et nos usages, si ce n'est que quelques-uns d'entre eux ont conservé leur langue primitive, ainsi que les dieux et le culte de leurs ancêtres. Ceux qui les suivent immédiatement dans l'intérieur n'ont point de villes, mais se pratiquent une sorte de demeures qu'on appelle mapalia (huttes, masures) ; leur manière de vivre est âpre et malpropre. Les chefs de la nation se couvrent de saies, et le reste du peuple de peaux de bêtes fauves ou de celles de leurs troupeaux ; ils n'ont d'autre lit ni d'autre table que la terre ; leurs vases sont de bois ou d'écorce ; ils ne boivent que du lait et d'une certaine liqueur qu'ils expriment des fruits sauvages ; ils ne mangent que de la chair, et le plus souvent de celle des animaux féroces : car, autant qu'ils le peuvent, ils ne touchent pas à leurs troupeaux, qui sont leur seule richesse.
[37] Interiores incultius etiam secuntur uagi pecora, utque a pabulo ducta sunt ita se ac tuguria sua promouent, atque ubi dies deficit ibi noctem agunt. Quamquam in familias passim et sine lege dispersi nihil in commune consultant, tamen quia singulis aliquot simul coniuges et plures ob id liberi adgnatique sunt nusquam pauci. Ex his qui ultra deserta esse memorantur Atlantes solem exsecrantur et dum oritur et dum occidit ut ipsis agrisque pestiferum. Nomina singuli non habent, non uescuntur animalibus, neque illis in quiete qualia ceteris mortalibus uisere datur.
[37] Plus loin, ce sont des hommes encore plus grossiers, qui suivent à l'aventure leurs troupeaux dans les pâturages, traînant avec eux leurs cabanes, et passant la nuit dans l'endroit où les ténèbres les surprennent. Quoique distribués en familles éparses, sans lois, sans intérêt commun qui les réunisse, ils ne laissent pas d'être partout assez nombreux, parce que, chaque homme ayant à la fois plusieurs femmes, il en résulte une grande quantité d'enfants et d'agnats. Parmi les peuples qui existent, dit-on, au delà des déserts, sont les Atlantes, qui maudissent le soleil à son lever et à son coucher, comme un astre funeste aux habitants et au pays. Chez eux, les individus n'ont point de nom ; ils s'abstiennent de chair, et n'ont point de rêves pendant leur sommeil, comme les autres hommes.
[38] Trogodytae nullarum opum domini strident magis quam locuntur, specus subeunt alunturque serpentibus.
[38] Les Troglodytes ne possèdent rien ; leur voix rend moins des sons articulés que des cris aigus ; ils habitent des cavernes et se nourrissent de serpents.
[39] Apud Garamantas etiam armenta sunt eaque obliqua ceruice pascuntur, nam pronis directa in humum cornua officiunt. Nulli certa uxor est. Ex his qui tam confuso parentium coitu passim incertique nascuntur quos pro suis colant formae similitudine agnoscunt. Augilae manes tantum deos putant, per eos deierant, eos ut oracula consulunt, precatique quae uolunt, ubi tumulis incubuere, pro responsis ferunt somnia. Feminis eorum sollemne est nocte qua nubunt omnium stupro patere qui cum munere aduenerint, et tum cum plurimis concubuisse maximum decus, in reliquum pudicitia insignis est. Nudi sunt Gamphasantes armorumque omnium ignari ; nec uitare sciunt tela nec iacere, ideoque obuios fugiunt, neque aliorum quam quibus idem ingenii est aut congressus aut conloquia patiuntur.
[39] Les Garamantes ont une espèce de boeufs qui, en paissant, inclinent obliquement la tète, parce que leurs cornes, abaissées directement vers la terre, les empêcheraient de paître. Aucun d'eux n'a d'épouse particulière, et, parmi les enfants qui naissent de cette promiscuité, la filiation se règle sur la ressemblance. Les Augiles ne connaissent d'antres dieux que les mânes ; ils jurent par eux, les consultent comme des oracles, et, quand ils leur ont adressé quelque voeu, ils se couchent sur des tombeaux et prennent pour réponses les songes qu'ils ont pendant leur sommeil. Suivant une coutume solennelle, leurs femmes s'abandonnent la première nuit de leurs noces à tous ceux qui leur apportent des présents, et plus le nombre en est grand, plus elles sont fières ; du reste, une fois quittes envers l'usage, elles sont d'une rare chasteté. Les Gamphasantes vont tout nus, et ne connaissent aucunement l'usage des armes, soit pour se défendre, soit pour attaquer : c'est pour cela qu'ils fuient la rencontre des autres hommes, et qu'ils n'ont de commerce ou d'entretien qu'avec ceux qui ont la même nature.
[40] Blemyis capita absunt, uultus in pectore est. Satyris praeter effigiem nihil humani. aegipanum quae celebratur ea forma est. Haec de Africa.
[40] Les Blémyes n'ont point de tête : leur visage est sur leur poitrine. Les Satyres n'ont d'humain que la figure. Les Aegipans ont la forme qu'on leur attribue. Voila ce qui regarde l'Afrique.
Description détaillée de l'Asie.
L'Égypte.
[41] Asiae prima pars aegyptus inter Catabathmon et Arabas ; ab hoc litore penitus immissa donec aethiopiam dorso contingat ad meridiem refugit. Terra expers imbrium mire tamen fertilis et hominum aliorumque animalium perfecunda generatrix. Nilus efficit, amnium in Nostrum mare permeantium maximus.
[41] L'Égypte est la première partie de l'Asie : elle s'étend du Catabathmos à l'Arabie, et des bords de notre mer à l'Éthiopie, qui y est adossée et la borne au midi. Quoiqu'il ne pleuve pas en Égypte, la terre y est extraordinairement féconde en fruits, en hommes et en animaux, grâce aux inondations du Nil, le plus grand des fleuves qui se jettent dans notre mer.
[42] Hic ex desertis Africae missus nec statim nauigari facilis nec statim Nilus est, et cum diu simplex saeuusque descendit, circa Meroen late patentem insulam in aethiopiam diffunditur, alteraque parte Astabores altera Astape dictus est. ubi rursus coit ibi nomen hoc capit.
[42] Ce fleuve, qui sort des déserts de l'Afrique, n'est d'abord ni propre à la navigation, ni connu soirs le nom de Nil. Après avoir parcouru dans un même lit, dont la pente est très rapide, une grande étendue de pays, il entre en Éthiopie et s'y divise en deux bras, dont il entoure la grande île de Méroé l'un s'appelle Astaboras, et l'autre Astape. Ces deux bras se réunissent ensuite, et c'est alors qu'il commence à porter le nom de Nil.
[43] Inde partim asper partim nauigia patiens in immanem lacum deuenit, ex quo praecipiti impetu egressus et Tachempso alteram insulam amplexus usque ad Elephantinen urbem aegyptiam atrox adhuc feruensque decurrit. Tum demum placidior et iam bene nauigabilis primum iuxta Cercasorum oppidum triplex esse incipit. Deinde iterumque diuisus ad Delta et ad Melyn it per omnem aegyptum uagus atque dispersus, septemque in ora se scindens singulis tamen grandis euoluitur.
[43] De là, tantôt. violent et rebelle, tantôt facile et navigable, il se jette dans un lac immense, d'où il sort avec impétuosité pour embrasser une seconde île, appelée Tachompso, et rouler avec violence ses eaux tumultueuses jusqu'à Éléphantine, ville d'Égypte. Seulement alors devenu plus calme et sans danger pour la navigation, il se divise d'abord en trois branches, près de la ville de Cercasore ; plus loin, vers les parties de l'Égypte qu'on appelle Delta et Mélis, il se subdivise encore en quatre branches, et, après avoir ainsi traversé tout le pays, vagabond et dispersé, il vient se jeter dans la mer par sept embouchures différentes, mais toutes d'une largeur considérable.
[44] Non pererrat autem tantum eam sed aestiuo sidere exundans etiam irrigat, adeo efficacibus aquis ad generandum alendumque, ut praeter id quod scatet piscibus, quod hippopotamos crocodilosque uastas beluas gignit, glaebis etiam infundat animas, ex ipsaque humo uitalia effingat. Hoc eo manifestum est, quod ubi sedauit diluuia ac se sibi reddidit, per umentes campos quaedam nondum perfecta animalia sed tum primum accipientia spiritum et ex parte iam formata ex parte adhuc terrena uisuntur.
[44] Au reste, le Nil ne se borne pas à parcourir l'Égypte, il déborde encore et l'inonde au solstice d'été, et ses eaux sont si fécondantes et si nutritives, qu'outre qu'elles fourmillent de poissons et produisent même des animaux d'une grosseur prodigieuse, tels que l'hippopotame et le crocodile, elles animent jusqu'à la terre et en forment des êtres vivants : la preuve en est, qu'à la suite des inondations, et lorsque le fleuve est rentré dans son lit, on trouve dans les plaines encore humides certains animaux dont l'organisation ébauchée présente une portion de terre faisant corps avec la partie vivante et animée.
[45] Crescit porro, siue quod solutae magnis aestibus niues ex inmanibus aethiopiae iugis largius quam ripis accipi queant defluunt, siue quod sol hieme terris propior et ob id fontem eius minuens tunc altius abit, sinitque integrum et ut est plenissimus surgere, siue quod per ea tempora flantes Etesiae aut actas a septentrione in meridiem nubes super principia eius imbre praecipitant, aut uenienti obuiae aduerso spiritu cursum descendentis impediunt, aut harenis quas cum fluctibus litori adplicant ostia obducunt ; fitque maior uel quod nihil ex semet amittit, uel quod plus quam solet accipit, uel quod minus quam debet emittit.
[45] Les débordements du Nil proviennent, soit de la fonte des neiges qui couvrent les hautes montagnes de l'Éthiopie, et, dans les grandes chaleurs, découlent dans ce fleuve avec une telle abondance, que son lit ne peut les contenir ; soit de ce que le soleil, qui est, en hiver, plus rapproché de la terre, et diminue par son attraction le volume des eaux du Nil, remonte en été dans une région plus élevée, et le laisse alors couler dans toute sa plénitude ; soit de ce que, dans cette saison, les vents Étésiens poussent du septentrion au midi des nuages qui se résolvent en pluie dans les lieux où il prend sa source, ou que, soufflant dans un sens contraire au cours de ce fleuve, ils repoussent ses eaux et les empêchent de descendre, ou qu'ils obstruent ses embouchures par des sables qu'ils chassent avec les flots de la mer vers le rivage. En un mot, le Nil grossit, ou parce qu'il ne perd rien, ou parce qu'il reçoit plus qu'à l'ordinaire, ou parce qu'il donne moins à la mer qu'il ne doit lui donner.
[46] Quod si est alter orbis suntque oppositi nobis a meridie antichthones, ne illud quidem a uero nimium abscesserit, in illis terris ortum amnem, ubi subter maria caeco alueo penetrauerit, in nostris rursus emergere, et hac re solstitio adcrescere quod tum hiemps sit unde oritur.
[46] S'il existe vraiment au delà de la zone torride une terre correspondante à celle que nous habitons, on peut croire encore, sans trop blesser la vraisemblance, que, prenant sa source dans cette contrée inconnue et passant au-dessous des mers intermédiaires par un lit souterrain, il reparaît ensuite dans notre hémisphère, et s'y gonfle au temps du solstice, par la raison que le pays d'où il vient a l'hiver à la même époque.
[47] Alia quoque in his terris mira sunt. In quodam lacu Chemmis insula lucos siluasque et Apollinis grande sustinens templum natat, et quocumque uenti agunt pellitur. Pyramides tricenum pedum lapidibus exstructae, quarum maxima, tres namque sunt, quattuor fere soli iugera qua sedet occupat, totidem in altitudinem erigitur. Moeris, aliquando campus nunc lacus uiginti milia passuum in circuitum patens, altior quam ad nauigandum magnis onustisque nauibus satis est.
[47] L'Égypte présente encore d'autres merveilles : on y voit une île, appelée Chemmis, sur laquelle s'élève, au milieu de forêts et de bois sacrés, un grand temple d'Apollon, errer dans un lac au gré des vents. On y trouve des pyramides construites avec des pierres de trente pieds chacune, et dont la plus grande, car elles sont au nombre de trois, a presque quatre arpents de largeur à sa base, sur autant de hauteur. Le lac Moeris, autrefois terre ferme, a vingt mille pas de circonférence, et. assez de profondeur pour porter de gros vaisseaux de charge.
[48] Psammetichi opus labyrinthus, domos mille et regias duodecim perpetuo parietis ambitu amplexus, marmore exstructus ac tectus, unum in se descensum habet, intus paene innumerabiles uias, multis ambagibus huc et illuc remeantibus, sed continuo anfractu et saepe reuocatis porticibus ancipites : quibus subinde alium super alios orbem agentibus, et subinde tantum redeunte flexu quantum processerat, magno et explicabili tamen errore perplexus est. Cultores regionum multo aliter a ceteris agunt. Mortuos fimo obliti plangunt : nec cremare aut fodere fas putant, uerum arte medicatos intra penetralia conlocant. Suis litteris peruerse utuntur. Lutum inter manus, farinam calcibus subigunt. Forum ac negotia feminae, uiri pensa ac domus curant ; onera illae umeris, hi capitibus accipiunt ; parentes cum egent, illis [mulieribus scilicet] necesse est, his liberum est alere. Cibos palam et extra tecta sua capiunt, obscena intimis aedium reddunt.
[48] Le labyrinthe, ouvrage de Psammetichus, renferme trois mille maisons et douze palais dans une enceinte continue de murailles ; il est fait et couvert de marbre ; il n'a qu'une seule entrée, mais cette entrée se divise en une multitude presque innombrable de routes, qui se croisent, s'embrouillent et s'égarent en mille détours, pour aboutir sans cesse à des portiques ; et ces portiques, tantôt décrivant des orbes les uns autour des autres, tantôt ramenant au point d'où on était parti, jettent le voyageur dans une perplexité d'où il ne se tire qu'avec la plus grande peine. Les Égyptiens ont des usages tout à fait contraires à ceux des autres peuples. Ils se couvrent de boue dans les funérailles. Ils regardent comme une profanation de brûler ou d'enterrer les morts ; mais ils les embaument et les déposent dans l'intérieur des édifices. Ils écrivent de droite à gauche. Ils pétrissent la boue avec les mains, et la farine avec les pieds. Les femmes vont sur la place et font les affaires ; les hommes gardent la maison et veillent aux menus soins du ménage. Celles-là portent les fardeaux sur les épaules, et ceux-ci sur la tête ; celles-là sont forcées de nourrir leurs parents dans l'indigence, ceux-ci peuvent s'en dispenser. Ils prennent leurs repas en public et hors de leurs maisons ; mais ils y rentrent pour satisfaire à certains autres besoins naturels.
[49] Colunt effigies multorum animalium atque ipsa magis animalia, sed alia alii : adeo ut quaedam eorum etiam per inprudentiam interemisse capitale sit, et ubi morbo aut forte extincta sint sepelire ac lugere sollemne sit. Apis populorum omnium numen est : bos niger certis maculis insignis et cauda linguaque dissimilis aliorum. Raro nascitur nec coitu pecudis, ut aiunt, sed diuinitus et caelesti igne conceptus, diesque quo gignitur genti maxime festus est.
[49] Ils adorent, suivant la différence des lieux, les effigies d'un grand nombre d'animaux, mais plus encore les animaux eux-mêmes: de sorte qu'il y en a que c'est un crime capital de tuer, même involontairement, et quand ils meurent de maladie ou d'accident, on les ensevelit et on les pleure avec solennité. Le boeuf Apis est l'objet d'un culte commun à tous les peuples de l'Égypte ; il est noir et marqué de certaines taches déterminées ; sa langue et sa queue diffèrent de celles des autres boeufs. Sa naissance est un prodige rare: on prétend même qu'il n'est pas le fruit d'un accouplement ordinaire, mais que sa mère le conçoit surnaturellement d'un rayon du feu céleste ; et le jour de sa naissance est pour l'Égypte un grand jour de fête.
[50] Ipsi uetustissimi ut praedicant hominum trecentos et triginta reges ante Amasim, et supra tredecim milium annorum aetates certis annalibus referunt mandatumque litteris seruant, dum aegyptii sunt, quater cursus suos uertisse sidera ac solem bis iam occidisse unde nunc oritur.
[50] Les Égyptiens se vantent d'être le plus ancien peuple de la terre, et de posséder des annales authentiques, qui font mention de trois cent trente rois antérieurs à Amasis, et remontent à plus de treize mille ans. On y lit encore que, depuis qu'ils existent, le cours des astres a quatre fois changé de direction, et que le soleil s'est couché deux fois où il se lève actuellement.
[51] uiginti urbium Amasi regnante habitarunt et nunc multas habitant. Earum clarissimae procul a mari Sais, Memphis, Syene, Bubastis, Elephantine Thebae utique ut Homero dictum est centum portas siue ut alii aiunt centum aulas habent, totidem olim principum domos, solitasque singulas ubi negotium exegerat dena armatorum milia effundere ; in litore Alexandria Africae contermina, Pelusium Arabiae. Ipsas oras secant Canopicum, Bolbiticum, Sebennyticum, Pathmeticum, Mendesium, Cataptystum, Pelusiacum Nili ostia.
[51] L'Égypte avait vingt mille villes sous le règne d'Amasis, et en compte encore beaucoup aujourd'hui. Les plus célèbres dans l'intérieur sont Saïs, Memphis, Syène, Bubastis, Éléphantis et Thèbes. Cette dernière est fameuse, suivant Homère, par ses cent portes, par chacune desquelles elle pouvait, au besoin, faire sortir dix mille soldats ; ou, suivant d'autres, par cent palais, autrefois habités par autant de princes. Sur le bord de la mer, on distingue encore Alexandrie, qui touche à l'Afrique, et Péluse, qui touche à l'Arabie. La côte est coupée par les sept bouches, du Nil, connues sous les noms de Canopique, Bolbitique, Sébennytique, Pathmétique, Mendésienne, Cataptyste et Pélusiaque.
L'Arabie.
[52] Arabia hinc ad Rubrum mare pertinet, sed illic magis laeta et ditior ture atque odoribus abundat, hic nisi qua Casio monte adtollitur plana et sterilis portum admittit Azotum suarum mercium emporium, qua in altum abit adeo edita, ut ex summo uertice a quarta uigilia ortum solis ostendat.
[52] De cette extrémité de l'Égypte, l'Arabie s'étend jusqu'à la mer Rouge. Cette contrée, agréable et fertile dans ses parties méridionale et orientale, où elle abonde en encens et autres parfums, n'offre du côté de notre mer qu'un terrain stérile et plat, dont la monotonie n'est interrompue que par le mont Casius. Azot est, du même côté, le port où les Arabes viennent particulièrement faire trafic de leurs marchandises. Le mont Casius a tant d'élévation, que l'illumination de son sommet annonce dès la quatrième veille le lever du soleil.
La Syrie.
[53] Syria late litora tenet, terrasque etiam latius introrsus, aliis aliisque nuncupata nominibus : nam et Coele dicitur et Mesopotamia et Damascene et Adiabene et Babylonia et Iudaea et Co Sophene.
[53] La Syrie s'étend au loin sur le bord de la mer, et plus encore dans l'intérieur des terres: elle prend çà et là des noms différents. Dans l'intérieur, on l'appelle Coelé, Mésopotamie, Damascène, Adiabène, Babylonie, Judée et Commagène ;
[54] Hic Palaestine est qua tangit Arabas, tum Phoenice ; et ubi se Ciliciae committit Antiochia, olim ac diu potens, sed cum eam regno Semiramis tenuit longe potentissima. Operibus certe eius insignia multa sunt ; duo maxime excellunt ; constituta urbs mirae magnitudinis Babylon, ac siccis olim regionibus Euphrates et Tigris immissi.
[54] ici Palestine, sur les confins de l'Arabie ; là Phénicie ; et, sur les confins de la Cilicie, Antiochie. Elle fut autrefois puissante, et pendant une longue suite d'années, mais surtout sous la domination de Sémiramis. Parmi les nombreux et magnifiques travaux qui ont immortalisé le nom de cette reine, il en est deux qui l'emportent de beaucoup sur tous les autres la construction de Babylone, ville d'une merveilleuse grandeur ; et cette multitude de canaux qui distribuèrent à des régions auparavant arides les eaux de l'Euphrate et. du Tigre.
[55] Ceterum in Palaestina est ingens et munita admodum Gaza : sic Persae aerarium uocant, et inde nomen est, quod cum Cambyses armis aegyptum peteret, huc belli et opes et pecuniam intulerat. Est non minor Ascalon ; est Iope ante diluuium ut ferunt condita, ubi Cephea regnasse eo signo accolae adfirmant, quod titulum eius fratrisque Phinei ueteres quaedam arae cum religione plurima retinent : quin etiam rei celebratae carminibus ac fabulis, seruataeque a Perseo Andromedae clarum uestigium marinae beluae ossa immania ostentant.
[55] Cependant la Palestine possède Gaza, ville grande et très fortifiée, ainsi appelée d'un mot qui, dans la langue les Perses, signifie trésor, parce que Cambyse, allant faire la guerre à l'Égypte, y avait déposé sa caisse et ses approvisionnements militaires ; Ascalon, qui n'est pas moins importante, et Jopé, bâtie, dit-on, avant le déluge. Les habitants de cette dernière ville prétendent que Céphée y régna autrefois, par la raison que d'anciens autels, qui sont chez eux l'objet d'un culte particulier, portent encore le titre de ce prince et celui de son frère Phinée ; ils font voir en outre les ossements prodigieux d'un monstre marin, comme une preuve indubitable de la délivrance d'Andromède par Persée, événement si fameux dans la poésie et la fable.
La Phénicie.
[56] Phoenicen inlustrauere Phoenices, sollers hominum genus et ad belli pacisque munia eximium : litteras et litterarum operas aliasque etiam artes, maria nauibus adire, classe confligere, inperitare gentibus, regnum proeliumque conmenti.
[56] La Phénicie doit sa célébrité à ses habitants, nation ingénieuse et également supérieure dans les travaux de la guerre et de la paix. Ils inventèrent les caractères alphabétiques et leurs divers usages, ainsi que plusieurs autres arts ; ils enseignèrent à courir les mers et à se battre sur des navires, à commander aux nations: également puissants au dehors et au dedans.