La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
passernices - Dans son Histoire naturelle, Pline l’Ancien énumère les noms de différentes pierres à aiguiser le fer (cotes ferro) communément utilisées de son temps. Parmi ces roches, il mentionne les passernices, extraites au-delà des "au-delà des Alpes" (Histoire naturelle, XXXVI, 47).
Une ancienne hypothèse, formulée notamment par C. Jullian (1920), propose d'identifier les passernices mentionnées par Pline l’Ancien aux célèbres pierres à aiguiser en coticule de la région de Vielsalm (province de Luxembourg, Belgique). Plus tard, D. E. Eichholz (1962) commentant le terme passernices, a proposé plusieurs possibilités très concrètes. Il suggère qu'il pourrait s'agir de pierres à eau fines et dures constituées d'un schiste ardoisier, provenant de Sonneberg (Thuringe, Allemagne) ; mais il ajoute aussitôt qu'il pourrait plutôt s'agir des pierres à rasoir jaunes connues dans la région de Ratisbonne (Bavière, Allemagne), ainsi qu'en plusieurs endroits de Belgique. Ces identifications demeurent toutefois conjecturales : les indications fournies par Pline ne permettent aucunement d’en préciser leur provenance, et les études archéologiques ne proposent aucun rapprochement. Ainsi, le travail d’A. Thiébaux et al. (2016) consacré aux centres de production romains de pierres à aiguiser en Gaule septentrionale, identifie trois grands ateliers ; Buizingen (Hal, province du Brabant flamand, Belgique), Nereth (Baelen, province de Liège, Belgique) et Le Châtelet-sur-Sormonne (Ardennes, France). Ils observent également que les aiguisoirs en siltite produits au Châtelet-sur-Sormonne ont été largement exportés dans les provinces gauloises et germaniques, jusqu’au Limes. Par contre, ils ne proposent aucunement d’identifier cette production avec les passernices de Pline.
G. Dottin (1918) range bien passernices parmi les mots probablement ou certainement gaulois désignant des outils et donne le sens de "pierres à aiguiser", sans autre explication. Les travaux ultérieurs, notamment ceux de X. Delamarre ne retiennent pas ce mot. Il convient donc de considérer que sa celticité est douteuse.
Sources littéraires anciennes
Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 47 :"Passons maintenant aux pierres dont les ouvriers se servent, et commençons par la pierre à aiguiser le fer. Celle-ci est de plusieurs sortes : la crétoise eut longtemps le plus grand renom ; puis vint celle de la Laconie, tirée du mont Taygète, toutes deux ayant besoin d'huile. Quant à celles dont on se sert avec l'eau, le premier rang appartenait à la pierre de Naxos, le second à celle d'Arménie ; nous avons parlé de l'une et de l'autre. Celle de Cilicie et excellente, tant a l'eau qu'a l'huile ; celle d' Arsinoé, à l'eau seulement. On en a trouvé en Italie qui à l'eau affilent parfaitement le tranchant. Les contrées d'au delà des Alpes en fournissent aussi : on les nomme passernices."
Sources: • G. Dottin, (1918) - La langue gauloise : grammaire, textes et glossaire, Librairie Klincksieck, Paris, 364p.
• D. E. Eichholz, (1962) - Pliny, Natural History, vol. X, Books XXXVI-XXXVII, Loeb Classical Library 419, Harvard University Press - Heinemann, Cambridge (Mass.) - Londres, 344p.
• C. Jullian, (1920) - Histoire de la Gaule, t. V, La civilisation gallo-romaine. État matériel, Hachette, Paris, 381p.
• A. Thiébaux et al., (2016) - "Roman whetstone production in northern Gaul (Belgium and northern France)", Journal of Lithic Studies, vol.3, n°3, pp.565-587
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Anne Dudant pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique