Cité de la province du Norique. Son territoire couvrait une portion de la haute-vallée de la Drave, entre les Alpes carniques, au sud, et le Hohe Tauern au nord (Tyrol, Autriche). L'ouest de son territoire se prolongeait dans la vallée de la Rienza. En effet, les bornes milliaires de Valdaora di Sotto (CIL XVII-4, 165), Chienes (AE 1962, 308), Casteldarne (AE 1982, 729) et San Lorenzo di Sebato (CIL III, 5708), posées le long de la voie reliant Aguntum à Aquileia (Aquilée) apportent un éclairage inédit. Toutes furent érigées par le municipe des Aguntenses, impliquant que celui-ci contrôlait également le Val Pusteria (province autonome de Bolzano, Italie).
Attestations et étymologie
Suivant une conception toute romaine de l'administration territoriale, le municipe désigne à la fois une ville, et l'ensemble du territoire sur lequel elle exerçait son administration. Dans le cas des Aguntenses, il s'agît du gentilé des habitants d'Aguntum (Dölsach) et donc par extension, celui des populations administrées depuis cette ville. Ce municipe fut mentionné par Pline (Histoire naturelle, III, 146), puis par de nombreuses inscriptions lapidaires.
Histoire
● Le municipe des Aguntenses, une création tardive
Le municipe des Aguntensesfut fondé par l'empereur Claude vers 47-48 ap. J.‑C., par le rassemblement des territoires des Saevates et des Laiances, autour d'un centre urbain unique, Aguntum. Cette nouvelle organisation, qui témoigne du fait que les institutions indigènes de ces peuples s'étaient largement calquées sur le modèle romain, fut accompagnée par l'octroi du droit latin (Alfoldy, 1974 ; Chastagnol, 1990). Aussi, à l'instar des autres cités du Norique qui en bénéficièrent (Celeienses, Iuvavenses, Teurnienses et Virunenses), le municipe des Aguntenses reçut le surnom Claudia, comme en témoignent Pline (Histoire naturelle, III, 146) et une inscription votive provenant de Duino (Duino-Aurisina, province de Trieste, Italie) (CIL V, 708).
● Le municipe des Aguntenses au Bas-Empire
À la fin du IIIᵉ s. ap. J.‑C., dans le cadre de la réforme provinciale de Dioclétien, les Aguntenses furent rattachés à la province du Norique méditerranéen, laquelle était intégrée au diocèse de Pannonie.
Sources littéraires anciennes
Pline, Histoire naturelle, III, 146 :"Derrière les Carniens et les Japydes, le long du grand Danube, aux Rhètes touchent les Noriques. Villes de ces derniers : Virunum, Celeia, Teurnia, Aguntum, Vianiomina, Claudia (Iuvaum, toutes "claudiennes"), Flavium Solvense. Le pays des Noriques est limitrophe du lac Peiso et des déserts des Boïens ; cependant ces déserts ont déjà reçu Sabaria, colonie du dieu Claude, et la ville de Scarabantia Julia."
Sources épigraphiques
Duino (Duino-Aurisina) (CIL V, 708) SPEI AVG(VSTAE) [...] AVCONIVS OPTATVS EQ(VO) P(VBLICO) DEC(VRIO) ET IIVIR CL(AVDI) AG(VNTI) PRO SALVTE T(ITI) AVCONI OPTATI FILI(I) SVI EQVIT(IS) ROM(ANI) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)
"À l'Auguste Espérance, [...] Auconius Optatus, chevalier public, décurion et duumvir de Claudium Aguntum, pour le salut de Titus Auconiu Optatus, son fils, chevalier romain, s'est acquitté de son voeu, de bon gré, comme il se doit."
Wasserburg am Inn (CIL III, 5583) CN(AEO) TREBONIO FIR/MO ET VAL(ERIAE) IANTVMARAE C(AIVS) TREBONIVS FAVSTVS IIVIR[VM] ET PRAEF(ECTVS) I(VRE) D(ICVNDO) CIVITATIS AGV[O]NT(ENSIVM) PARENTIB(VS) OPTIM(IS) ET SIBI ET TREBONIAE MAXIMI F(ILIAE) EXORATAE CONIVGI FEC(IT)
"À Cnaeus Trebonius Firmus et Valeria Iantumara. Caius Trebonius Faustus, duumvir et préfet chargé de dire le droit de la cité des Aguntenses, aux meilleurs des parents, pour lui-même et pour Trebonia Exorata fille de Maximus, son épouse, a fait (ce monument)."
Un ethnicon en -enses est une désignation collective latine formée sur un toponyme (ville, centre urbain, territoire), servant à nommer les habitants d’une cité ou d’une communauté civique dans le cadre de l’administration romaine. Leur usage, bien que généralisé à l’époque impériale, se diffuse largement dans les contextes urbains et provinciaux caractérisés par une forte diversité de populations, où l’identification civique tend à se substituer aux désignations d’origine ethnique dans les cadres administratifs et épigraphiques. Morphologiquement, ces formes reposent sur un suffixe adjectival en -ensis, décliné au singulier (-ensis) et au pluriel (-enses).
Sources: • G. Alfoldy (1974) - Noricum, Routledge and Kegan Paul, collection : The Provinces of the Roman Empire, Londres et Boston, 413p.
• A. Chastagnol (1990) - "Les municipes romains du premier siècle apr. J.‑C.", in :L'Afrique dans l'Occident romain. Ier siècle av. J.‑C. - IVe siècle ap. J.‑C., Actes du colloque de Rome (3-5 décembre 1987), Publications de l'École Française de Rome, 134, Rome, pp.351-365
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique