Ojos del Guadiana, près de Villarrubia de los Ojos (Castille-La Manche, Espagne)
Confluence:
Entre Vila Real de Santo António (Portugal) et Ayamonte (Espagne)
Longueur:
744 km
Anas — Fleuve de la péninsule ibérique cité par Pomponius Mela (Description de la Terre, II, 77 & III, 3), qui le présente comme une limite majeure entre la Bétique et la Lusitanie. Strabon (Géographie, III, 1, 6-7 & III, 3, 1), l’Anas (le Guadiana) est intégré à une vaste description de la Bétique où il sert de frontière et surtout d’axe structurant. Associé au Tage et au Baetis, il participe à une véritable « géométrie fluviale » de l’Hispanie : Strabon insiste sur les similitudes de leurs cours, leurs bifurcations et leur rôle dans l’organisation du territoire. En raison de son importance, l’Anas est mentionné par de nombreux auteurs antiques (Ptolémée, Avienus, Strabon, Pomponius Mela, etc.). L’identification avec le Guadiana est assurée.
Le Guadiana prend sa source aux Ojos del Guadiana (« les yeux du Guadiana ») près de Villarrubia de los Ojos (Castille-La Manche, Espagne). Il s’agit de résurgences naturelles du système hydrologique du Guadiana, correspondant à des zones où la nappe phréatique alimente, ou alimentait, le cours du fleuve en surface. Historiquement, le Guadiana pouvait disparaître sur une partie de son tracé dans des terrains karstiques avant de réapparaître à ce niveau, ce qui explique cette dénomination. Aujourd’hui, ce fonctionnement naturel est fortement perturbé par l’abaissement des nappes phréatiques, et les résurgences sont souvent intermittentes ou absentes. Il se jette dans l'Atlantique entre Vila Real de Santo António (Portugal) et Ayamonte (Espagne), sur le golfe de Cadix.
Certains tronçons de son cours inférieur et moyen correspondent encore partiellement à la frontière entre l’Espagne et le Portugal, notamment dans sa partie terminale. Il ne s’agit toutefois pas d’une continuité administrative entre l’Antiquité et l’époque contemporaine, mais plutôt de la réutilisation d’une limite naturelle que constitue le fleuve.
Le nom actuel, Guadiana, vient de l’arabe wadi (وادي), qui signifie « rivière / vallée ». Le premier élément guad- / wadi- est donc d’origine arabe, introduit durant la période de domination islamique en péninsule Ibérique. Le second élément conserve l’ancien nom du fleuve. L’étymologie d’Anas demeure incertaine et est généralement considérée comme pré-latine.
Sources littéraires
Pomponius Mela, Description de la Terre, II, 77 : "Elle se divise en trois parties : l'une appelée Tarraconaise, l'autre Bétique, et la troisième Lusitanie. La Tarraconaise, qui d'un bout touche aux Gaules, et de l'autre à la Bétique et à la Lusitanie, présente son côté méridional à notre mer, et son côté septentrional à l'Océan. La Bétique et la Lusitanie sont séparées par le fleuve Anas ; ce qui fait que la Bétique regarde les deux mers : à l'occident, l'Atlantique ; au midi, la nôtre. La Lusitanie ne s'étend que sur l'Océan, qui en baigne le côté au nord, et le front au couchant. Parmi les villes intérieures de l'Hispanie, les plus florissantes, dans la Tarraconaise, sont Caesar-Augusta (autrefois Palantia et Numance) ; dans la Lusitanie, Emerita ; dans la Bétique, Astigi, Hispal, Corduba. "
Pomponius Mela, Description de la Terre, III, 3 : "En sortant du détroit, on passe dans la mer Atlantique, sur laquelle on rencontre, à droite, les côtes de la Bétique, qui, sans deux petits golfes, formeraient une ligne droite jusqu'au fleuve Anas. Elles sont habitées par les Turdules et les Bastules."
Strabon, Géographie, III, 3, 6 : "La partie du littoral adjacente au promontoire Sacré forme le commencement du côté occidental de l'Ibérie jusqu'à l'embouchure du Tage, et le commencement du côté méridional jusqu'à un autre fleuve appelé Anas, jusqu'à son embouchure s'entend. Ces deux cours d'eau viennent du levant; mais le premier, le Tage, beaucoup plus considérable que l'autre, coule droit au couchant jusqu'à son embouchure, tandis que l'Anas tourne au midi, formant ainsi, avec le Tage, une mésopotamie, dont la population, composée eu majeure partie de Celtici compte aussi quelques tribus lusitaniennes, que les Romains y ont transplantées naguère de la rive opposée du Tage. Il s'y trouve en outre, dans la partie haute, des Carpétans, des Orétans et des Vettons en grand nombre. Tout ce pays-là est déjà passablement fertile, mais celui qui lui fait suite au midi et à l'est ne le cède à pas une des plus riches contrées de la terre habitée pour l'excellence des produits qu'on y retire soit de la terre soit de la mer. Ce pays est celui qu'arrose le Baetis, autre grand fleuve, dont la source est voisine de celle de l'Anas et du Tage, et qui par l'importance de son cours lient le milieu en quelque sorte entre ces deux fleuves : le Baetis fait toutefois comme l'Anas, il coule d'abord au couchant, puis tourne au midi et s'en va déboucher dans la mer aux mêmes rivages que ce fleuve. Du nom du fleuve qui l'arrose ladite contrée a été appelée Baetique ; elle s'appelle aussi Turdétanie d'un des noms des populations qui l'habitent. Ces populations, en effet, portent deux noms : celui de Turdétans et celui de Turdules ; suivant les uns, ces deux noms auraient toujours désigné un seul et même peuple, mais suivant les autres (et Polybe est du nombre de ces derniers, puisque, à l'entendre, les Turdétans avaient pour voisins au nord les Turdules), ils désignaient d'abord des peuples différents. En tout cas, aujourd'hui, toute distinction entre ces peuples a disparu. Comparés aux autres Ibères, les Turdétans sont réputés les plus savants, ils ont une littérature, des histoires ou annales des anciens temps, des poèmes et des lois en vers qui datent, à ce qu'ils prétendent, de six mille ans ; mais les autres nations ibères ont aussi leur littérature, disons mieux leurs littératures, puisqu'elles ne parlent pas toutes la même langue. Cette contrée sise en deçà de l'Anas, se prolonge à l'est jusqu'à l'Orétanie et a pour borne au midi la portion du littoral comprise entre les bouches de l'Anas et les Colonnes d'Hercule. Du reste il est nécessaire que nous la décrivions plus au long, ainsi que les lieux qui l'environnent, afin de ne rien omettre de ce qui peut contribuer à faire connaître tous les avantages, toutes les richesses dont la nature l'a dotée."
Sources: • Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique