La langue gauloise (et autres langues celtiques de l'antiquité)
Vieux breton :
-oc
Breton :
-euc > -eg
Irlandais :
-ach
Gallois :
-og
Suffixation en -aco- / -aca / -acon / -acos
Le suffixe adjectival -aco-/-acon/-acos (féminisé en -aca, latinisé en -acus/-iacus/-acum/-iacum/-aca/-iaca) est très fréquent dans l’anthroponymie et, tout particulièrement, dans la toponymie gallo-romaine. Il est commun à toutes les langues celtiques, et l’on retrouve des équivalents dans d’autres branches : -oc en vieux breton, -euc / -eg en breton moderne, -ach en irlandais et -og en gallois. Selon X. Delamarre (2023), il s’agit à l’origine d’un suffixe adjectival d’appartenance signifiant « celui de » ou par extension « le fils de », en concurrence avec le suffixe -cno-, et qui a évolué en toponymie pour exprimer « le domaine de » ou « j’appartiens à ».
Le suffixe commence par marquer l’appartenance : « celui de », « appartenant à », « ayant », ce qui constitue sa valeur relationnelle ou de lien. C’est dans ce sens qu’il se poursuit en toponymie, pour désigner un lieu ou une propriété. Mais dans certains contextes anthroponymiques, surtout lorsque le radical désigne un domaine d’activité, un objet ou une fonction, cette appartenance se transforme par extension en une valeur agentive, exprimant « celui qui appartient à tel domaine » ou « celui qui exerce telle fonction ». Cette bivalence est bien attestée dans les langues celtiques insulaires, comme le montre le suffixe irlandais -ach (voir infra: « -ach » en vieil irlandais, kaikki.org), où la valeur relationnelle (« en lien avec, ayant ») peut évoluer vers une désignation de type « celui qui… ». Ainsi, le Gaulois Dervacos n’est pas simplement « celui du chêne », mais plutôt « celui qui est comme le chêne », dur et fort comme l’arbre lui-même. De même, Durnacos ne signifie pas seulement « celui du poing », mais bien « celui qui use de ses poings », le bagarreur par excellence. En Irlande, Modgaeth Mórólach illustre le même mécanisme : il n’est pas seulement « celui de la grande boisson », mais « celui qui boit beaucoup », le grand buveur.
Dans tous ces cas, le suffixe ‑aco- ou ses équivalents celtiques opèrent une transformation subtile : il prend un élément, qu’il s’agisse d’un objet, d’une qualité ou d’une activité, et le relie à une personne ou à un lieu, passant progressivement de la simple appartenance à une identité fonctionnelle ou descriptive.
Le suffixe -acon représente la forme gauloise « classique » du suffixe que l’on retrouve en toponymie, et sa présence générale n’est pas vraiment hypothétique, car on la retrouve dans les correspondances morphologiques et les dérivations anthroponymiques/onomastiques. En revanche, lorsqu’on a un toponyme en ‑acum dont la fondation ex-nihilo ou l’attestation est tardive (par exemple IIᵉ siècle ou plus tard), il est plus difficile de reconstruire formellement une forme gauloise -acon, parce que la forme latinisée a pu être créée directement, sans passer par une forme gauloise.
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• X. Delamarre, (2013) - "Une récurrence de la toponymie vieille-celtique : les formations en nasale -(h3)on- faites sur un théonyme du type Vesontiō (locus)
• X. Delamarre, (2017) - Les noms des Gaulois, Les cent chemins, 411p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• C. Rostaing, (1944) - Les Noms de lieux, Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 136p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique