Saball mac Mannaill / Saball mac Manuail / Saball mac Níonuaill / Sabhall — personnage de la mythologie irlandaise. Dans toutes les versions de la partie consacrées à Cessair du Lebor Gabála Érenn apparaît un certain Saball mac Manúail / Saball mac Mannaill (Saball mac Níonuaill chez Keating), présenté comme le père nourricier de Cessair. Aucune autre précision n’est donnée à son sujet, comme si son identité allait de soi pour le lecteur. Faut-il y voir le fossile d’une tradition plus ancienne, peut-être préchrétienne ? S’agit-il de l’un de ces fameux druides qui conseillent Cessair dans certaines versions ? Sa présence dans le récit, sans qu’aucun épisode ne lui soit consacré ni qu’aucune explication ne vienne éclairer son rôle, laisse pour le moins perplexe.
Cessair, fille de Bith l’Endurant, fille adoptive de Saball mac Manúail, la première femme vaillante qui partit, qui envahit l’Irlande avant le Déluge.
Macalister relève lui aussi cette anomalie. Il estime que la mention de Saball est si dépourvue d’utilité dans le récit qu’elle laisse supposer qu’il occupait une place importante dans une version plus ancienne de la saga de Cessair. S’appuyant sur la forme Saball mac Níonuaill donnée par Keating, il envisage de rapprocher Nionuall de Nenual, un personnage mentionné en relation avec la tour de Babel, ce qui conduirait à rattacher Saball à la mystérieuse succession des rois guerriers de Scythie. Cette identification reste toutefois hypothétique et ne permet pas de résoudre la question essentielle : quel était réellement le rôle de Saball ?
Macalister va plus loin dans une autre de ses notes en envisageant que Saball puisse être l' « Être » qui avertit Cessair et Fintan de la venue du Déluge. Il reconnaît cependant que le Saball mac Manúail est, en l’état, un personnage inconnu et considère que sa mention pourrait être une interpolation tardive. Il nuance aussitôt cette conclusion : si interpolation il y a, elle pourrait justement s’expliquer par le fait que le glossateur considérait Saball comme un personnage essentiel à la tradition et estimait qu’il devait être mentionné. Autrement dit, le glossateur savait qui était censé être Saball ; nous l’avons oublié.
Le nom Saball correspond par ailleurs au gaélique sabhall (« grange »), ce qui pourrait ouvrir une piste étymologique, sans que l’on puisse pour autant établir un lien entre ce sens et le personnage.
Sources: • R.A.S. Macalister, (1939) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland II
• Royal Irish Academy. (1913-1976). Dictionary of the Irish Language, Based Mainly on Old and Middle Irish Materials, 7 volumes, Dublin, Royal Irish Academy.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique