Lexique gaulois de Pline l’Ancien (Histoire naturelle)
L’Histoire naturelle de Pline l’Ancien constitue l'une des sources latines les plus riches pour l'étude du lexique botanique, zoologique, rural et technique gallo-romain. À plusieurs reprises, l'auteur signale explicitement des termes qu'il attribue aux Gaulois. Ces précieuses occurrences, assez nombreuses, offrent des attestations indirectes du lexique gaulois.
HISTORIA NATURALIS
HISTOIRE NATURELLE
[III, 20] pudet a Graecis Italiae rationem mutuari, Metrodorus tamen Scepsius dicit, quoniam circa fontem arbor multa sit picea, quales Gallice uocentur padi, hoc nomen accepisse, Ligurum quidem lingua amnem ipsum Bodincum uocari, quod significet fundo carentem. cui argumento adest oppidum iuxta Industria uetusto nomine Bodincomagum, ubi praecipua altitudo incipit.
[III, 20] J'ai honte d'emprunter aux Grecs des détails sur l'Italie ; cependant Métrodore de Scepsis dit qu’il (le Pô) a reçu ce nom parce qu'autour de sa source abondent les pins appelés en gaulois padi, et que dans la langue des Ligures il s'appelle Bodincus, ce qui signifie sans fond. A l'appui des dire on peut citer Industria, ville voisine, appelée jadis Bodincomagum, et où (le fleuve) prend le plus de profondeur.
[III, 21] Les Gaulois appellent eporedicos les bons écuyers.
[IV, 94-95] insulae complures sine nominibus eo situ traduntur, ex quibus ante Scythiam quae appellatur Baunonia unam abesse diei cursu, in quam veris tempore fluctibus electrum eiciatur, Timaeus prodidit. reliqua litora incerta. signata fama septentrionalis oceani. Amalchium eum Hecataeus appellat a Parapaniso amne, qua Scythiam adluit, quod nomen eius gentis lingua significat congelatum. Philemon Morimarusam a Cimbris vocari, hoc est mortuum mare, inde usque ad promunturium Rusbeas, ultra deinde Cronium.
[IV, 94-95] On rapporte qu’il existe dans cette région plusieurs îles dépourvues de nom. Parmi elles, avant la Scythie, l’île appelée Baunonia se trouverait à une journée de navigation ; Timée rapporte qu’au printemps l’ambre y est rejeté par les flots. Le reste des côtes est incertain. La renommée a cependant fait connaître l’Océan septentrional. Hécatée l’appelle Amalchium à partir du fleuve Parapanisos, là où il baigne la Scythie ; ce nom signifie, dans la langue de ce peuple, gelé. Philémon rapporte que les Cimbres l’appellent Morimarusa, c’est-à-dire mer Morte, depuis cet endroit jusqu’au promontoire de Rusbeas, et qu’au-delà il est appelé Cronium.
[VIII, 28] Pompei Magni primum ludi ostenderunt chama, quem Galli rufium uocabant, effigie lupi, pardorum maculis.
[VIII, 28] C'est dans les jeux donnés par le grand Pompée qu'on a vu pour la première fois le loup-cervier, appelé en Gaule rufius ; il a la forme du loup et la robe du pard.
[IX, 17] Praecipua magnitudine thynni. inuenimus talenta XV pependisse, eiusdem caudae latitudinem duo cubita et palmum. fiunt et in quibusdam amnium haut minores, silurus in Nilo, isox in Rheno,attilus in Pado.
[IX, 17] Les thons sont au nombre des plus gros ; on en a vu un qui pesait 15 talents ; la largeur de sa queue était de cinq coudées et un palme. Il y a aussi dans certaines rivières des poissons qui ne sont pas moindres, le silure dans le Nilus, l’isox dans le Rhenus, l'attilus dans le Padus.
[IX, 65]coccum Galatiae, rubens granum, ut dicemus in terrestribus, aut circa Emeritam Lusitaniae in maxima laude est.
[IX, 65] La graine de coccum, la plus estimée, comme nous le dirons en parlant des productions terrestres, est celle de la &||Galatie&|| ou des environs d'Emerita en Lusitanie.
[XI, 64] Caput habent cuncta quae sanguinem. in capite paucis animalium nec nisi uolucribus apices, diuersi quidem generis, phoenici plumarum serie e medio eo exeunte alia, pauonibus crinitis arbusculis, stymphalidi cirro, phasianae corniculis, praeterea paruae aui, quae, ab illo galerita appellata quondam, postea Gallico uocabulo etiam legioni nomen dederat alaudae.
[XI, 64] Tous les animaux qui ont du sang ont une tête. Chez un petit nombre d'animaux, et sortant chez les oiseaux, la tète est garnie d'aigrettes de diverse espèce : le phénix porte un rang de plumes, et du milieu de cette aigrette s'en élève une autre ; le paon, un petit bosquet chevelu ; l'oiseau de Stymphale, une boucle ; le faisan, de petites cornes. Un petit oiseau, appelé jadis galerita à cause de sa huppe, a reçu depuis le nom gaulois d'alauda, nom qui a été donné même à une légion.
[XVII, 4] Alia est ratio, quam Britanniae et Galliae inuenere, alendi eam ipsa, genusque, quod uocant margam.
[XVII, 4] Autre est la méthode que la Gaule et la Bretagne ont inventée, et qui consiste à en graisser la terre avec la terre ; celle-ci se nomme marga.
[XVII, 4] proxima est rufa, quae uocatur acaunumarga, intermixto lapide terrae minutae, harenosae.
[XVII, 4] La (marne) suivante est la rousse, que l'on nomme acaunumarga ; c'est une pierre mêlée dans une terre menue et sablonneuse.
[XVII, 4] tertium genus candidae glisomargam uocant. est autem creta fullonia mixta pingui terra.
[XVII, 4] La troisième espèce de marne blanche se nomme glisomarga ; c'est une craie à foulon, mêlée de terre grasse.
[XVII, 4] columbinam Galliae suo nomine eglecopalam appellant.
[XVII, 4] Les Gaulois donnent à la marne colombine, dans leur langue, le nom d'eglecopala.
[XVIII, 11] Galliae quoque suum genus farris dedere, quod illic bracem uocant, apud nos scandalam, nitidissimi grani.
[XVIII, 11] Les Gaules ont aussi leur espèce de far, qu'on y nomme bracis, chez nous sandala. Le grain en est très blanc.
[XVIII, 19] Frumenti genera non eadem ubique nec, ubi eadem sunt, isdem nominibus. uolgatissima ex his atque pollentissima far, quod adoreum ueteres appellauere, siligo, triticum. haec plurimis terris communia. arinca Galliarum propria, copiosa et Italiae est
[XVIII, 19] Les espèces de froment ne sont pas les mêmes partout, et là où Biles sont les mêmes, elles ne portent pas les mêmes noms. Les plus répandues sont le far appelé par les anciens adoreum, le siligo et le froment. Ces espèces sont communes à plusieurs contrées. L'arinca est propre à la Gaule ; elle abonde aussi en Italie.
[XXII, 2] simili plantagini - glastum in Gallia uocatur - Britannorum coniuges nurusque toto corpore oblitae quibusdam in sacris nudae incedunt, Aethiopum colorem imitantes.
[XXII, 2] On donne dans la Gaule le nom de glastum à une plante semblable au plantain : les femmes et les filles des Bretons s'en teignent le corps, et, noires comme des Éthiopiennes, paraissent, nues, dans certaines cérémonies religieuses.
[XXII, 75] Irionesm inter fruges sesamae similem esse diximus et a Graecis erysimon uocari, Galli uelam appellant.
[XXII, 75] L'irion, semblable au sésame, est appelé par les Grecs erysimum ; les Gaulois le nomment uela.
[XXII, 82] Ex iisdem fiunt et potus, zythum in Aegypto, caelia et cerea in Hispania, ceruesia et plura genera in Gallia aliisque prouinciis, quorum omnium spuma cutem feminarum in facie nutrit.
[XXII, 82] Les céréales fournissent aussi des boissons : le zythum en Égypte, la caelia et la ceria en Espagne, la ceruesia et d'autres breuvages dans la Gaule et certaines provinces. L'écume de toutes ces boissons est un cosmétique que les femmes emploient pour entretenir la fraîcheur du teint.
[XXIV, 62-63] hanc contra perniciem omnem habendam prodidere Druidae Gallorum et contra omnia oculorum uitia fumum eius prodesse. Idem samolum herbam nominauere nascentem in umidis.
[XXIV, 62-63] Les druides gaulois ont prétendu qu'il faut toujours l'avoir sur soi contre les accidents, et que la fumée en est utile pour toutes les maladies des yeux. Les mêmes druides ont donné le nom de samolus à une plante qui croit dans les lieux humides.
[XXIV, 112]Rumpotinum arborem demonstrauimus inter arbusta. iuxta hanc uiduam vite nascitur herba, quam Galli rodarum uocant.
[XXIV, 112] Nous avons parlé du rumpotinus auprès de cet arbre, quand il n'est pas marié à la vigne, croit une herbe appelée par les Gaulois rodarum.
[XXV, 31] hoc centaurium nostri fel terrae uocant propter amaritudinem summam, Galli exacum, quoniam omnia mala medicamenta potum e corpore exigat per aluum.
[XXV, 31] En Italie on nomme cette centaurée le fiel de la terre, à cause de son extrême amertume. Les Gaulois la nomment exacon, parce que, prise en breuvage, elle fait évacuer par le bas toutes les substances vénéneuses.
[XXV, 46] Vettones in Hispania eam, quae Vettonica dicitur in Gallia, in Italia autem serratula, a Graecis cestros aut psychrotrophon.
[XXV, 46] Les Vettons, peuple d'Espagne, ont trouvé la plante appelée vettonica en Gaule, serratula en Italie, cestros ou psychotrophon en Grèce.
[XXVI, 42]alusalus autem, quam Galli sic uocant, Veneti cotoneam, medetur lateri, item renibus convolsisque et ruptis. similis est cunilae bubulae, cacuminibus thymo, dulcis et sitim sedans, radicis alibi albae, alibi nigrae.
[XXVI, 42] La plante nommée par les Gaulois alus, et par les Vénètes cotonea, guérit les douleurs de côté, les reins, les convulsions, les ruptures. Elle ressemble à la cunila babula, et, par le haut de la tige, au thym. Elle est douce, et apaise la soif. La racine est tantôt blanche, tantôt noire.
[XXVII, 41]Alumalus nos uocamus, Graeci symphyton petraeum, simile cunilae bubulae, foliis paruis, ramis III aut IIII a radice, cacuminibus thymi, surculosum, odoratum, gustu dulce, saliuam ciens, radice longa, rutila.
[XXVII, 41] La plante que nous nommons alus, et que les Grecs nomment symphyton des pierres, ressemble à la cunila bubula, a les feuilles petites, trois ou quatre branches partant de la racine, des sommités semblables à celles du thym. Elle est ligneuse, odorante, d'une saveur douce et qui provoque la salive. La racine est longue et rousse.
[XXVII, 76]limeum herba appellatur a Gallis, qua sagittas in uenatu tingunt medicamento, quod uenenum ceruarium uocant.
[XXVII, 76] Les Gaulois donnent le nom de limeum à une plante avec laquelle les chasseurs empoisonnent leurs flèches, préparation qu'ils appellent le poison du cerf.
[XXVIII, 191] prodest et sapo, Galliarum hoc inuentum rutilandis capillis.
[XXVIII, 191] On emploie aussi le sapo inventé dans les Gaules pour rendre les cheveux blonds
[XXXIII, 12] habeant in lacertis iam quidem et uiri, quod ex Dardanis uenit - itaque et Dardanium uocabatur ; uiriolae Celtice dicuntur, uiriae Celtiberice - habeant feminae in armillis digitisque totis, collo, auribus, spriis ;
[XXXIII, 12] que les hommes même aient aujourd'hui des bracelets d'or sous la dénomination d'or dardanien, parce que cet usage est venu de Dardanie, bracelets qu'on nomme uiriolae dans la Celtique, et uiriae dans la Celtibérie ; que les femmes portent de l'or aux bras, aux doigts, au cou, aux oreilles, aux tresses de leurs cheveux ; que des chaînes d'or courent autour de leur corsage ;
[XXXIV, 48] coepere deinde et esseda sua colisataque ac petorita exornare simili modo, quae iam luxuria ad aurea quoque, non modo argentea, staticula peruenit, quaeque in scyphis cerni prodigum erat, haec in uehiculis adteri cultus uocatur.
[XXXIV, 48] Puis on a orné semblablement les voitures dites esseda, colisata, petorrita. De la même façon un vain luxe est arrivé jusqu'aux ornements, non pas seulement argentés, mais aussi dorés ; et ce qui passait pour une merveille sur une coupe est mis à s'user dans les voitures ! cela s'appelle du savoir-vivre.
[XXXVI, 164-165] repertae sunt et in Italia aqua trahentes aciem acerrimae effectu, nec non et trans Alpis, quas passernices uocant.
[XXXVI, 164-165] On en a trouvé en Italie qui à l'eau affilent parfaitement le tranchant. Les contrées d'au delà des Alpes en fournissent aussi : on les nomme passernices.