La convenance des noms (Coir Anmann) - Texte du XIIe siècle contenant des notices étymologiques de personnages mythiques ou pseudo-historiques. Il en existe une version longue contenue dans le manuscrit H. 3. 18. du Trinity College de Dublin, et trois versions courtes contenues dans le livre de Ballymote, le livre jaune de Lecan et le manuscrit Edinburg Kilbride III.
Compte tenu de la taille du texte de la Convenance des noms, nous avons scindé ce projet en deux parties distinctes : • La présente partie : ne traite que l’aspect mythologique et onomastique. Le texte est ici complet. • La deuxième partie : ne reprend que l’aspect linguistique (voir "Table des matières", en bas de page). Pour des raisons de taille, elle a été coupée en 15 sections.
(en construction)
De 001 à 020
Mumu (Munster) — d'où vient ce nom ? Ce n'est pas difficile à dire : du nom d'un roi qui la gouverna, à savoir Eochaid Mumo, fils de Nia Febis. Eochaid Mumo — pourquoi ce nom ? Ce n'est pas difficile à dire : Eochaid "mó-mó", c'est-à-dire "le plus grand-grand", car sa force et sa puissance surpassaient celles de tous ceux qui vivaient en Érin à son époque. C'est de lui que vient le nom de Mumu (Munster). Ou bien Muma vient de mó (plus grand) et de ána (richesse), c'est-à-dire : une richesse plus grande que celle de toute autre province d'Érin ; car c'est là qu'on adorait la déesse de la prospérité, nommée Ána, et c'est d'elle que viennent les Deux Mamelles d'Ána au-dessus de Luachair Degad.
Muimnig (Munstérien) : Ce nom signifie : les plus grands de tous, car chacun d'eux était plus grand que quiconque en Irlande à cette époque.
Enna Airgthech, fils d'Eochaid Mumo : C'est-à-dire Enna Airgdide, "l'argenté". On fabriqua pour lui des boucliers d'argent à Airget-ross. On lui conféra la souveraineté de l'Irlande.
Modgaeth Mór-ólach (grand buveur) ; Il est l'un des deux fils de Nia Febis. C'est lui dont la soif coûtait le plus cher à son époque, car il désirait toujours une quantité excessive de boisson. Ou bien Modgaeth Mór-óilech : "à la grosse joue", car ses joues étaient très grosses.
Conmhael : C'est-à-dire con-mhál : "mál", c'est-à-dire "roi", donc roi des chiens, car il était le roi qui aimait le plus les chiens, et il possédait tous les chiens d'Irlande.
Eochaid Faebur-glas ("au tranchant bleu") : Ses deux javelots et son épée étaient bleus et aiguisés.
Nuada Deg-lám "Nuada à la bonne main" : Ses deux mains étaient fortes et habiles.
Glas, fils de Nuada Deglám : Son visage et son aspect étaient habituellement bleus. Au début de sa vie, on l'appelait Anbechtach, jusqu'à ce que le nom Glas lui soit donné.
Cas Clotbach fils de Fir Ardda. Cloth (renommée) i.e. enech (face) : c'est lui dont l'image était la plus grande et la meilleure pour tout ce que quiconque pouvait lui demander.
Muineamon, fils de Cas Clothach. C'est lui qui, en Irlande, fut le premier à mettre un collier d'or autour du cou des hommes, c'est-à-dire une chaîne d'or. D'où son nom Muinemon : muin-máin, "trésor (máin) sur les cous (muinéoil)". Auparavant, il s'appelait Maine le Grand, jusqu'à ce que le nom Muinemon lui soit attribué.
Fail-derg-dóit : C'est lui qui fut le premier en Érin à mettre des anneaux d'or rouge autour des bras : car tous les bras étaient rouges et très beaux à cette époque. D'où le nom Fail-derg-dóit. Son autre nom était Aed le Rouge.
Roan rí Oilech: C'est un roi qui érigea des pierres en piliers, et il obtint le nom Aillech à cause des pierres qu'il plaça.
Rothechtaid Rotha, fils du roi Roan Ailech : C'est lui qui eut le premier des petits rouets sur des chars à quatre chevaux. Son surnom fut Án-roth, car c'est de la petite roue du char que vient ce nom. Son nom premier était Eochaid Úrchain, mais le surnom supplanta le nom d'origine.
Eochaid Úrchain : "Úr" = "frais", "cáin" = "beau" : il fut ainsi tant qu'il vécut.
Failbe Fál-choirthech : C'est le premier qui érigea un pilier comme borne.
Ou bien Failbe Ilchórach, du fait de la paix abondante qui régnait à son époque.
Cass Cét-chuimnech : C'est lui qui commença les histoires et la poésie à Tara.
Elim Oll-fín-snechta ("grand-vin-neige") : Il est ainsi nommé car une grande neige de vin tomba pendant son règne. Ou bien Elim Ól-étechiaide, car il buvait énormément.
Art Imlech (ou Art Inḟlig) : C’est sur le terrain près de l’eau, à l'enclos de l'homme à l'unique vache, à Cliu, que son fort fut d’abord situé. D'où son nom.
Bres rí : Il fut roi par royauté : son action, son honneur, son règne furent royaux, et il battit les Fomoriens en plusieurs batailles.
Sétna Indarraid, fils de Bres : C'est lui qui, le premier, donna des soldes aux soldats.
De 021 à 040
Enna Derg, fils de Dúach Finn, c’est-à-dire : son visage était rouge, d’où le nom d’Enna Derg lui fut donné.
Lugaid Iardonn : il était noir et brun, car iarn signifie "obscurité".
Rechtaid Rig-derg : il avait un avant-bras rouge. Ou bien : Rechtaid Ríg-derc, c’est-à-dire : grands et royaux étaient ses deux yeux dercs, c’est-à-dire ses deux yeux (súil).
Adammair Flidais Foltcaín, Flidais, reine de la Túatha Dé Danann ; elle était l’épouse d’Adamair mac Fir Cuirp, et c’est d’elle qu’on appelait Buar Flidhaisi, et d’elle aussi Adamair Flidhaisi Foltchain, selon qu’on le disait à propos du roi.
Nia Ségamain : ség="cerf" et a máin="son trésor". Pendant son règne, vaches et biches étaient traites chaque jour de la même manière, si bien que pour lui, au-dessus des autres rois, le trésor de ces choses était immense. Flidais, était la mère de Nia Ségamain, fils d’Adammair. Durant le règne de Nia Ségamain, ces troupeaux étaient traits — c’est-à-dire les doubles troupeaux, vaches et biches — et c’est sa mère qui lui donna ce pouvoir féerique. Le poète chantait à son sujet :
Le chef était bon, avec la grandeur de ses trésors, Que fit l’ancien Nia Ségamain. Pour lui, les biches devenaient vaches, Pour Nia Ségamain, le siabra,
C’est-à-dire qu’il était enchanteur ou magique. Ou encore, c’est le peuple des fées qui contraignait les biches à être traites durant son règne.
Lughaidh Lúaighni : des Lúaighnibh de Tara où il fut élevé ; et c’est avec lui que furent fabriqués les lances et les émaux en Irlande.
Coirpri Losc, fils de Luigdech Lúaigni. ainsi qu’il reçut le nom de Coirpri Losc. Un jour, le roi d’Irlande, Congal Claringnech, fils de Rudraige, après avoir tué Lugaid Luaigne, alla prendre les otages de Munster. Cairbre, fils de Lugaid Luaigne, était alors roi de Munster. La bataille de Carn en Ḟéineda, à l’ouest des Rossach Ruaig, fut alors livrée entre eux. Dans cette bataille, les Munsteriens furent défaits et massacrés. Forthenn, fils de Cerb, blessa Cairbre au combat, si bien qu’il resta boiteux toute sa vie : c’est pourquoi on l’appelle Cairbre Losc, c’est-à-dire Cairbre le Boiteux.
Duach Dallta Degaid : d’où vient ce nom ? Facile à dire. Cairbre Losc eut deux fils, nommés Duach et Degad. Entre eux éclata un grand conflit pour la royauté, car chacun d’eux, par son apparence et sa force d’action, était digne d’être roi d’Irlande. Il n’y avait pas en Irlande de paire plus belle ou plus pure de couleur que ces deux fils de Cairbre. Degad était le plus jeune, et il surpassait Duach dans la course à la royauté. Duach en fut mécontent et envoya des émissaires à son frère pour savoir où il se trouvait. Alors Degad se rendit à l’endroit où habitait Duach, et là il fut saisi par son frère, qui lui creva les yeux, le rendant ainsi aveugle. C’est pourquoi on l’appelle « Duach Dallta de Degad » (« Duach, l’aveuglé de Degad »). Et c’est ainsi le premier aveugle d’Irlande. Le poète a chanté à son sujet :
Degad fut saisi dans sa maison Par Duach, son propre frère, Et fut rapidement rendu aveugle Ce Degad, bien que ce fût un acte cruel.
Eochaid Uarches, d’où vient ce nom ? Facile à dire : uara « frais », cesa « chaloupes ». Il avait dans ses flottes ces chaloupes lorsqu’il attaqua la Grèce ; et c’est dans les proue et poupes de ses navires qu’il gardait tout ce qu’il avait saisi de toutes parts à travers le monde.
Eochaid Fer Fuirmhe mac Dúach : « l’homme de l’abaissement », fils de Dúach — c’est-à-dire un homme remarquable par sa constance, sa loyauté et sa grande fiabilité. Cette fermeté appartenait en particulier au Clann Degad, fils de Sin. Lorsque Dúach Dalta Degaid alla en Ulster, il soumit les Érna et le Clann Degad au service d’Eochaid mac Dúach. C’est à partir de cet abaissement qu’Eochaid Fer Fuirmhe affirma ensuite son autorité.
Muiredhach Muchna : il fut élevé à Muchna, et Muiredhach était appelé Le Gris de Dairbre, l’île de Dairbre en mer. Et dans les pointes côtières et les îles de la mer, les clans de Degad le bannirent, si bien que Muiredhach Muchna devint gris, car les pointes et limites de Munster étaient désormais les terres de la Clann Ebir après qu’elles eurent été occupées par les Enfants de Degad.
Enna Munchaín : « au beau cou » : il avait un cou gracieux. Car muin désigne le cou, et il avait un cou élégant, autour duquel se trouvait un collier d’or ; c’est de là qu’il reçut le nom de Muincháin.
Deirgthine, fils d’Enna Muncháin : aucune rougeur ni feu ne lui monta jamais au visage, à cause de la chaleur ardente et rayonnante, flamboyante, qu’il possédait. Et c’est pour cette raison qu’on l’appelait Corb Úlum, c’est-à-dire « à l'oreille nue », car ses oreilles avait été arrachée de sa tête ; en effet, il n’avait pas d'oreilles sur la tête lorsqu’il naquit. C’est pourquoi donc il fut Corb Olom, et c’est d’eux qu’on disait les Deirg, à savoir lui-même et son fils, à savoir Derg fils de Dergthine.
Mog Néid : Nét était le nom du père nourricier qui l’éleva. Il se tenait ordinairement auprès de son nourricier pour le servir, lorsqu’il était jeune. De là lui vint le nom de Mog Néit (« le serviteur / disciple de Nét »). Aengus était son nom originel, et il était plus habituel de l’appeler par ce surnom que par son nom véritable, comme l’a dit le poète :
Aengus fut d’abord le premier nom de Mog Néid, au commencement de sa vie, sans mensonge ; et Mog Néit fut son nom par la suite, lorsqu’il eut tué Goll par ses hauts faits.
C’est-à-dire : le fils de Morna.
Eoghan mac Moga Néit, portait quatre noms : Eogan Mór, Eogan Fidhfeccach, Eogan Taidhlech et Mog Nuadat, comme le dit le poète dans ce poème explicatif :
Quatre noms sans reproche furent attribués à Eogan Mór, Eogan Fidhfeccach, courageux et vaillant, Eogan Taidhlech, Mog Nuadat.
Eógan : tient son nom de ses origines familiales, c’est-à-dire de la bonne naissance (noblesse) de ses parents, de eó, c'est à dire εὐ, c'est à dire bon, et γένεσις, en vérité la génèse d'Eógan. Eógan eut réellement une descendance parfaite. C’est de là que vient le terme Eoganacht, qu’on applique à ses descendants, en raison des bénédictions que les hommes d’Irlande leur accordèrent pour leur générosité, leur hospitalité et pour les avoir sauvés de la famine. Eoganacht, c’est-à-dire Eogan-icht, c’est-à-dire la race d’Eógan pour les hommes d’Irlande. Ou encore Eogan-necht, c’est-à-dire les purs d’Eógan, c’est-à-dire que les sept branches de l’Eóghanacht sont les purs d’Eógan.
Eogan Táidlech fut ainsi nommé : Il arriva qu’Eógan Mór se rendit en Espagne lors d’une visite. Le roi d’Espagne à cette époque était Éber le Grand, fils de Midna. Lors de ce voyage, Eógan fut accueilli avec une grande affection en Espagne. Le roi avait alors une fille imposante et non mariée, nommée Bera, fille d’Éber. En raison des grandes louanges portées à Eógan, elle lui avait déjà offert un amour à distance avant son départ pour l’Espagne. Eógan épousa donc la jeune femme, et elle lui donna une descendance noble, comprenant un fils extraordinaire, Ailill Ólomm, et deux filles, Scothniam et Caimell. À cette époque, chaque année venait un saumon magnifique et multicolore : il remontait du Fleuve des Éléments au Paradis jusqu’au Tibre, puis du Tibre jusqu’à l’Èbre en Espagne. Ce saumon portait un manteau de laine d’une beauté exceptionnelle, aux couleurs variées. Alors qu’Eógan se trouvait en Espagne, Éber captura ce saumon, et la laine qui le recouvrait fut détachée et donnée à la fille d’Éber. À partir de cette laine, la jeune fille confectionna pour Eógan un splendide manteau étincelant, qui fut celui qu’Eógan portait lorsqu’il revint en Irlande. À cette époque, Conn Cétchathach régnait sur l’Irlande. Splendide et éclatante était la lumière qui rayonnait d’Eógan grâce à ce manteau. C’est pourquoi le surnom Eogan Táidlech (« le Splendide ») lui resta attaché.
Eogan Fidhfeccach : lui fut également attribué. Pourquoi ce surnom ? La réponse est simple. Eógan possédait trois forteresses, chacune portant le nom de Fidhfecc. Lorsqu’il s’y trouvait, il avait pour habitude de poser, plier et tresser le bois, travaillant ainsi chaque structure avec soin et habileté. C’est de cette maîtrise qu’il reçut son surnom : Fidhfeccach, c’est-à-dire « celui qui plie le bois », ou encore Figfecc, « celui qui tresse le bois ». Le nom rappelle à la fois sa dextérité et la virtuosité avec laquelle il façonnait les arbres et le bois, un trait digne des héros de la tradition irlandaise.
Mogh Nuadat : d’où vient ce nom ? La réponse est simple. Dáire Barrach, fils de Catháir Mór, fut celui qui éleva Mog Nuadat, c’est-à-dire Eógan, fils de Mog Néit. Il arriva qu’à cette époque la fortification de Dún Aillinne fut entreprise par Dáire Barrach. À ce moment, il existait en Irlande un célèbre constructeur de remparts, Nuada Sálfada, fils d’Oengus, fils de Fer dá chrích, dans le district de Cuailnge. Il possédait la force d’une centaine d’hommes, et pouvait manger à sa faim autant que cinquante hommes. Ce serviteur fut envoyé à Dáire pour participer à l’édification de Dún Aillinne. Lorsqu’ils creusèrent la tranchée, ils tombèrent sur une énorme pierre, que le serviteur ne parvint pas à soulever. Les jeunes gens de la forteresse, parmi lesquels Eógan, se tenaient sur le rempart de terre, observant le serviteur fléchir sous l’effort. Le serviteur demanda aux jeunes hommes de sortir la pierre de la tranchée, mais tous refusèrent, sauf Eógan. Alors Eógan entra dans la tranchée, enserra la pierre de ses deux bras, et seul il parvint à la soulever, puis la jeta dans l’angle sud du fort, où elle resta pour toujours. Le druide alors dit au serviteur : « Noble est ton serviteur aujourd’hui, Ô Nuada ! ». C’est pourquoi Mog Nuadat, fut attaché à Eógan, et c’est de Nuada qu’il reçut son nom, selon cette version de l’histoire.
De 041 à 060
Oilill Olomm : pourquoi l’appelle-t-on ainsi ? Ce n’est pas difficile à expliquer. Il est aisé de le dire. Parce qu’il ne restait ni peau ni chair sur son oreille après qu’elle eut été arrachée par Áine, fille d’Eogabal, à Druim Eogabail. Il n’y avait plus ni peau ni chair sur son oreille après qu’elle eut été rasée par Aíne, fille d’Eogabal, à Druim Eogamail. Or Ailill dormait lorsque la jeune fille lui arracha l’oreille de la tête, et de son oreille elle ne laissa à Ailill que la peau seulement. Alors Ailill s’éveilla de son sommeil et s’aperçut clairement que son oreille avait été arrachée par la jeune fille, et cela lui parut très douloureux. Ailill dit : « Cruel est ce baiser, ô jeune fille ! Tu as laissé mon oreille nue sur ma tête ! ». Áine répondit à Ailill : « Tu as tué mon père cette nuit, ô Ailill" — Eogabal Sídhach — "et voici sur toi, ô Ailill, ma part de vengeance pour mon père ; et Ailill Oreille-nue sera ton nom pour toujours. ». C’est de là qu’Ailill Olom reçut son nom. Ou bien Ailill Aulomm, c’est-à-dire aula regis, « le palais du roi », et lomm signifie « nu » : nue était son aula, c’est-à-dire sa demeure royale, sa maison de roi, car en raison de sa bravoure il n’y avait pas de couverture au-dessus d’elle ; c’est-à-dire qu’en raison de la crainte qu’il inspirait à tous, il n’y avait ni clôture ni fortification autour de sa maison. Ailill — d’où vient ce nom ? Il est aisé de le dire. Ailill était courroucé contre Áine, fille d’Eogabal, à cause de l’affront qu’elle lui avait infligé, et il jugeait sa demi-tête fort douloureuse après que son oreille eut été arrachée. Alors il lança contre elle sa lance à cinq pointes et la transperça jusqu’au sol ; la cinquième pointe frappa une pierre et s’en trouva tordue. Or c’était un geis pour cette lance de frapper une pierre. Trois tabous pesaient sur la lance d’Ailill : il était tabou de la frapper contre une pierre ; il était tabou de la placer sous une dent pour la redresser ; il était tabou de tuer une femme avec elle. Tous ces tabous furent enfreints par Ailill en cette occasion : après avoir tué Áine et heurté la pierre, il plaça sous l’une de ses dents la pointe tordue de la lance afin de la redresser. Le poison et la corruption qui se trouvaient dans la pointe de la lance pénétrèrent dans la dent d’Ailill. Cela lui parut funeste et lui causa grand dommage : son haleine se corrompit, sa dent noircit, et — tandis qu’il dormait — la jeune fille lui avait arraché l’oreille. Telles furent les trois hontes d’Ailill tant qu’il vécut. C’est pourquoi on l’appela Ailill, c’est-à-dire Ail-oll, « grande est la honte qui est sur cet homme ». Dès lors, tous le nommèrent Ailill Oreille-nue. Auparavant, il s’appelait Mais, fils de Mog Nuadat. C’est ainsi aussi qu’il eut ensuite la dent empoisonnée. Le venin qui se trouvait dans la pointe de la lance pénétra dans sa dent et corrompit son haleine. Le mal de cette dent affligea grandement Ailill par la suite : il devint souvent fou à cause de ce poison, et finalement il devint aveugle.
Fíacha Muillethan : d’où vient ce nom ? Il n’est pas difficile de le dire. Munchai, fille de Díll, fils d’Uí Chreag, le druide, était la mère du fils d’Eógan. Or Munchai était enceinte d’Eógan, fils d’Ailill, avant qu’il ne partît pour la bataille de Mag Muccruma. La nuit précédant son accouchement, elle se rendit au fleuve Suir et s’assit sur un rocher au bord de la, rivière. Car son père lui avait dit qu’elle enfanterait un fils, et que si elle le mettait au monde cette nuit-là, il serait un druide accompli ; mais si elle le mettait au monde le lendemain, il serait roi, et la royauté s’étendrait sur deux provinces pour lui et pour ses descendants après lui. Alors Munchai répondit : « À moins qu’il ne vienne par mon flanc, il ne viendra pas par la voie naturelle. ». Ce que dit la jeune femme était vrai. Elle demeura ainsi toute la nuit, assise sur la pierre, jusqu’au matin suivant. La jeune femme enfanta ensuite un fils au petit matin, et le sommet de sa tête s’élargit contre la pierre. De là lui vint le nom de Fíacha Muillethan.
Fíacha Fear Dá Líach ; d’où vient ce nom ? Il n’est pas difficile de le dire. Liách signifie « récit » ou « récit de tragédie », c’est-à-dire quelque chose de pénible pour le jeune garçon, le fils, qui avait entendu deux histoires tragiques : la mort de son père ce jour-là, la mort de sa mère à sa naissance. C’est à cause de cela que Fíacha reçut le nom de Fíacha Fear Dá Líach.
Ailill Flann Beg et Ailill Flann Mór, c’est-à-dire, ils sont appelés « flann ruadh », c’est-à-dire Ailill le Petit et Ailill le Grand. C’est ainsi qu’on nomma les deux fils de Fíacha Muillethan.
Nat Fráich et Mac Brocc et Mac Iáir, d'où viennent ces noms ? c'est facile à dire. Nat-Fráich, à Áth Fráich (« le gué de Fraech »), il naquit, et c'est de là qu'il reçut son nom. Mac Brocc, « fils des blaireaux » : dans un terrier de blaireaux il naquit ; c'est de là qu'il reçut son nom. Mac Íair : íar signifie « tout ce qui est final », et il est le dernier fils que la reine conçut. C'est de là qu'il reçut son nom.
Crimthann Sréb : Il avait des raies rouges autour du cou lorsqu’il naquit. Ou bien Crimthann Srém, car il était strié.
Aedh Flann Cathrach : il est appelé Flann Ruadh, car flann signifie « rouge », et sa demeure se trouvait dans la ville de Dún Iascaig sur la Suir. Ou bien il portait deux noms, à savoir Aedh et Flann.
Cairbre Cromh, fils de Crimthann Srem : Il fut élevé à Cill Chromghlaisi («église du ruisseau tordu») dans la plaine de Féimin; de là vient son nom.
Fedlimid Uillethan, c’est-à-dire Fedlimid Ua Líathain, il fut élevé parmi les Uí Líathain. C’est de là qu’il reçut le nom de Fedlimid Uillethan. Ou encore Fedlimid Olleathan, c’est-à-dire grand et large, et c’est de là qu’il reçut son nom.
ACú Cen Mháthair : il pleurait sa mère lorsque celle-ci périssait. Cú Cen Mháthair (« chien sans mère ») fut alors son nom.
Fergus Scandal, car une querelle s'est élevée à son sujet la nuit de sa naissance, pour savoir lequel d'entre eux devait l'élever.
Cairbre Cruithnechán. Dans les terres des Pictes d'Écosse, il est né et a été élevé. Mongfind, fille de Feradach Fenct, roi d'Alba, était la mère de Cairbre le Picte. C'est de cela qu'il a été nommé Cairbre Cruithnechán, avec án, une syllabe supplémentaire qui lui a été ajoutée pour allonger le nom.
Cairbre Luachra : à Luachair Degad se trouvait son lieu de résidence et son habitation.
Conall Corc, d'où vient-il ? C'est facile à dire. Un jour, lorsque le roi, Lugaid, fils de Ailill Flann le Petit, était dans sa maison sur Femen, il vint dans la maison du roi une satiriste, nommée Bolc Ban-bretnach, une satiriste des Britons. La satiriste fit une demande urgente au roi pour être avec elle. Le roi consentit à cela, et il alla dans le même lit que la satiriste. Elle devint alors enceinte du roi et lui donna un fils, Conall, fils de Lugaid. Láir la Rouge, fille de Mothaire, fils de Clithaire, des Corco-Oiche de Húi Fidgente, et Torna Éces, le poète mentionné plus tôt, furent ceux qui élevèrent Corc, fils de Lugaid. Et c'est de cette Láir qu'il est appelé Corc mac Láire. Il y avait une sœur de cette Láir, Feidlim, fille de Mothaire. Elle était une sorcière (?), et elle alla à la maison du roi la nuit où Corc naquit. Toutes les autres sorcières du Munstervinrent à la maison la même nuit où Conall fut mis au monde. Ces sorcières avaient l'habitude d'agresser et de tuer de petits garçons. Et l'une d'elles était Feidlim la sorcière, fille de Mothaire. Tous ceux qui étaient dans la maison furent beaucoup alarmés lorsqu'ils entendirent les autres sorcières à la porte. Le petit garçon fut caché par chacun sous le bord du chaudron qui se trouvait dans la maison et sous la protection de Feidlim la sorcière. Les sorcières avaient droit à une preuve de sa part qu'elle n’avait pas pris de protection contre elles, où qu'elles se rencontrent. C’est pourquoi Feidlim la sorcière ordonna que le petit garçon soit mis sous le chaudron pour le cacher des sorcières. Cependant, cela leur fut révélé, et l'une d'elles dit : "Qui détruiriez-vous s'il est dedans ?" Sa compagne répondit : "Lui qui est caché sous le chaudron". Après cela, l'une d'elles lança une flamme de feu sur le petit garçon, brûla son oreille, et la rendit rouge. D'où le nom Corc 'le Rouge' lui a été attribué.
Fiacha Fer Mara, d'où vient-il ? Facile à dire : Oengus Tuirmech, après avoir bu trop de vin, engendra Fiacha Fer Mara avec sa propre fille. Cela fut difficile à supporter pour Oengus, qu’il eut un fils de sa propre fille. Il décida alors de cacher l'enfant pour éviter qu’il ne soit reconnu comme son fils, et ainsi il fut mis à la mer dans une petite barque, portant les insignes royaux : un manteau pourpre et une coupe en or. Plus tard, les pêcheurs du roi d’Écosse le trouvèrent sur Tráig Braena, et ainsi le nom Fiacha Fer Mara, 'l'homme de la mer', lui resta. Ses enfants héritèrent par la suite de la royauté de l'Irlande et de l'Écosse, dont Eterscél Mór, arrière-petit-fils d’Iár, et Conaire, fils d’Eterscél, ainsi que Conaire, fils de Mog Láma, gendre de Conn.
Ailill Érann, fils de Fíachach Fer Mara — c’est-à-dire Ailill Érna — car c’est chez les Érna de Munster qu’Ailill fut élevé. C’est de là qu’il fut appelé Ailill Érann.
Cairbre Cromchenn. Il avait une grande courbure dans son cou, si bien que, à cause de l’inclinaison de sa tête, son menton reposait sur sa poitrine. C’est de là qu’il fut appelé Cairbre Crommchenn, « Cairbre à la tête penchée ».
Lugaid Alldathach, c’est-à-dire Lugaid Ildathach « aux multiples couleurs » : de nombreuses couleurs apparaissaient constamment sur son visage.
Eochaid Ilchrothach, « Multiforme », c’est-à-dire que de nombreuses formes apparaissaient sur son visage à cause de sa beauté, comme cela arrivait pour Lugaid Alldathach. On appelait aussi Eochaid Ilchrothach Mog Láma, car il avait été élevé comme pupille du roi de Leinster, et dès son plus jeune âge, il avait pour tâche de verser de l’eau sur les mains du roi et de le servir. C’est de là qu’il reçut le nom de Mog Láma, « serviteur des mains ».
Conaire Caem, fils de Mog Láma, c’est-à-dire Conaire le Beau, surpassait en beauté tous ses contemporains. Il était l’époux de Cliamhain Chuinn Cétchathaigh.
De 061 à 080
Cairbre Músc, Cairbre Báscháin et Cairbre Ríghfoda : pourquoi furent-ils appelés les Cairbres, et d’où venaient chacun de leurs surnoms ? Il est facile de le dire. Lors de la bataille de Cenn Abrat (Febrat), qui opposa Lugaid Mac Con à Éogan, fils d’Ailill Olomm, les Cairbres tuèrent Nemed, fils de Sraibchenn, roi d’Érin, l’époux de leur propre mère, entre ses deux bras. Car Nemed assistait Mac Con, tandis qu’ils assistaient Éogan, fils d’Ailill. C’est pourquoi on les appelle les Cairbres, c’est-à-dire corbairi, « les souillés» : gens mauvais qu’ils étaient, les souillés. Ainsi les Cairbres sont dits d’eux.
Cairbre Músc : c’est-à-dire que sa disgrâce (aisc) fut plus grande (mó) que celle de ses autres frères — car c’est lui qui s’unit à sa propre sœur Duibfhind, fille de Conaire, lorsqu’il engendra sur elle Corc Duibne. »
Cairbre Rígfhota, c’est-à-dire qu’il avait un long (fota) avant-bras (rig). Ou bien Rígfhota, c’est-à-dire qu’il fit une extension (rigid) au loin (i fota) : à savoir la conquête de l’Irlande et l’invasion de l’Écosse, de sorte que c’est de lui que les Dál Riata en Écosse tirent ensuite leur nom.
Cairbre Bás-cháin, c’est-à-dire qu’il connut une mort douce (cáin) (bás). Car c’est pour cela qu’on l’appelle Cairbre Báscháin : il fut le seul d’entre eux à mourir sur un oreiller.
Óengus (était le nom originel) de Cairbre Músc, Eochaid celui de Cairbre Rígfhota, Ailill celui de Cairbre Báscháin. C’est pourquoi le poète chanta :
Óengus pour Cairbre Músc le mélodieux, Eochu pour Cairbre Rígfhota du promontoire Vaillance dans la troupe avec éclat Ailill pour Cairbre Báscháin.
Corc Duibne, c’est-à-dire Corc de Duibfhind, car c’est sur Duibfhind, fille de Conaire, que Coirbre Músc l’engendra, et c’est d’après sa mère qu’il fut nommé, à savoir Corc Duibfhind
Dáire Sír-chrechtach, Dáire le toujours blessé, c’est-à-dire qu’il fut fortement blessé (ro crechtnaigthe) dans les batailles qu’il menait. Ou bien Dáire Sír-drechtach, toujours chantant, car drecht signifie "poème". Ou encore Sír-chrethach, toujours poétique : creth, c’est-à-dire "poésie" ; étant donné la grande quantité de poésie qu’il composa, c’est ainsi qu’on l’appela Dáire Sír-chrethach.
Dáire Fine, c’est-à-dire duar-fine, "tribu des mots", car duar signifie "mot". Duar-fine désigne donc "une tribu qui met les mots en ordre". Ou bien Dair-fine, la fine ("tribu / famille") de Dáire, fils de Dega. Et les enfants de Dáire, fils de Dega, ne sont pas plus justement appelés Dairfine que les enfants de Dáire Doimthech, car ceux-ci appartiennent à une autre Dairfine.
Dáire Doimthech, c’est-à-dire Dommatech, “appauvri”, car il y eut pauvreté et grande disette de nourriture en son temps
Les cinq fils de Dáire Doimthech, à savoir les cinq Lugaid. D’où leur vinrent les surnoms supplémentaires : Lugaid Láigde, de qui descendent les Corco-Láigdi ; Lugaid Cál, dont sont issus les Calraige ; Lugaid Core, dont viennent les Corcraige ; Lugaid Corb, dont procèdent les Dál Mescorb du Leinster ; et Lugaid Cosc, dont viennent les Coscraige des Déisi ? C’est pour cette raison que Dáire donna le nom de Lugaid à chacun de ses fils : il lui avait été prédit qu’un de ses fils obtiendrait la souveraineté d’Irlande et que son nom serait « Lugaid ». Dáire dit alors à son druide : « Lequel de mes fils prendra le royaume après moi ? » Le druide répondit : « Un faon portant un éclat doré viendra à l’assemblée ; et le fils qui saisira le faon sera celui qui prendra le royaume après toi. » Par la suite, le faon entra dans l’assemblée, et les hommes d’Irlande, avec les fils de Dáire, le poursuivirent jusqu’à Benn Étair. Un brouillard magique fut établi entre les fils de Dáire et les autres hommes d’Irlande. Dès lors, les fils de Dáire poursuivirent le faon jusqu’à Dál Moscorb en Leinster. Lugaid Láigde saisit le faon ; Lugaid Cosc le mit en pièces (coscrais) — d’où le nom de Lugaid Cosc qui s’attacha à lui. Lugaid Láeghḟes le fit cuire, c’est-à-dire en fit un festin (fes) pour eux — d’où le nom de Lugaid Láegḟes (« festin de faon »). Lugaid Orcde alla chercher de l’eau, emportant une cruche ; de là il fut appelé Lugaid Orc. Tout ce qui fut cuit du faon, Lugaid Láigde le mangea ; et tous les restes qu’il laissait, Lugaid Corb les consommait. De là le nom de Corb qui s’attacha à lui — Corb, « le corrompu ». Lugaid Cál s’endormit — d’où son appellation. Ensuite ils chassèrent dans la solitude. Une grande neige tomba sur eux, au point qu’il leur était pénible de tenir leurs armes. L’un d’eux alla chercher une maison et trouva une demeure merveilleuse, avec un grand feu, de la bière, abondance de nourriture, des plats d’argent et un lit de bronze blanc. À l’intérieur il découvrit une énorme vieille femme, portant un bandeau ; ses dents saillaient hors de sa bouche, et elle était couverte de grandes loques anciennes, sales et flétries. Elle dit au jeune homme, à savoir Lugaid Corb : « Que cherches-tu ? » — « Je cherche un lit », répondit-il. — « Si tu viens coucher avec moi, tu en auras un », dit-elle. — « Non », répondit-il. Il retourna vers ses frères en disant qu’il n’avait pas trouvé de maison. Chacun d’eux entra à son tour et reçut la même réponse. Enfin Lugaid Láigde entra. La vieille lui dit la même chose. « Je coucherai seul avec toi », répondit-il. La vieille entra dans le lit, et Lugaid la suivit. Il lui sembla que l’éclat de son visage était comme le soleil se levant au mois de mai. Elle portait une robe pourpre bordée ; ses cheveux étaient magnifiquement colorés. Son parfum ressemblait à celui d’un jardin d’herbes odorantes. Alors il s’unit à elle. « Heureux ton voyage », dit-elle. « Je suis la Souveraineté, et la royauté d’Irlande sera obtenue par toi. » Lugaid revint vers ses frères et les conduisit à la maison. Ils y trouvèrent la nourriture la plus fraîche, la bière la plus vieille, et des cornes à boire se remplissant d’elles-mêmes pour eux. Elle demanda à l’un d’eux : « Qu’as-tu rencontré ? » — « J’ai rencontré un faon et je l’ai dévoré seul. » — « Lugaid Láigde (‘le Faon’) sera ton nom avec ta descendance. » Elle interrogea un autre : — « Un sanglier sauvage, que j’ai dévoré seul. » — « Lugaid Orcdae (‘le Sanglier’) sera ton nom. » Un autre dit : — « Je n’ai rien rencontré ; je me suis endormi. » — « Lugaid Cál (‘Sommeil’) sera ton nom. » Un autre dit : — « Ce que les autres ont jeté, je l’ai consommé. » — « Lugaid Corb (‘Corruption’) sera ton nom, car ce que tu as mangé était corrompu. » De lui descendent les Corbraige. Un autre dit : — « Un faon m’a échappé. » — « Lugaid Loegh-ḟás (‘Faon-perdu’) sera ton nom. » Ainsi les surnoms s’attachèrent aux Lugaid. « Que l’un de vous couche avec moi cette nuit », dit-elle. « Je coucherai avec toi », dit Lugaid Láigde, « car c’est pour moi une grande faveur. » Cette nuit-là, il dormit avec elle. Ses frères les virent : elle portait un vêtement pourpre au-dessus d’elle et de Lugaid, et sa chevelure était d’or jaune ; elle était la plus aimable des femmes. « Qui es-tu, jeune fille ? » demandèrent-ils. « Je suis la Dame d’Irlande », répondit-elle ; « j’erre de colline en colline, et la royauté d’Irlande sera prise par toi, ô Lugaid. » Le lendemain, les fils de Dáire se trouvèrent dans une plaine déserte, leurs chiens endormis, attachés à leurs lances. Ils se rendirent ensuite à l’assemblée de Teltown, où ils racontèrent leurs aventures aux hommes d’Irlande. Puis les hommes d’Irlande se dispersèrent. Dáire mourut ensuite ; Conn aux Cent Batailles prit la royauté d’Irlande ; Eógan Táidlech prit la royauté de Munster ; et Lugaid Láigde reçut la dignité d’héritier royal de Munster, etc.
Mac Con, d’où vient ce nom ? C’est facile à dire. Il y avait dans la maison d’Ailill Oreille‑Nu (Ailill Olomm) un chien nommé Eloir le Rouge, alors que Mac Con était encore un bébé chez Ailill. Le bébé rampait à quatre pattes pour aller vers le chien, et le chien le pressait contre son ventre ; il était impossible de l’empêcher d’aller voir le chien. C’est de là que vient le nom de Mac Con, « fils du chien ».
Eochu Apthach, à cause de la gravité de la mortalité en son temps, c’est-à-dire une peste chaque mois, soit douze pestes dans l’année. C’est pourquoi on l’appelle Eochu Apthach (« mortel ») ; et lui-même mourut de la peste.
Eochu Étgudach. C’est par lui que la broderie fut introduite pour la première fois sur les vêtements en Irlande. D’où l’on dit Eochu Étgudach, « Eochu des habits ».
Eochu Fíadhmhuine, c’est-à-dire máine feda « trésors de la forêt », à savoir les animaux sauvages qu’il avait l’habitude de chasser.
Dartraige, c’est-à-dire Dáiri Traigi, c’est-à-dire la descendance de Daire. En effet, traig signifie enfants ou parenté, et eux, les Dartraige, sont la parenté de Dáire Doimthech.
Connachta, d’où vient ce nom ? C’est facile à dire. Un concours de sorcellerie eut lieu entre deux druides de la Tuatha Dé Danann, nommés Cithnellach le druide et Conn le druide. Conn fit tomber une grande neige sur toute la province de Connacht, si bien que depuis ce temps-là le nom Connacht resta attaché à cette province, c’est-à-dire « la neige de Conn », la neige du druide Conn. Connachta, c’est-à-dire coin-echta, c’est-à-dire « le massacre du chien ». Ce sont eux, les Connachta, qui tuèrent Ailbe, le chien de Mac da Thó (« fils de deux silencieux »). C’est de là que vient leur nom, Connachta. Ou encore Connachta, c’est-à-dire Cuinn-achta, c’est-à-dire « les exploits de Conn », car c’est lui qui fit de force de la province de Connacht une terre d’épées, acht signifiant « acte » ou « exploitation ».
Cóiced Olnécmacht : on disait de la province de Connaught — la province d’Olnécmacht. Pourquoi ? C’est facile à dire. Un banquet avait été préparé pour eux et pour les Enfants de Dega, dans la maison de Domma le druide. Les hommes de Connaught arrivèrent les premiers et ne partagèrent ni la bière ni la nourriture équitablement avec les Enfants de Dega, mais en burent deux tiers avec force. Alors le druide dit : « Cette boisson que vous faites est injuste », c’est-à-dire écumachta, c’est-à-dire écumtha. C’est de là que, depuis ce temps-là, le nom de « Province d’Olnécmacht » s’attacha à la province de Connaught.
Éremón, fils de Míl, c’est lui qu’on appelait Gede Ollghothach, « Gede à la Voix Puissante ». Gede Ollghothach, d’où vient ce nom ? Facile à dire. C’est lui dont la parole était la plus grande d’Irlande, et la douceur et la sonorité de sa voix ressemblaient aux cordes des luths. Car sous son règne en Irlande, il y avait paix et repos, conversations agréables et amitiés entre chacun. On dit même que, sous son règne, chacun en Irlande avait une voix puissante. C’est pourquoi il fut appelé Ollghothach, « à la voix puissante ».
Irél Fáith : il était un devin (fáith), il était un champion, et il devint ensuite roi d’Irlande. C’est lui qui fut le Nuada Airgétlam (« Main d’Argent ») parmi les fils de Míl, et l’on ne sait pas d’où vient ce nom.
Fiacha Labrainne : comme le premier événement mémorable de son règne fut l’éclatement (du lac) Labrainne à travers le pays, il fut dès lors appelé Fiacha Labrainne
De 081 à 100
Oengus Ollmuccaid, c’est-à-dire Oengus oll-mucca « grand-cochon » ; car grands étaient les sangliers du roi, etc.
Ailill Ollcháin : il était grand (oll) et beau (cáin). Ou bien Ailill Ól-cháin : au boire (ól), il était doux et affectueux (cáin) plus que quiconque. Dans sa jeunesse, il s’appelait Núadha Find Feimin, c’est-à-dire qu’il avait été élevé à Findmag Feimin, et c’est de là qu’il reçut son nom.
Nuada Find Fáil ensuite. C’était un homme blond / beau (find), et il avait coutume de se rendre souvent auprès de la Pierre de Fál, jouant avec elle et la courtisant ; car les devins lui avaient prédit qu’il serait roi d’Irlande. C’est pourquoi on l’appela ensuite Nuada le Blond (ou le Beau) de Fál.
Aedán Glas (« le Bleu »), pourquoi est-il ainsi appelé ?
Símón Brecc, pourquoi ce nom ? Facile à dire. Il était au visage tacheté (brecc-ainech), c’est-à-dire qu’il avait le visage moucheté (brecc) à cause d’une forte ardeur / d’un grand échauffement. C’est de là que le nom Símón Brecc s’attacha à lui.
Muiredhach Bolgrach
Fiacha Tolgach : c’est par lui qu’un tolg (« lit ») fut fabriqué pour la première fois.
Doach, c’est-à-dire Doaig Ladgrach (‘rapide à venger’ ?), c’est-à-dire prompt dans le plaidoyer (lúath agra). C’est lui qui ne laissait aucun délai à quiconque commettait une injustice, mais le poursuivait immédiatement.
Sírna Saeglach fut ainsi nommé en raison de la longueur de sa vie (saegul), qui dépassait celle des hommes de son époque ; c’est-à-dire 150 ans. C’est pourquoi on disait de lui “Sírna Saeglach”, « long-vécu » / « très âgé ».
Eochu Buadhach
Ugaine Mór. Il était grand (mór), surpassant les rois de son époque, et il s’empara de la royauté de l’ouest de l’Europe depuis la mer Ictienne jusqu’en Érin, et l’Érin elle-même.
Cessair Chruthach, “la belle”, fille du roi de France. Elle devint ensuite l’épouse d’Ugaine et lui donna les enfants susmentionnés, à savoir vingt fils et trois filles. Ugaine, “le Grand”, fut alors reconnu comme tel, tant en raison de la grandeur de sa souveraineté que de sa propre grandeur.
Cobthach Cael Breg, d’où vient ce nom ? Facile à dire. Une violente maladie débilitante s’abattit sur lui, à cause de la haine et de l’envie qu’il portait à son frère aîné, Loeguire Lorc, fils d’Ugaine. Loeguire Lorc était alors roi d’Irlande, et Cobthach Cael était prince héritier. Cobthach enviait Loeguire parce qu’il était roi tandis que lui n’était que prince héritier. C’est pourquoi une violente maladie s’empara de Cobthach sur la plaine de Breg, et il s’affaiblit tellement que son sang et sa chair le quittèrent, et il devint maigre après cette grande maladie qui le frappait. C’est pourquoi on l’appela Cobthach le Maigre de Breg.
Méilge Molbthach (‘Le Louable’), pourquoi est-il ainsi nommé ?
Iarunngléo Fáthach. Il était prophétique, astucieux et sage ; et il était roi d’Érin. Cet homme était prophétique. C’est pourquoi on l’appelle Iarunngléo Fáthach.
Connla Cruaidchelgach (‘Dur et perfide’).
Ailill Cassḟiaclach (‘aux dents crochues’).
Eochaid Altlethan (‘aux articulations larges.
Oengus Turbech. Il jugea comme une honte (torbech) le fils qu’il engendra sur sa fille, à savoir Fíacha Fear Mára. Ou bien, Oengus Turmech, car jusqu’à lui sont comptés les nobles de la race d’Érimón, fils de Míl. C’est pour cela qu’il est appelé Oengus Turmech.
Énna Aignech, c’est-à-dire, complète (óg) était son hospitalité (enech), c’est-à-dire, son hospitalité était généreuse. Car, parmi toutes les richesses du monde, il n'en aimait aucune plus qu'une autre. Ou bien, Énna Aignech, c’est-à-dire ágh ‘bataille’, nech ‘n'importe qui’, c’est-à-dire, il était plus guerrier que les guerriers de son époque.
De 101 à 120
Esomain Emna, c’est-à-dire, il a été élevé à Emain Macha. C’est pourquoi on l'appelle Esomain Emna ('l'Intrépide d'Emain').
Eochaid Feidlech. C’est sous son règne qu’un joug pour le bœuf (fedel ?) fut inventé pour la première fois en Ériu. On l’appelle aussi Eochaid Fedil-fích, fích signifiant « terre », car il possédait ses terres de manière durable. On le nomme encore Eochaid Fedil-uch, c’est-à-dire « long soupir » — feidil, « fada » — car il soupirait souvent et profondément : en effet, ses fils avaient été tués par lui lors de la bataille de Druim Criad, et cette douleur ne le quitta jamais jusqu’à sa propre mort. C’est pour cette raison qu’on le surnomme Eochaid Feidlech.
Eochaid Airem, c’est-à-dire Eochaid ar-dam (« sur un bœuf ») : c’est lui qui mit pour la première fois un joug sur le cou des bœufs, car jusque-là, on les attelait en tirant sur leur front. Ou encore Eochaid ar-uam (« labour des fosses »), car il fut le premier à creuser le sol pour y préparer une tombe.
Les Trois Finneamhna, à savoir Bres, Nár et Lothar, les trois fils d’Eochaid Feidlech. On les appelait les Finneamhna pour cette raison : l’épouse d’Eochaid les lui enfanta en une seule naissance. Car que ce soient deux ou trois qui naissent en même temps, on emploie à leur sujet le terme eman. eman, c’est-à-dire am-oen (« non-un ») : am- marque la négation ; ce n’est pas un seul, mais deux ou trois.
Lugaid Réo nDerg, c’est-à-dire « à la bande rouge » (derg « rouge », sriab « bande, strie »). Deux bandes rouges étaient sur lui : un cercle autour de son cou et un cercle autour de sa taille. Sa tête ressemblait à celle de Nár, sa poitrine à celle de Bres ; et depuis la ceinture vers le bas, il était semblable à Lothar.
Crimthann Nía-Náre : “héros”, c’est-à-dire “le champion de Nár”. Car Nár, la sorcière venue des tumulus féeriques, était l’épouse de Crimthann. C’est elle qui emmena Crimthann avec elle lors de la célèbre aventure depuis Dún Crimthain, sur Howth.
Feradach Fechtnach, “le Juste”, en raison de la fechtnaige — la justice ou droiture — de son règne sur l’Irlande. Car fechtnach signifie “juste”, et c’est à cause de la vérité et de la droiture de son règne qu’on l’appela Feradach Fechtnach. En effet, à son époque existaient le Collier de Morann et Morann lui-même. C’est ce Collier de Morann qui proclamait la vérité à tous. C’est donc en référence à cette droiture que le surnom (Fechtnach) fut donné à Feradach.
Fiacha Find-Ḟolaid, c’est-à-dire Fiacha des Vaches Blanches, car folad signifie “vache”. Sous son règne, la majeure partie des troupeaux de l’Irlande était composée de vaches blanches.
Túathal Techtmar, ainsi nommé en raison de l’abondance de ses possessions (techtada). Ou encore en raison de l’arrivée de tout bien en Irlande pendant son règne, on l’appelle Techtmar. Ou enfin en raison de sa juridiction exercée sur tous, car il ne laissait aucun acte, même le plus petit de pillage, sans la discipline royale en Irlande.
Fedlimid Rechtaid, c’est-à-dire celui qui rendait les jugements de la Loi, car il appliquait le talion, c’est-à-dire une vindicatio similaire, une rétribution identique : œil pour œil, pied pour pied, main pour main, et ainsi de suite. À cause de la fréquence avec laquelle il suivait strictement les jugements de la Loi (rechta), il fut appelé Fedlimid Rechtaid.
Conn Cét-chathach, pourquoi est-il ainsi nommé ? C’est facile à dire. Dans cent batailles, il vainquit le Munster ; dans cent autres, l’Ulster ; et dans soixante, le Leinster. Le poète dit à ce propos :
Cent batailles sur le grand Munster Conn Cétchathach le juste brisa, Cent batailles sur l’Ulster courageux de barbe, Soixante batailles sur les Laígne.
Art Óenḟer (« l’Unique »), pourquoi est-il ainsi nommé ? La réponse est simple. À la fin, Conn n’eut pas d’autre fils que Art seul, car Connla et Crinna, les autres fils de Conn, étaient tombés par la main d’Eochaid Finn et de Fíacha Suigde. Comme le dit le poète dans l’Elucidation :
Les deux frères de Conn, qu’il n’avait pas écartés, Eochaid Finn et Fíacha Suigde tuèrent Connla et Crinna, deux fils de Conn, deux jeunes hommes gracieux. Eochaid Finn fut une haine (fuath) pour Art après la mort des deux fils de Conn.Art Óenḟer fut le nom qu’il reçut après la mort de ses deux frères.
Ou encore, Art était le fils unique choisi de Conn, car Crinna tomba par Eochaid Finn et Fíacha Suigde, et Connla partit pour une aventure avec une femme des sidhe jusqu’au Síd Boadaig, comme le raconte l’Échtra de Connla. Le poète dit à ce propos :
De la mort de Crinna par Eochaid, De l’aventure de Connla qui partit vaillamment, L’homme aimable traversa la mer — Ainsi on parla d’Art Óenḟer.
Cormac Ulḟota, c’est-à-dire “à la longue barbe” (ul = barbe, fota = longue). Ou Ult-ḟota, car c’est lui qui repoussa les Ulaid au loin, les bannissant par‑delà la mer pendant seize ans. Ou encore Cormac Cúl-ḟota, c’est-à-dire “au long dos”, car il avait un dos long, tout comme ses ancêtres susmentionnés avant lui.
Cairbre Lifechair, ainsi nommé parce qu’il aimait grandement la Liffey. Ou bien parce que sa mère se trouvait à la Liffey, à savoir Ethne, fille de Catháir le Grand. Ou encore parce que Cairbre Lifechair fut élevé sur la Liffey de Leinster. C’est de là qu’il fut appelé Cairbre Lifechair. À son sujet, le poète dit :
Trois fils, qui ne se séparèrent pas de lui, eut Cairbre qui aimait la Liffey : Fiacha Srabtine aux bénédictions, Eochaid et Eochaid Doimlén.
Fiacha Sraibtine, c’est-à-dire un jet (sráib) de feu (tened) qui était lancé dans ses navires lorsqu’il se trouvait en mer dans les contrées de l’est. Ou bien il fut élevé à Dún Sraibtine en Connacht. Ou encore, des pluies de feu survenaient durant son règne. Ou bien Fiacha Roibtine, c’est-à-dire qu’il était rude, farouche : ainsi Fiacha Roibtine, c’est Fiacha le Rugueux. Ou encore Fiacha Srabtine, parce que des jets de feu jaillissaient des flèches rouges qu’ils possédaient lorsqu’ils incendièrent une forteresse sur le continent, à l’est. Et encore :
Un sraftine (« casque »), qui était la protection de tout homme, Midir le portait autour de son visage ; c’est de là que fut nommé ce roi dont le nom était Fiacha Sraftine.
Muredach Tírech, fils de Fiacha Sraibtine, c’est lui qui combatit à la place de son père pour prendre le territoire par la force. C’est de là qu’il reçut le surnom Tírech, “le possesseur de terres”.
Eochaid Muigmedon, c’est-à-dire qu’il avait la taille (medón) d’un serviteur (mogad) ; Eochaid Mog-medón, sa tête et sa poitrine ressemblaient à celles d’un roi, tandis que son milieu était comme celui d’un serviteur, à savoir Mingadach. Il avait les jambes d’un jeune noble (oichtigern). Ou bien Muin-medón, c’est-à-dire qu’il avait une nuque épaisse, autrement dit le milieu de sa nuque était fort et bien développé. (Muin peut signifier “nuque” ou “gorge”.)
Níall Nóighiallach, « le Neuf-otages », car il avait neuf otages, à savoir cinq d’Irlande et quatre d’Écosse. Le poète en dit :
Fils d’Eochaid, élevé dans la dignité, Níall, remarquable dans toutes les hautes réputations, Prend la tête des forces des royaumes D’Irlande et d’Écosse. Il avait un otage pour chaque cinquième Sur toute la terre de la haute Irlande : Il amenait à volonté, sans séparation, Quatre otages d’Écosse. Ainsi était-il Dans les foules de champions, Contre les actions des rois puissants : Níall le Neuf-otages, guerrier redoutable.
Puis Níall se rendit en Letha et en Italie pour chercher un royaume. C’est pourquoi on l’appela Neuf-otages : il avait en effet cinq otages d’Irlande et un otage pour chacun des royaumes d’Écosse, d’Angleterre, de Bretagne et de France, etc. Ce récit provient du Lebur Glinne Dá Locha.
Nía Nói nGrainde, « des Neuf Gráinne », c’est-à-dire les neuf collines situées en Corca Trí, chacune portant le nom de Gráinne ; et de là lui vint son nom.
Domnall Ilchelgach « aux multiples ruses » ou « très rusé ».
De 121 à 140
Aedh Uaridnach, c’est-à-dire, des frissons de froid (uara idna) lui venaient, de sorte que, pour s’en soulager, il aurait donné le monde entier, si cela avait été en son pouvoir. Ou encore Aedh Uaridnach, c’est-à-dire que ses armes étaient froides (idna), c’est-à-dire ses lances, car il entreprenait des expéditions guerrières en hiver. Ou bien encore, des accès de froid lui venaient pendant son sommeil, si bien qu’il disait : « Vin, bière, une coupe, une harpe ! »
Aed Ollán, c’est-à-dire : grande (oll) était la plénitude (lán) de la mer, c’est-à-dire la pleine marée de vives-eaux, lorsqu’il naquit. Ou Aed Allán, c’est-à-dire Alltan, le nom du lieu où il fut élevé. Ou Aed Allán, c’est-à-dire Aed Il-dán, c’est-à-dire qu’il pratiquait de nombreux (ili) arts (dána). C’est de là que vient ce surnom agnomen.
Aed Ordnide, c’est-à-dire Aed Dorndine, « Tête-de-poing ». Il avait l’habitude de sucer son poing après avoir été sevré. C’est de là qu’on l’appelle Aed Tête-de-poing.
Níall Frassach (« Pluvieux »). À sa naissance tombèrent trois pluies : une pluie d’argent sur Othain Mór, une pluie de blé sur Othain Becc, et une pluie de sang sur Gleann Laighen. C’est de là que l’on appelle Níall Frassach.
Niall Caille – pourquoi est-il ainsi appelé ? Facile à dire. Un jour, Niall Caille partit avec une grande troupe à cheval vers la rivière appelée Caille. À ce moment-là, la rivière était en grande crue. Un jeune garçon de la maisonnée du roi s’avança pour sonder le courant, et la rivière le submergea aussitôt. Le roi ordonna à chacun d’aller secourir le garçon, mais personne ne put l’atteindre. Alors le roi lui-même, encore sur son cheval, se porta au secours de l’enfant. Mais lorsque les antérieurs du cheval touchèrent la berge, celle-ci céda, et la rivière emporta le roi, le noyant. Il avait été prévu que cela lui arriverait, sa noyade dans la Caille. C’est de là que vient le nom « Niall de la Caille ». Et quelqu’un chanta à ce propos :
« Malédiction sur toi, ô Caille cruelle, Toi, torrent comme la brume sur la montagne ! Tu as pressé une inondation de toutes parts Sur le visage héroïque et pur de Niall. »
Conall Err Breg, c’est-à-dire le champion de Bregia. Ou Conall Err Brecc, « à la queue tachetée », car lorsqu’il était jeune, son manteau portait une tache mouchetée (sur l’aile, la manche ou le col). C’est de là que lui vint ce surnom (agnomen).
Conall Cremthainne, c’est-à-dire qu’il fut élevé à Cremthainne, en Airghialla (Oriel).Ou bien il portait deux noms, à savoir Conall et Crimthann.C’est de là que ce nom lui resta attaché.
Conall Guthbind – il est appelé Guth-bind (« à la voix douce ») parce qu’il était un excellent chanteur. Il fut clerc et prêtre à Clonard.
Conall Grant, c’est-à-dire Conall le Gris, car grant se disait habituellement de toutes choses grises : par exemple, crontsaile (« flegme »), c’est-à-dire grant-saile, flegme gris ou bleuâtre.
Cernach Sotal – en raison de sa fierté et de la grandeur de son esprit, il fut appelé Sotal (« orgueilleux, fier »).
Fergus Cerrbél (« Bouche tordue ») : cirre, c’est-à-dire la torsion qui se trouvait dans sa bouche (bél). Ou Fergus Gerrbél : girra, c’est-à-dire la petitesse qui était dans sa bouche. C’est de là que ce vieux nom / surnom lui est resté attaché.
Fínachta Fledach – d’après l’abondance des préparatifs de banquets (fleda) pendant son règne, et parce qu’il-même aimait donner des festins et participer aux fêtes.
Aed Sláine – pourquoi est-il ainsi nommé ? C’est facile à dire. Diarmait, fils de Cerball, avait une épouse charmante, Mugain, fille de Concrad, fils de Duach, de l’Airgetros. Or, Mugain était stérile et n’eut point d’enfants pour le roi. Pour cette raison, Diarmait abandonnait la reine. Alors la reine se rendit auprès de Finnén de Mag Bile et de l’évêque Aed mac Bricc, et se plaignit de sa stérilité. Les clercs bénirent de l’eau pour elle ; elle en but et devint enceinte. De cette première conception naquit un agneau blanc. « Malheur à moi pour cela ! » dit Mugain, « concevoir un être à quatre pattes ! » « Ce n’est pas ce qui arrivera réellement », dit Finnén. « Ceci n’est qu’une consécration de ton ventre, à l’image de l’agneau sans péché qui fut offert pour le genre humain. » Un autre clerc bénit de l’eau pour elle, et elle devint de nouveau enceinte. Cette fois, elle concevait un saumon argenté aux nageoires d’or. « Malheur à moi pour cela ! » dit Mugain, « et moi qui subis les actes des clercs ; cette histoire sera connue de tous en Érin. » « Ce n’est pas ce qui arrivera », dit le clerc. « Tu porteras un fils ; je prendrai le saumon avec moi, j’en ferai des reliquaires, et à sa place tu porteras un fils. Ses frères se multiplieront, et plus de rois d’Érin descendront de lui que des autres fils. » « Je suis contente », dit Mugain, « pourvu que cela se réalise. » « Cela se réalisera », répondit le clerc. Finnén et l’évêque Aed bénirent la reine et l’enfant à naître, et lui donnèrent de l’eau, qu’elle but et avec laquelle elle se lava ; ainsi la reine devint enceinte et donna naissance à un fils, nommé Aed. Il fut appelé Aed Sláine, c’est-à-dire « guéri (ro slánaiged) par les événements surnaturels produits avant sa naissance par la reine ». Le fils qui naquit fut bon et prospère, et ses enfants et descendants le furent aussi, notamment parmi les hommes de Bregia. Certains disent que Aed est né sur la rivière Sláine, d’où il reçut son nom. Ou bien que c’est d’Aed Sláine lui-même que la rivière Sláine tire son nom.
Diarmaid Ruanaidh, c’est-à-dire Diarmaid le Rouge, car ruán est une plante qui produit une couleur sur le visage, le rendant rouge ; c’est pourquoi (celui qui l’emploie) est appelé Ruanaidh. Ou encore Ruanaidh, c’est-à-dire ro-ḟeinnid, « grand champion », car Diarmaid était héroïque de son vivant. Diarmaid Ruanaidh reçut également ce nom parce que, lorsque les fils d’Aed Slaine chassèrent Mo Chuta de Ráithín, ils demandaient à Diarmaid de les accompagner.« Je n’irai pas », dit Diarmaid, « car je ne ferai aucun mal à Mo Chuta ». Alors ses frères lui dirent : « C’est un Ruanaidh (c’est-à-dire royal ou souverain), ô Diarmaid ! » C’est ainsi, selon cette version, qu’il est appelé Diarmaid Ruanaidh.
Colmán Rímid est ainsi nommé parce qu’il avait l’habitude de compter le nombre de chevaux à l’assemblée de Tailtiu en observant leurs empreintes de pas. À son époque, personne en Éirinn ne savait compter comme lui. Son frère était Aedh Slaine, tout comme Colmán Rímid. Tous deux régnèrent quatre ans ensemble sur l’Irlande.
Duach Galach, c’est-à-dire « gal » (guerre) et « uch » (lamentation), lui fut attribué, car les autres fils de Brian, fils d’Eochaid Muigmedón, le combattaient et le faisaient gémir lorsqu’il était jeune.
Enna Emalach mac Briaín, et Conall Oirinse, et Sen mac Briain, et Ercc Derg mac Bríain : d’où tiennent-ils ces noms supplémentaires ?
Dúach Tenga Umha : en raison de la mélodie de sa voix, il était appelé Tenga Umha (« Langue de bronze »). À tous, il semblait qu’il y avait une langue de bronze dans sa tête, car personne ne trouvait le son des cordes de la harpe plus agréable que celui de ses paroles.
Propre frère de Duach, Eochaid Tirmcharna, , « Chair-sèche ». C’est ainsi qu’il reçut ce nom. Lorsqu’il fut exilé par Duach Tenga Umai (« Langue de bronze »), il ne mangeait ni lard, seulement de la viande sèche, et ne buvait ni bière ni hydromel, car son propre frère, c’est-à-dire Duach Tenga Umai, ne lui donnait rien d’autre que de la viande sèche lorsqu’il était roi.
Ou Eochaid Muin-Fethan, c’est-à-dire celui qui avait un cercle autour de la taille, comme la ceinture d’un homme corpulent, aussi large que sa taille. C’est pourquoi il fut appelé Eochaid Muin-Methán, c’est-à-dire Methán(?), parce que ce cercle était rond autour de sa taille à cause de son ampleur.
De 141 à 160
Eochaid Doimlén, c’est-à-dire Dam-lén, car il souffrit (ro-damair) une affliction (lén) de ne parvenir à obtenir aucune part de l’Irlande. Car Fíacha Sraiftine ne lui laissa pas un seul morceau de l’Irlande à prendre pour lui. En effet, ce Fíacha était l’aîné d’Eochaid, et Eochaid n’était que prince héritier de l’Irlande tant qu’il vécut. À son sujet, le poète dit :
Eochaid souffrit de chagrin en son temps, Sans rien obtenir de l’Irlande ; Le père des trois Colla d’autrefois, Dont descendit le peuple d’Airgíalla.
Ou bien Eochaid Dom-plén, c’est-à-dire domus « maison », plena (c’est-à-dire d’otages), autrement dit il possédait une maison pleine, à savoir pleine d’otages. C’est de là qu’il fut appelé Eochaid Domplén.
Les trois Colla, d’où viennent-ils ? Facile à dire. Ce sont les colaig, « les coupables », car ce fut un grand péché (col) pour eux de tuer le propre frère de leur père, à savoir Fíacha Sraiftine. Dans les anciens livres, on parle de Coll-ní ; toutefois, il n’est pas juste de prononcer longuement Coll-ní (corrupte), mais il est juste de dire le nom brièvement, c’est-à-dire na Collai, « les Colla ». Colla Uais, c’est-à-dire Cairell : ainsi appelé pour son uaisle, sa noblesse ; car il obtint le royaume d’Irlande plutôt que les autres Colla. Ou Colla Oss, car il était un oss (« cerf ») pour sa rapidité. Ou c’était une biche (oss banséguinn) qui l’éleva. Ou oss-sédguine, un tueur de cerfs : il aurait tué des cerfs sauvages, car séd signifie « cerf ». Colla Menn (c’est-à-dire Aed), car Mennait la Picte l’a élevé. Ou encore, parce qu’il souffrit de mutisme, devint « bégayant » (menn signifiant la même chose). C’est pourquoi il fut nommé Colla Menn. Colla Fó Chrí (c’est-à-dire Muiredach) : sous (fo) Crínenn, l’artisan (c’est-à-dire pendant que Crínenn était son mari), il fut engendré par Eochaid Domlén sur la fille du roi d’Alba, Ailech. Ou encore fo chrí, c’est-à-dire « sous la terre », c’est-à-dire l’argile avec laquelle la femme de l’artisan le couvrit pour le cacher. Colla Oichre : Oichre étant le nom du lieu où il fut élevé. Ou Connla Forcraid, « l’excès », car il est accusé d’avoir couché avec la femme de Crínrad, l’artisan de Sláine, ainsi qu’à Rathann. Que celui qui lit sue…
Conaing Begfiaccla, « à la petite dent », ou Becc-ecla, « Peu-de-peur », c’est-à-dire que jamais heure de crainte ni de peur ne lui advint. Car il était un champion dans chaque combat. C’est pourquoi le poète dit, pour le confirmer :
Conaing, fils de Congal, sceptre pur, un roi qui ne redouta jamais personne ; il dévasta des hameaux de tous côtés, jusqu’à ce qu’Art, fils de Lugaid, le tue.
Aerghialla, c’est-à-dire daér-ghialla — « otages de basse condition ». Autrement dit, la parenté d’Eógan mac Néill fut soumise à un tribut inférieur à la suite de la bataille de Beithecham. Ou encore Aerghialla, c’est-à-dire sáer-ghialla, « otages libres », car ils étaient nobles au-dessus de tous les autres. Le roi de Tara n’avait pas le droit de mettre des chaînes ou des fers sur leurs otages, contrairement aux autres otages de toute l’Irlande. Le poète en dit ceci :
Neuf otages pour le roi de Fódla après une expédition Le roi d’Airghialla les remit immédiatement, Dans la main du roi de Tara à la tête des troupes, Sans chaînes et sans fers.
Airghialla, donc, c’est-à-dire ar-ghialla, « pour les otages », c’est-à-dire les otages remis à eux par le roi de Tara et ceux qu’ils remirent au roi de Tara. Le poète ajoute :
Otages pour otages au roi d’Airghialla, Du roi de Tara par la force héroïque, Pour leur noblesse, pour leur majesté, Pour leur courage dans le combat.
Fiacha Foltsnáithech, « Cheveux tissés ». Ses longs cheveux étaient comparés à des fils d’or, abondants et magnifiques ; car sa chevelure était longue et fine. C’est pourquoi les noms Fiacha Foltsnáithech et Foltleabar (« Longs-cheveux ») lui étaient attachés.
Dathí, Feradach, fils de Fiacha, était son premier nom. Lorsqu’il obtint la royauté d’Irlande, il se rendit à l’étranger vers l’est pour étendre son royaume, et il conquit la royauté sur l’ouest de l’Europe jusqu’aux Alpes. À cette époque, au cœur des Alpes, vivait un homme juste nommé Fer-ménia. Il possédait une tour solide et imprenable. Feradach, fils de Fiacha, avec son armée, entreprit de détruire cette tour, mais ils n’y parvinrent en rien. Le roi jura qu’il ne quitterait pas la tour avant de l’avoir prise. Les troupes s’évertuèrent à attaquer la tour et à tirer sur tous ceux qui s’y trouvaient. Mais tout ce qu’ils lançaient contre la tour, que ce soient des pierres ou des armes, à peine atteignait le sol au-delà du roi : celui-ci les attrapait de ses mains et les redistribuait à chacun. Ainsi tous dirent de lui : « Active est la manière dont le roi saisit les armes ! » « Vraiment », dit le druide, « et Dathí, “l’Actif”, sera son nom à partir de cet exploit ». Dès lors, le nom Dathí lui resta attaché. Mais le roi mourut là, frappé par son orgueil et par son injustice envers l’homme fidèle. Un éclair descendit du ciel, brûlant et tuant le roi. Comme l’exprime le poète :
Il n’avait pas pris selon son désir la tour du saint homme, Quand un éclair brûla Dathí.
Ailill Molt (« Bélier ») : sa mère, Ethne, fille de Connra, éprouva (lorsqu’elle était enceinte de lui) un désir de chair de bélier (molt). Et Fíal, fille d’Eochaid, épouse du roi, lui donna ensuite ce surnom. Ou bien Ailill Molt, c’est-à-dire mó a ḟolt (« plus grande est sa chevelure »), car la chevelure qu’il portait était plus abondante que celle de ses autres frères.
Ailill Inbanna (« Efféminé » / « de type féminin ») : son apparence était celle d’une femme, car aussi longtemps qu’il vécut, il resta sans barbe.
Les Tuatha Dé, c’est-à-dire les Danann : les dée étaient les poètes, et les an-dée les cultivateurs, comme le dit Cú Chulainn dans la Razzia des vaches de Cooley, lorsqu’il était épuisé et accablé par une grande soif après avoir tué Lóch, fils de Mofebes. Lorsque Cú Chulainn était engagé dans ce combat contre Lóch, la Morrígan, fille d’Ernmas, vint à lui depuis les tertres féeriques (síd), sous une forme étrange, afin de l’entraver dans le combat. Cú Chulainn lança alors un trait contre la Morrígan et lui brisa un œil. Elle revint ensuite, sous l’apparence d’une vieille femme, pour s’approcher de Cú Chulainn, et elle trayait devant lui une vache à trois trayons. Si elle venait ainsi, c’était pour être secourue par Cú Chulainn, car nul que Cú Chulainn avait blessé ne pouvait guérir tant qu’il n’avait pas lui-même pris part à sa guérison. Accablé par une soif violente, Cú Chulainn lui demanda du lait. Elle lui donna le lait d’un premier trayon. — « Que cela me préserve du poison ! » dit Cú Chulainn. Alors l’un des yeux de la reine fut guéri, car Cú Chulainn lui en avait auparavant brisé un. Cú Chulainn demanda le lait d’un second trayon. Elle le lui donna. — « Que celle qui l’a donné soit préservée du poison ! » dit Cú Chulainn. Il demanda une troisième boisson, et elle lui donna le lait du dernier trayon. — « Que la bénédiction des dieux et des non-dieux soit sur toi, jeune femme ! » dit Cú Chulainn. Ainsi, leurs dieux étaient les gens de pouvoir (les magiciens), et leurs non-dieux les cultivateurs. Et la reine fut dès lors entièrement guérie.
Le Dagda, c’est-à-dire le « bon dieu » (dag dé) : il était un dieu favorable chez les païens, car les Tuatha Dé Danann lui rendaient un culte, puisqu’il était pour eux un dieu de la terre en raison de la grandeur de sa puissance.
Eochaid Ollathair, c’est-à-dire : il est plus grand que son père. Ou bien Ollathair, c’est-à-dire : un grand père pour les Tuatha Dé Danann.
Ruadh Roḟesa (« de la grande science »), c’est-à-dire : c’est lui qui possédait la perfection de la science païenne, et c’est lui qui possédait les triades multiformes.
Eochaid Bres, c’est-à-dire Eochaid le bien formé, car toute chose belle et toute chose bien proportionnée que l’on voit en Irlande est comparée à Bres ; à savoir que Bres, fils d’Elatha, fils de Delbaeth, est ainsi nommé, et Eochaid est un autre de ses noms.
Nuada Airgetlám (« Main d’argent »), d’où vient ce nom ? Il est facile de le dire. Sreng, fils de Sengann, trancha la main droite de Nuada lors d’un combat à la bataille de Mag Tuired de Cunga, lorsque les Tuatha Dé Danann envahirent l’Irlande. Les médecins des Tuatha Dé Danann lui firent alors une main d’argent, possédant toute la mobilité et les fonctions d’une main normale. C’est pourquoi il fut ensuite appelé Nuada Airgetlám (« Main d’argent »).
Tuirenn Beggreann, c’est-à-dire qu’il avait une petite (becc) barbe (grenn), autrement dit sa barbe était peu fournie. Delbaeth était un autre de ses noms, et ses enfants étaient ceux mentionnés plus haut, à savoir la clann Tuirinn : Bríán, Eochaid et Iucharba.
Manannán Mac Lir : Oirbsen était son nom, un marchand merveilleux qui habitait l’île de Man ; et c’est lui qui était le meilleur pilote en mer de tout l’ouest du monde. Il connaissait, par sa science du ciel — c’est-à-dire en observant l’apparence du ciel, autrement dit de l’air — le temps qu’il ferait, beau ou mauvais, ainsi que le moment où l’un céderait la place à l’autre. C’est pourquoi les Bretons et les hommes d’Irlande pensaient qu’il était le dieu de la mer, et on l’appelait Mac Lir, c’est-à-dire « fils de la mer ». On l’appelait aussi Manannán, d’après l’île de Man.
Dian Cécht, nom du sage médecin d’Irlande, « le dieu des puissances », car cecht signifie « puissance ». C’est pourquoi Néde, fils d’Adnae, a dit : « Nous avons maîtrisé les yeux par le rebond d’une éclat de pierre », c’est-à-dire que nous avons maîtrisé un ailcne, une éclat qui s’était détachée du rocher et qui lui avait percé l’œil, de sorte qu’il devint bliad, c’est-à-dire qu’il exerça sa puissance. Cechtsam ne signifie pas caechsam (« nous avons aveuglé »), comme le prétendent les ignorants. Ou bien dian signifie deus (« dieu »), et caech signifie …, car il est le deus salutis (« dieu du salut »).
Mac Cecht, c’est-à-dire un fils (macc) qui a commis le plus cruel des meurtres (écht), car il tua au combat son propre frère, à savoir Tinne fils de Connra. Or Tinne était alors roi de Connacht, et c’est Monodar fils de Connra qui le tua. C’est à la suite de ce meurtre commis par Monodar qu’on lui donna le nom de Mac Cecht. Conodar était son nom propre.
Delbaeth, c’est-à-dire delb aeda, « forme de feu ». Ou bien dolb-aed, c’est-à-dire « feu magique », qu’il produisit lorsque son propre gendre, Trad, fils de Taissach, par un art magique, le bannit du territoire où se trouvent aujourd’hui les Tradraige. Il s’enfuit vers le pays des Uí Néill. Il se rendit à Carn Fiachach, fils de Niall, et là il alluma un feu magique. De ce feu jaillirent cinq jets de flammes, et avec chacun de ces jets il envoya l’un de ses fils ; et de ceux-ci (les fils) descendent les cinq Delvins. De là vient le nom Delbaed, c’est-à-dire delb-aeda, « forme de feu », qui s’attacha à lui. Lugaid avait été son nom jusque-là. Ou bien Delb-aed, c’est-à-dire « une forme de feu sur lui », en raison de sa beauté, car son apparence était remarquable.
Ól nGualai. C’est une cuve de cuivre. C’est celle que Conchobar mac Nessa emporta hors de la forteresse de Gerg Faeburdel, après avoir pillé la forteresse et tué Gerg. On l’appelait Ól nGualai, « cuve de charbon », parce qu’il y avait autrefois un feu de charbon à l’intérieur, à Emain Macha, lorsque l’on buvait à partir de celle-ci. De cet objet vient le nom de Loch nGualai, situé à Daim-inis dans le pays d’Ulster, car il se trouve aujourd’hui sous ce lac, dans des lieux cachés. Gerg, fils de Faeburdil, etc.
Traduction française par nos soins d'après la version bilingue de W. Stokes (1891).
Sources: • X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• X. Delamarre, (2019) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (I. Ab- / Ixs(o)-), Les Cent Chemins, 398p.
• X. Delamarre, (2023) - Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois (II. Lab- / Xantus), Les Cent Chemins, 570p.
• F. Le Roux - Ch.-J. Guyonvarc'h, (1986) - Les Druides, Ouest-France, 448p.
• W. Stokes, (1891) "Cóir Anmann". in W. Stokes & E. Windisch (eds.), Irische Texte mit Wörterbuch, Dritte Serie, Heft 1. Leipzig, Verlag von S. Hirzel, pp. 285–411
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique